Papouasie-Nouvelle Guinée - Dérèglement climatique - COP21

Propos de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, à l’issue de son entretien avec le Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Paris, 19/06/2015)

Je viens de recevoir le Premier ministre de Papouasie-Nouvelle Guinée. C’est la première fois que le Premier ministre est en France et c’est à la fois un plaisir et un honneur parce que la Papouasie-Nouvelle Guinée est en train de se développer très fortement dans toute la zone. C’est un pays qui, cette année, a une croissance de 15%. Le Premier ministre a réussi à assurer le développement de la population tout en maintenant les traditions ; ce qui n’est jamais facile.

Nous avons parlé, bien sûr, d’économie puisque c’est un pays qui possède des richesses considérables. La France participe à son développement à travers le groupe Total et à travers d’autres perspectives économiques. Ce matin même, le Premier ministre était avec des chefs d’entreprise pour voir ce qu’il était possible de faire.

Il y a évidemment une coopération sur le plan éducatif, sur le plan culturel, sachant que la France est présente dans le Pacifique, que ce soit à travers la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie. J’ai été heureux de constater que les relations entre la France, la Papouasie-Nouvelle Guinée et l’ensemble Pacifique étaient excellentes.

Nous avons parlé aussi de la COP21. Un important sommet va se tenir en Papouasie-Nouvelle Guinée, au mois de septembre, et le Premier ministre reviendra en France pour la COP21. Son pays est en effet très directement impacté par tous ces sujets, qu’il s’agisse de la forêt, à travers le programme REDD+ [« Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation »], ou de la question plus générale du climat.

Nous avons beaucoup de travail à faire ensemble et je vais, en tant que président de la COP21, préparer cette conférence majeure sur le climat avec lui-même et avec nos autres collègues du Pacifique.

C’est donc vraiment un excellent rendez-vous et je remercie le Premier ministre d’être venu. Ce n’est pas un début, puisque nous travaillons très bien ensemble, mais une étape dans le développement des relations entre la Papouasie-Nouvelle Guinée et la France qui vont devenir de plus en plus étroites.

Q - Avez-vous également parlé des réfugiés climatiques et de leur statut dont on avait beaucoup parlé, il y a plusieurs années, en Papouasie-Nouvelle Guinée ?

R - C’est une question très complexe. On comprend bien que l’origine de ce que vous appelez les « réfugiés climatiques » peut être très diverse et cela peut représenter des millions et des millions de personnes. La question est, d’une part, de prendre des dispositions pour que l’on arrive à lutter contre le dérèglement climatique, c’est un point et c’est l’objet de la COP21 et, d’autre part, avoir une attention vis-à-vis de ces personnes qui ont été affectées. C’est un des sujets sur lesquels nous nous penchons pour la conférence.

Q - Vous avez évoqué aussi le financement...

R - Nous avons parlé rapidement de ce qui s’est passé à Bonn et puis, comme vous le savez, je vais organiser des réunions ministérielles pendant les mois d’été pour essayer d’avancer sur ces sujets, notamment avec les pays les plus riches. Récemment, la réunion du G7 a confirmé que les pays riches s’engageaient à respecter l’objectif des cent milliards de dollars par an pour l’année 2020. Il y a toute une série de travaux qui vont en ce sens.

J’ai assuré le Premier ministre qu’au fur et à mesure que nous nous rapprocherons de la COP21, c’est avec lui et d’autres de ses collègues que nous allons préparer les grandes décisions sur le financement. Il n’y aura en effet pas de succès à la COP21 s’il n’y a pas une avancée sur le plan financier et sur le plan technologique.

Q - Mais, à ce stade, quel est le pronostic sur le financement ? Pensez-vous y arriver effectivement ?

R - Bien sûr. Nous travaillons en ce sens. La réunion du G7 a été positive : les pays les plus riches du monde s’engagent à respecter la promesse qu’ils ont faite à Copenhague, il y a quelques années, d’arriver à cent milliards de dollars par an. Ces financement comprennent - je tiens à le préciser - à la fois des fonds publics et des fonds privés. Le fait qu’on ait réexprimé cet engagement est très positif.

L’Allemagne, comme vous le savez, a promis deux milliards supplémentaires. Le Fonds vert est en train de monter en régime. Il va y avoir la réunion d’Addis Abeba au mois de juillet sur le financement du développement. Il y a de plus en plus de pays qui s’engagent et de plus en plus d’entreprises privées ; vous vous rappelez à cet égard la réunion extrêmement positive qui a eu lieu, il y a maintenant quelques semaines, à Paris.

Je ne dis pas que ce soit facile mais il y a une convergence de points de vue et d’efforts qui vont dans le même sens.

Et puis, il est prévu au mois d’octobre à Lima, lors de la réunion du Fonds monétaire et de la Banque mondiale, de mettre le financement du climat à l’ordre du jour. Toute une série d’initiatives sera prise pour qu’à cette occasion les chiffres soient posés sur la table.

De la même façon, l’Union africaine, se réunissant à Johannesburg la semaine dernière, a acté un certain nombre de souhaits, de propositions et de décisions.

C’est donc un aspect très important qui n’est pas facile mais qui va, me semble-t-il, dans le bon sens.

Le président de la République, d’ailleurs, s’est vu remettre hier un rapport sur le financement rédigés par deux économistes, M. Canfin et M. Grandjean. Ce rapport contient des dispositions intéressantes. Ils me l’ont présenté et je pense qu’il y a, là aussi, des décisions.

Je serais intarissable sur la COP21 mais nous sommes, les uns et les autres, d’accord pour dire que le succès demande que l’on ait avancé sur le financement, que l’on ait avancé sur l’aspect technologique, que l’on ait avancé sur la forêt et que l’on ait avancé sur des décisions concrètes.

Et puis, on ne peut pas aborder ces sujets aujourd’hui sans faire référence à l’encyclique que vient de publier le Pape. C’est un document très important qui montre que les autorités spirituelles, elles aussi, se mobilisent pour le climat.

Donc, encore une fois, c’est un sujet extrêmement difficile, extrêmement complexe, mais il y a une conjonction en ce moment qui nous fait espérer que l’on puisse avoir un succès à Paris./.

Dernière modification : 22/09/2015

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