Lettre économique du Pakistan et d’Afghanistan

PAKISTAN

 

Le ministre des Finances pakistanais présente un budget 2011/2012 ambitieux

 

Le ministre des Finances pakistanais Dr Hafeez Sheikh vient de présenter devant l’Assemblée Nationale le budget de son gouvernement (juillet 2011 / juin 2012) dans un environnement économique difficile, un budget considéré comme ambitieux et même, pour un certain nombre d’observateurs, irréaliste. Le budget a été estimé à 2 767 Mds PKR (32,5 Mds USD), soit 14,2% de plus que l’an passé avec des dépenses courantes de 2 315 Mds PKR (84% du total, 1% de plus qu’en 2010/11) et des dépenses de développement de 452 Mds PKR (16% du total, 64% d’augmentation).
Les recettes sont ambitieuses puisque le gouvernement table sur des revenus fiscaux de 2 074 Mds PKR dont 1 952 Mds PKR collectés par le Federal Bureau of Revenue en augmentation de 24% sur l’objectif de 1 588 Mds PKR fixé cette année qui ne devrait pas être atteint eu égard aux résultats des 11 premiers mois (le ratio recettes/PIB ne devrait toujours pas dépasser 9%). Le gouvernement compte également sur des recettes non fiscales aléatoires comme un surplus en provenance des provinces (125 Mds PKR) ou des ressources externes (bailleurs de fonds) qui ne sont pas acquises pour l’instant (414 Mds PKR), dans le cadre d’une croissance estimée à 4%.
Au niveau fédéral, le budget fait état de hausses de 12,3% des dépenses à 2 504 Mds PKR (29,4 Mds USD) et de 11% des recettes à 1 529 Mds PKR (18,0 Mds USD). Le déficit budgétaire s’établirait ainsi à 975 Mds PKR (11,5 Mds USD), soit 4% du PIB avec la volonté de le réduire de 0,5% chaque année pour arriver à 3% en 2013/14. Cet objectif est en ligne avec les recommandations du FMI mais paraît difficilement soutenable : il atteindra en effet cette année probablement 5,3% en raison des faibles rentrées fiscales et d’une croissance atone (2,4% seulement).
Les principales propositions de ce budget portent sur une réduction de la Taxe à la Vente GST de 1% (17% à 16%), mais sans introduction d’une RGST (Reformed General Sales Tax) pourtant réclamée par le FMI, un élargissement de la base des contribuables, un retrait des droits d’accise spéciaux et une réduction des droits d’accise sur les boissons et le ciment, la diminution de moitié de la Taxe à la Vente sur le sucre (17% à 8%, mesure très populaire à l’approche du Ramadan), la non-reconduction des taxes spéciales « inondation » instaurées en avril, une réduction des droits de douane dans l’industrie pharmaceutique, des incitations fiscales pour les investisseurs, le maintien de la taxe sur la capital à 10%. Les budgets alloués à l’éducation et à la santé restent toujours malheureusement les parents pauvres avec un maigre 39 Mds PKR pour le premier (1,4% des dépenses) et aucune allocation au titre du PSDP (Public Sector Development Program) pour le second. Le gouvernement a budgété 33 Mds PKR pour les projets d’infrastructure dédiés sur l’électricité (notamment la centrale thermique de Chichokimailian dans laquelle GE France fournit 3 groupes turbo-alternateurs à gaz de 125 MW chacun), le nucléaire (développement des tranches C3 et C4 de Chashma) et l’eau (construction d’usines d’épuration). En revanche, le budget alloué au secteur de la défense a été fixé à 495 Mds PKR (6 Mds USD) en hausse de 11%, les intérêts et remboursement du capital des emprunts étrangers sont prévus à 1 034 Mds PKR (5% du PIB) dont les ¾ uniquement pour le service de la dette, les subventions au secteur électrique, bien qu’en baisse de 60%, perdurent : 123 Mds PKR en 2011/12.
Les réactions à ce nouveau budget s’avèrent très mitigées : autant les partis d’opposition le rejettent en bloc arguant que rien n’a été prévu pour améliorer le sort des populations (la grande pauvreté touche maintenant 41% de la population avec une inflation
alimentaire de 18%) de même que la plupart des économistes et la communauté d’affaires, autant la coalition au pouvoir soutient que le gouvernement ne pouvait présenter un meilleur budget eu égard à la situation actuelle très dégradée tant sur le plan économique que sur le plan sécuritaire.

