Opens Doors 2015 : interactions avec la société civile pakistanaise

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L’ambassade de France en partenariat avec les Alliances françaises de Karachi et de Lahore a lancé le programme « Open Doors : interactions with the Pakistani civil society ». Ce projet vise à instaurer un dialogue permanent et pérenne avec la société civile pakistanaise. Il s’agit d’un programme de conférences/séminaires associant des intellectuels français, des chercheurs, journalistes, écrivains, spécialistes ou non du Pakistan et de la région - reconnus pour leur réflexion sur le monde contemporain et leur sens du dialogue.

Ces conférences visent en premier lieu à engager un débat d’idées et à construire et pérenniser les relations entre intellectuels des deux pays. Ces conférences s’adressent aussi à la société civile pakistanaise, curieuse d’appréhender et de débattre des grandes questions qui agitent un monde globalisé. Elles doivent aussi à contribuer à valoriser les sciences humaines et sociales françaises.

Pour ces raisons, le programme 2015 couvrira non seulement des problématiques pakistanaises et régionales mais également des thèmes tels que les islamismes comparés ; laïcité/modernisme - et Islam ; luttes identitaires dans les milieux urbains ; développement économique des pays émergents ou pays en guerres (Moyen-Orient, Afghanistan,Pakistan).

Prochaines conférences :

Cities at War : The Violent Fabric of Urban Landscapes
par Laurent Gayer

• Mardi 3 mars – Karachi IBA
• Jeudi 5 mars - Alliance française - Conference Hall - 6:30 pm

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Laurent Gayer est docteur en science politique de Sciences Po (2004). Spécialiste du sous-continent indien, il s’intéresse plus particulièrement aux dynamiques urbaines et aux mobilisations violentes en Inde et au Pakistan. Dans le cadre de ses recherches sur la fabrique violente des grandes agglomérations urbaines d’Asie du Sud, il s’est également intéressé à la place de la poésie (en langue ourdou, principalement) dans l’énonciation du politique.

Il enseigne à Sciences Po (de 1999 à 2002) et à l’INALCO (de 2003 à 2005) avant de rejoindre le Centre universitaire de recherches sur l’action publique et le politique (CURAPP) à Amiens (2008), puis le Centre de sciences humaines (CSH) de New Delhi (de 2009 à 2012) et le CERI en 2013.

Son dernier ouvrage, Karachi. Ordered Disorder and the Struggle for the City, est paru chez Hurst (Londres), HarperCollins (Delhi) et Oxford University Press (New York et Karachi). Fruit d’une longue enquête sur les conflits armés et le "désordre ordonné" propre à l’unique mégapole du Pakistan, cet ouvrage défend l’idée selon laquelle une forme d’ordre a bien émergé à Karachi au cours des dernières décennies, en dépit - et parfois en vertu - de ses violences chroniques. Caractérisé par des logiques de domination, des rituels d’interaction politique et des formes d’arbitrage relativement stables, en dépit de la violence qui leur est consubstantielle, ce "désordre ordonné" a rendu la violence gérable par les populations de Karachi - ce qui n’exclut pas un sentiment d’insécurité lancinant, résultant des transformations continues de ces conflits au fil de leur réactualisation.

Le désordre ordonné : la fabrique violente de Karachi (Pakistan)

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Avec une population dépassant les 20 millions d’habitants et une croissance démographique se maintenant à un niveau spectaculaire, Karachi pourrait devenir la première agglomération urbaine du monde d’ici 2030. C’est aussi la plus violente de ces grandes métropoles. Depuis les années 1980, Karachi est confrontée à des rivalités partisanes et à des violences criminelles endémiques portant sur le contrôle de la ville et de ses ressources. Ces luttes se sont progressivement ethnicisées, si bien que ce « Pakistan en miniature » apparaît de plus en plus fragmenté, aussi bien socialement que spatialement. Mais, malgré ses désordres, Karachi demeure la pierre angulaire de l’économie pakistanaise. Et, contrairement aux lectures journalistiques de ces désordres en termes de « chaos » ou d’« anarchie », une forme d’ordre y régule les interactions politiques, les relations sociales et les pratiques d’accumulation économique. Loin d’être entropique, cette configuration violente se reproduit à travers des formes de domination, des rituels d’interaction et des mécanismes d’arbitrage qui rendent cette violence « gérable » au quotidien – sans évacuer pour autant le sentiment d’insécurité résultant de ses transformations continues. Si la viabilité de ce « désordre ordonné », à moyen terme, n’est pas assurée, pour l’heure, Karachi continue de fonctionner en dépit – et parfois en vertu – de ses violences.

Dernière modification : 23/09/2015

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