Tourisme - COP21 - Commerce extérieur - Chine - Déplacement au marché de Rungis - Propos à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, (Rungis, 16/07/2015)

Je suis venu ce matin à 4h30 à Rungis parce que, parmi mes compétences au Quai d’Orsay, il y a tout ce qui concerne la promotion du tourisme, dont la gastronomie. Et au fond, c’est ici que beaucoup de choses se déroulent.

J’ai vu des produits de très grande qualité, des professionnels extrêmement compétents, qui travaillent beaucoup. Rungis représente quelque chose de très important, 8 milliards de chiffre d’affaires. Il y a énormément de professionnels qui se fournissent ici bien évidemment. C’est une image de la qualité de la France puisque les produits français sont connus partout dans le monde. Ce qui me frappe, c’est la notion de chaîne, entre le producteur qui est souvent un agriculteur mais pas uniquement - il y a aussi la pêche, etc. - et le client final, il y a toute une série de personnes qui travaillent et Rungis joue, du même coup, un rôle très important dans cette chaîne. C’est donc une image extrêmement positive de la France.

Je pense à la COP21 car M. Stéphane Layani, le patron de la Semmaris qui s’occupe de Rungis, inaugurera - je serai à ses côtés s’il le fait avant la COP21 - le premier pavillon bio à travers le monde pour montrer qu’ici on s’adapte vraiment à ce que cherche la clientèle. Ce n’est pas une clientèle individuelle, ce sont des professionnels et je veux vraiment rendre hommage au travail qui est fait ici et qui est remarquable.

Q - Quelle est votre impression sur cette visite de Rungis, en vous promenant dans toutes ces allées ?

R - La première chose qui me frappe c’est la qualité des hommes et des femmes qui travaillent ici et la qualité des produits. On est vraiment au top du top. Les gens qui travaillent ici sont des gens courageux, souvent sortis du rang, qui se lèvent très tôt et qui ne se couchent pas d’ailleurs. Je ne suis arrivé qu’à 4h30 mais beaucoup ont commencé à travailler bien plus tôt. Il y a toujours cette dimension humaine, ce sont vraiment des gens qui méritent qu’on les reconnaisse.

Et puis, il y a la qualité des produits. Ce qui singularise la France, c’est l’excellence, la créativité, que ce soit dans le domaine de la boucherie, dans le domaine de la triperie, dans le domaine des volailles, du poisson, du fromage, etc. Les gens veulent de plus en plus la qualité et ce qui est fait ici à Rungis le permet.

J’ai accompagné un certain nombre de grands chefs, notamment Guy Martin qui me disait que lorsque l’on veut chercher la meilleure qualité, c’est ici qu’on peut la trouver.

Q - Vous parliez du pavillon biologique, dans le cadre de la préparation de la COP21, y a-t-il un savoir-faire à faire ressortir sur la gastronomie par rapport aux enjeux écologiques ?

R - Exactement. Lorsque nous inaugurerons le pavillon bio, ce sera tout de suite raccordé à tout ce qui fait partie de l’environnement et de l’écologie. Plus généralement, Rungis a fait un gros effort - parce que beaucoup de camions viennent ici - pour qu’écologiquement, son empreinte carbone soit bonne. Et, de ce point de vue-là, il y a un souci parce qu’il y a des produits qui arrivent par train mais je crois qu’il y a des problèmes avec la SNCF. Je souhaite donc vraiment que l’on puisse continuer ces arrivages par trains car c’est évidemment un moyen moins émetteur de gaz à effet de serre que les camions.

D’une façon générale, puisque vous parlez de la COP21 qui aura lieu entre la fin du mois de novembre et le début du mois de décembre, j’ai veillé personnellement - et c’est moi qui vais présider cette COP21 - à ce que l’on donne aux 40.000 personnes qui viendront de 196 pays une idée de ce qu’est la qualité des produits français. On peut faire des choses de grande qualité qui ne soient pas très chers et qui soient écologiquement du meilleur niveau.