 

La dette circulaire dans le secteur énergétique atteint près de 6 Mds USD

 

Le Ministre fédéral de l’Eau et de l’Energie, Sued Naveed Qamar, vient d’annoncer que la dette circulaire dans le secteur énergétique aurait atteint fin mai près de 500 Mds PKR (près de 6 Mds USD) dont 121 Mds PKR pour les seuls producteurs indépendants. Le gouvernement avait cependant effacé 120 Mds PKR récemment et a augmenté de 2% par mois les tarifs, mais ces mesures ne suffisent toujours pas à régler ce problème qui s’amplifie au fil du temps.
La dette circulaire tient en effet à de multiples facteurs : sous-utilisation des capacités (25-30% pour les producteurs, 45% pour les indépendants), pertes en ligne (30%), vols, non paiement par les consommateurs et les gouvernements provinciaux, etc. Le gouvernement a déjà prévu que cette dette atteindrait plus de 200 Mds PKR l’an prochain.

 

Les emprunts du gouvernement atteignent un niveau préoccupant

 

Pour financer un déficit budgétaire qui devrait atteindre 6% du PIB cette année, le gouvernement continue d’emprunter : en 11 mois en effet, le total atteint 700 Mds PKR (8 Mds USD) répartis entre la banque centrale (234 Mds PKR) et les banques commerciales (467 Mds PKR).
Autant les emprunts du gouvernement à la Banque centrale ont tendance à se stabiliser en raison des règles la régissant (loi de 2010 votée par l’Assemblée Nationale qui encadre l’émission de monnaie), autant le rythme des emprunts auprès du secteur privé à des taux particulièrement élevés (14%) devient préoccupant (le gouvernement n’avait emprunté que 224 Mds PKR l’an passé aux banques commerciales), conduisant de facto à une augmentation de la masse monétaire (677 Mds PKR sur les 11 derniers mois contre 222 Mds PKR l’an passé sur la même période).

 

La dette publique pakistanaise à un niveau record

 

A 11 000 Mds PKR (129 Mds USD), la dette publique pakistanaise atteint un record historique ventilé entre une dette externe de 5 200 Mds PKR (59 Mds USD) et une dette interne de 5 800 Mds PKR. C’est surtout cette dernière qui a connu la plus forte hausse (+ 132% entre 2007 et 2011).
En seulement 4 ans, la dette globale a plus que doublé, passant de 4 800 Mds PKR en 2007 à plus de 11 000 Mds PKR actuellement.

 

La pauvreté s’accroit

 

Selon le dernier Economic Survey 2011-12, la pauvreté au Pakistan ne fait que croître en relation directe avec l’inflation alimentaire. Désormais plus de 41% de la population, soit 74 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté
Selon la Banque Asiatique de Développement, une inflation de 10% dans le secteur alimentaire accroit de 2,2% le nombre de personnes passant sous le seuil de pauvreté. Selon les dernières statistiques, l’inflation alimentaire a atteint cette année 18,4% avec des pics sur des produits de base (huile alimentaire, riz, sucre, farine).

 

Pour tout complément d’information, veuillez contacter Hervé Stemmelen (herve.stemmelen@dgtresor.gouv.fr)

 

PAKISTAN : données macroéconomiques (source : Banque centrale)

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AFGHANISTAN

 

La Banque Mondiale apporte 148 MUSD pour le développement des télécommunications afghanes

 

La Banque Mondiale vient de signer un accord avec le Ministère des Finances pour le développement des infrastructures de télécommunications et de technologies de l’information. Sur le total de 148 MUSD apporté par la Banque, 50 MUSD seront alloués à l’extension du réseau internet et à la couverture du réseau mobile.
Seulement 4% des afghans a actuellement accès à internet. Le gouvernement souhaite que la moitié de la population bénéficie de ce service dans les 5 ans à venir et envisage même d’installer un réseau de 1 000 km de fibre optique dans les régions nord-est et centrale du pays.

 

Le Turkménistan renforce sa coopération avec l’Afghanistan dans le secteur électrique

 

Le Président turkmène Gurbanguli Berdymukhamedov a assuré son homologue Hamid Karsaï, lors de la visite que lui a rendue ce dernier fin mai à Achkhabad, de son soutien au développement énergétique de l’Afghanistan en lui indiquant que son pays allait multiplier par cinq les livraisons d’électricité par la construction de lignes à haute tension d’ici fin 2012 (un accord pour une ligne de 300 kV a déjà été signé en février 2011). Cet apport en électricité pourrait atteindre 1,6 Md Kwh par an et couvrir ainsi 70% des besoins de l’Afghanistan.
Le Turkménistan est déjà impliqué dans la construction d’une ligne ferroviaire de 120 km entre Amatyrat et Akina ainsi que dans le projet de gazoduc TAPI de 1 680 km devant relier les champs de Dauletabad à l’Inde, via l’Afghanistan et le Pakistan, à l’horizon 2015.

 

L’accord de transit commercial APTTA entre le Pakistan et l’Afghanistan bientôt opérationnel ?

 

Faisant pendant à la visite des autorités afghanes à Islamabad il y a deux mois, une délégation pakistanaise vient de se rendre à Kabul pour finaliser les termes de l’accord de transit signé en octobre 2010 qui devait être opérationnel au plus tard en février 2011. Les blocages jusqu’à présent tenaient aux craintes du Pakistan concernant le contrôle des marchandises en contrebande en provenance d’Afghanistan, l’installation de systèmes de suivi, les dépôts de garantie bancaires de la part des importateurs afghans. Cet accord, qui pourrait entrer en vigueur mi-juin, concerne également l’Inde (les camions afghans seraient déchargés à la frontière de Wagah/Attari mais en contrepartie ne pourraient pas charger de marchandises indiennes) et les républiques d’Asie centrale (débouché des exportations terrestres pakistanaises via l’Afghanistan).
Actuellement un tiers des importations afghanes proviennent du Pakistan, le reste d’Iran et du Tajikistan, le commerce bilatéral entre les deux pays atteignant 1 Md USD par an, très en faveur du Pakistan.

 

La Russie va livrer 21 hélicoptères de combat à l’Afghanistan pour 367,5 MUSD

 

L’agence russe d’exportation militaire Rosoboronexport vient de signer un contrat avec les forces armées américaines afin de fournir 21 hélicoptères MI-17 (37 passagers) dans le cadre de la coopération militaire. Les livraisons devraient commencer en octobre et s’étaler tout au
long de 2012. Le contrat, d’un montant de 367,5 MUSD, inclut, en sus des appareils, des pièces détachées, du service au sol et du support technique (Russie et Etats-Unis ont d’ailleurs prévu d’établir conjointement un site d’entretien sur place).
Les contrats actuels sur le marché des équipements militaires en Afghanistan s’avèrent stratégiquement cruciaux, reflétant les alliances en cours dans un pays en sortie de crise. L’Inde de son côté est en pleine négociation avec les forces armées afghanes pour une coopération plus approfondie dans le domaine de la défense alors que son implication (2 Mds USD) ne concerne pour l’instant que le domaine civil (routes, hôpitaux, écoles, réseau électrique, etc.).

 

Textron (Etats-Unis) remporte un contrat de 543 MUSD pour 440 véhicules blindés

 

La société américaine Textron Inc. vient de remporter un contrat de 543 MUSD incluant 440 véhicules blindés, les pièces détachées, le service d’entretien et la formation. Les livraisons s’étaleront sur 3 ans et concerneront dans un premier temps 240 engins qui devraient être fournis au plus tard en juin 2012, les 200 autres devant l’être en décembre 2012. Le programme de formation et le support logistique s’étaleront en revanche jusqu’au premier trimestre 2014. Textron a proposé au total 9 configurations différentes de véhicules spécifiquement adaptés aux différentes missions de l’armée afghane.
Les véhicules seront conçus sur la base des transports de troupe ASV.

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Rédigé par H. Stemmelen, collaboration de V. Alves, Chef du Service Economique de Kabul (valery.alves@dgtresor.gouv.fr)

Dernière modification : 10/06/2011

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