Ce n’est pas toujours cet aspect que l’on retiendra de la COP21 mais moi j’y ai veillé. Je pense que puisque cette conférence internationale est vraiment une conférence pour protéger la planète, il faut aussi que l’on montre une image écologique de cet élément très important de la vie qu’est tout simplement la gastronomie.

Q - Pour revenir à la COP21, vous avez annoncé il y a peu que vous alliez recevoir de nombreux ministres des affaires étrangères pour préparer ce sommet de décembre.

R - Je les reçois lundi et mardi prochains, j’ai invité une quarantaine de mes collègues qui sont représentatifs de tous les pays du monde et nous allons travailler ensemble sur les sept ou huit grandes questions que l’on devra trancher dans la COP21.

La COP21 c’est quoi ? C’est une conférence internationale qui a pour objet d’avoir un accord universel pour empêcher le dérèglement du climat et limiter ce que l’on appelle les gaz à effet de serre. Quand vous devez réunir 196 pays et leur faire adopter des décisions à l’unanimité puisque la règle est le consensus, cela se prépare. Et donc, avec une quarantaine d’autres ministres, nous étudierons les principales questions et essaierons de trouver les points d’atterrissage qui permettront à tout le monde de se mettre d’accord au mois de décembre. Je vais donc faire plusieurs de ces conférences ministérielles et la première que j’organise à Paris, ce sera donc lundi et mardi prochain. Nous travaillerons très concrètement sur ce que sera, le moment venu, l’accord de Paris.

Q - Est-on sur un rythme normal ou bien y a-t-il des petits retards à l’allumage ? Est-ce pour les rattraper que cette réunion est organisée ou était-elle prévue ?

R - Il faut accélérer, je l’ai dit l’autre jour à New York lorsque j’étais avec le secrétaire général des Nations unies. Nous avons tous les deux fait des déclarations convergentes en disant qu’il fallait accélérer. Pourquoi ? Je ne sais pas si vous vous souvenez - c’était un mauvais souvenir - de la réunion de Copenhague où il y avait une COP. Nous n’étions pas parvenus à un résultat parce qu’il y avait différentes raisons mais notamment parce que nous nous y étions pris trop tard.

Là, les sujets sont tellement complexes qu’il faut s’y prendre très à l’avance car si vous voulez obtenir un consensus entre tous les pays du monde, les États-Unis, la Chine, la Russie, la Bolivie, l’Inde, l’Europe, et trouver un point qui soit à la fois ambitieux et convergent entre tous ces pays, cela demande beaucoup de travail. C’est probablement pour cela que l’on a demandé à un ministre des affaires étrangères qui est censé être diplomate d’essayer de rapprocher les points de vue. Ce travail a été commencé mais il faut l’accélérer et ce sera le sens des réunions que nous aurons lundi et mardi.

Q - Vous venez à Rungis, c’est le plus grand marché du monde, vous vous occupez aussi du commerce extérieur avec les exportations. En Chine par exemple on a déjà les saucisses françaises, le fromage français, y a-t-il d’autres produits que vous souhaiteriez vendre en Chine ?

R - Oui il y en a beaucoup ; l’autre jour, nous avons eu le plaisir d’accueillir votre Premier ministre avec un certain nombre d’autres ministres, notamment celui du commerce extérieur qui est un homme remarquable et qui d’ailleurs parle très bien le français, nous avons parlé de tous les produits français nouveaux que nous voulons exporter en Chine. Il y a déjà une amélioration, il y a de plus en plus de produits français qui arrivent en Chine et vous savez que l’appellation Bordeaux a été reconnue, ce qui est une très bonne chose. Mais il y a encore d’autres produits français de grande qualité dont nous voudrions faire profiter nos amis chinois.

(...)

Q - La France a des difficultés à introduire les produits français en Chine. Est-ce par difficulté réglementaire ou par manque d’appétit des entreprises privées ?

R - Les deux, parce que la Chine, comme beaucoup d’autres pays, a une réglementation qui fait que certains produits peuvent pénétrer en Chine et d’autres ont plus de difficultés.

Bien évidemment, au fur et à mesure que la Chine s’ouvre, nous souhaitons que les produits des entreprises françaises soient plus présents. Il y a déjà des choses qui sont faites mais nous aimerions que l’on puisse aller plus loin.

Il faut évidemment que ce soit de qualité mais quand on parle de la France en Chine, - c’est un pays que je connais bien et où je suis allé déjà dix fois depuis que je suis ministre -, l’image de la France est positive, très positive même en particulier dans le domaine de la gastronomie et dans le domaine de la qualité et de la sécurité des produits. Il y a eu un certain nombre de difficultés en Chine, sur le lait maternel par exemple et on sait qu’avec les produits français, la qualité et la sécurité sont assurées. Je suis sûr que le commerce qui change avec la Chine va nous aider.

Q - Concernant la COP21, combien de conférences ministérielles y aura-t-il d’ici à décembre ?

R - Il y a plusieurs instances qui préparent ces accords. L’ADP qui groupe tous les pays au niveau des techniciens et qui prépare très utilement les textes. Mais j’ai jugé utile qu’il y ait en plus des conférences entre ministres puisque la décision est politique. J’ai donc prévu dès maintenant trois sessions.

Q - La France est-elle confiante pour trouver un accord avant la COP21 ?

R - Juridiquement, c’est à la COP21 qu’un accord sera trouvé mais on comprend bien que sur des questions aussi compliquées, il faut préparer. Je travaille, en particulier pour préparer cela, avec la Chine car c’est l’un des deux principaux émetteurs de gaz à effet de serre du monde et elle joue un rôle très important dans cette affaire. Elle a récemment publié ses engagements pour le futur, elle l’a fait à Paris et nous sommes très sensibles au fait que le Premier ministre chinois ait décidé que ce soit à Paris qu’il ait rendu public ses engagements. Nous préparons tout cela ensemble avec d’autres pays bien sûr, les États-Unis, l’Inde, l’Europe etc.

Vous me demandez si je suis confiant : oui, en tout cas je travaille pour cela parce que ce sera certainement dans le domaine diplomatique, en 2015 et même peut-être pour la décennie, la conférence internationale la plus importante puisqu’il s’agit tout simplement de déterminer si notre planète pourra rester vivable ou non. Tous les autres sujets y compris ceux que nous traitons ici à Rungis dépendent de cette question.

Si, dans le monde, les agriculteurs ne peuvent plus produire parce que la température a augmenté de 4, 5 ou 6 degrés, s’il y a des famines parce que la sécheresse est partout, si une partie des terres est inondée parce que la fonte des glaciers est telle que le niveaux des mers a recouvert toute une série de terres, cela aura évidemment des conséquences sur tous les domaines de la vie, en particulier tout ce que l’on traite ici et c’est considérable.

L’objet de cette conférence, c’est de permettre que cette planète reste vivable.

Q - Quel est le commentaire que vous faites sur l’engagement de la Chine ?

R - Le gouvernement chinois s’est engagé de manière tout à fait résolue pour lutter contre le dérèglement climatique. Il faut vraiment rendre hommage aux décisions qui ont déjà été prises et aux engagements qui seront pris dans le futur. Les autorités chinoises se sont rendu compte que, d’un point de vue social, écologique, économique, politique, il n’était pas possible de continuer sur le mode développement précédent. Ce sont les initiatives qu’ont prises notamment le président Xi et le Premier ministre pour dire qu’il nous faut une nouvelle civilisation écologique. Je dois dire, pour suivre de près ces sujets, que non seulement ce sont des discours qui ont été tenus mais les actes suivent. C’est très important, à la fois parce que la Chine représente une grande partie du monde et des émissions de gaz à effet de serre mais aussi parce que cela joue un rôle d’entraînement vis-à-vis des autres pays. Avant, quand un pays disait « il faut faire quelque chose », on attendait que la Chine agisse. Maintenant, la Chine agit. Donc c’est extrêmement positif que les autorités chinoises aient pris les décisions que l’on connaît./.

Dernière modification : 22/09/2015

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