Lettre à mes amis Pakistanais

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(Islamabad, 13/09/2011)

 

Pendant trois ans, j’ai eu le privilège de représenter la France au Pakistan. Cette mission s’achève cette semaine. Lorsque je regarde ce que nos deux pays ont fait ensemble depuis le retour à la démocratie, trois mots me viennent à l’esprit : amitié, solidarité, partenariat.

 

La France est l’amie du Pakistan depuis 1947. La solidarité des Français s’est exprimée après le tremblement de terre de 2005, et de nouveau l’an dernier après les dramatiques inondations de la vallée de l’Indus. Nous sommes intervenus très vite dans les deux cas, en appui à l’impressionnant élan de solidarité du peuple pakistanais lui-même.

 

Les partenariats entre nos deux pays ont été définis par le Président Nicolas Sarkozy et le Président Asif Ali Zardari, qui se sont rencontrés à quatre reprises. Ils ont été formalisés lors de la visite officielle du Premier ministre Syed Yousuf Raza Gilani en France, en mai dernier. Ils ont deux objectifs : renforcer la coopération dans le domaine de la sécurité, et contribuer au développement.

 

Nous pensons que l’hydro-électricité est une bonne réponse aux besoins urgents du pays en énergie, et c’est une énergie respectueuse de l’environnement. Le potentiel du Pakistan est considérable. En reconstruisant l’usine de Jabban, sur le canal de Swat, nous fournirons de l’électricité, 24 heures sur 24, à 250 000 personnes. Dans le Nord du pays, la décision a été prise par l’Agence française de développement de construire ou reconstruire 4 centrales. La France a une longue expérience dans le domaine du traitement de l’eau, sujet majeur de santé publique. A Faisalabad, nous allons construire une station qui fournira de l’eau potable à 2 millions d’habitants. Une autre usine est à l’étude à Lahore, pour purifier les eaux destinée à l’agriculture. Ce sont des partenariats de long terme. Nous travaillons avec de grandes institutions, en lesquelles nous avons toute confiance : WAPDA, WASA, HEB. Notre souhait commun est aussi de faire de ces réalisations des modèles de bonne gouvernance.

 

Nous voulons contribuer à former les cadres du Pakistan de demain. Avec la coopération allemande et le secrétariat des FATA, nous avons commencé à former 7000 personnels de santé pour cette région qui a souffert plus que d’autres. 1700 sont des femmes, principalement des sages-femmes. Notre investissement dans la formation se traduit dans d’autres domaines : haute fonction publique, avec l’accord récemment signé entre la National School of Public Policy de Lahore et l’Ecole Nationale d’Administration ; agriculture, avec l’Université d’Agriculture de Faisalabad ; management avec la LUMS, désormais associée aux meilleures écoles de commerce françaises ; enseignement du français avec la NUML, qui prépare les professeurs de français pour tout le pays. J’ai observé chez les jeunes Pakistanais un intérêt croissant pour la langue française, la seule avec l’anglais à être parlée et enseignée sur les cinq continents. Les 560 étudiants pakistanais actuellement en France, venant de toutes les provinces, y compris du Baloutchistan, sur un financement conjoint de la Higher Education Commission et du Gouvernement français, vont revenir dans les années qui viennent avec un master ou un doctorat de nos universités, pour enseigner à leur tour. Sur les campus français, ils sont de remarquables ambassadeurs de votre pays, démontrant une compétence, une ardeur au travail, , une faculté d’adaptation, une capacité à s’intégrer, une soif de réussir, réellement impressionnantes.

 

Au cours de ces trois années, avec le concours de l’ambassade du Pakistan à Paris, je me suis efforcé de faire mieux connaître en France la beauté et la richesse de la culture pakistanaises. Le musée Guimet a accueilli l’an dernier une magnifique exposition sur l’art Gandhara, et l’Alliance française de Paris a organisé un « Mois du Pakistan », qui a permis au public français de découvrir et d’admirer vos chanteurs, vos musiciens, vos écrivains. L’un de mes collaborateurs pakistanais a publié en français un très beau recueil de poèmes Sindhi. Faiz Ahmed Faiz est maintenant traduit en français grâce à l’Alliance française d’Islamabad.

 

J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés l’une des meilleurs équipes de ma carrière : les 100 collaborateurs ( 50 Pakistanais, 50 Français) de l’ambassade à Islamabad et du consulat général de France à Karachi, nos excellents consuls honoraires de Lahore et de Quetta, et le personnel français et pakistanais des Alliances française d’Islamabad, Lahore et Karachi .

 

Comme celle de tout diplomate, ma mission a aussi été de parler de mon pays, et de l’expliquer. J’ai dû parfois rectifier et faire des mises au point. A propos de l’intégration de la communauté musulmane de France, je rappelle des faits très simples : la France accueille la plus importante communauté musulmane d’Europe, l’Islam est la seconde religion en France, nous avons 90 mosquées et 2000 lieux de prière. Deux grandes mosquées ont été inaugurées récemment près de Paris et à Strasbourg, une grande mosquée est en construction à Marseille. La loi qui interdit le port du niqab et de la burqa n’est pas une loi contre l’Islam. Mais en France, dans l’espace public, nous voulons voir le visage des gens. Cette loi, votée à l’unanimité, n’interdit absolument pas le port du voile (hijab), contrairement à ce que je continue à lire et entendre ici ou là.

 

J’ai expliqué notre politique étrangère, avec la vision volontariste qui est la nôtre : sous l’impulsion du Président Sarkozy, la France cherche, chaque fois que c’est nécessaire, à prendre des initiatives et à proposer. Elle soutient les printemps arabes et veut contribuer à leur succès. Elle est convaincue que la crise traversée par l’Union européenne sera surmontée par une gouvernance économique renforcée et davantage d’intégration. La France croit en l’avenir de l’Afrique, et elle est plus que jamais engagée à ses côtés. Nous oeuvrons pour que le Sommet du G20 à Cannes, en novembre, permette de faire progresser le nouvel ordre mondial.

 

Dans les années qui viennent, le Pakistan continuera à être pour nous un partenaire incontournable. Nous coopérons dans la lutte contre le terrorisme. Les Français savent quelles souffrances il impose au peuple pakistanais, combien il handicape le développement. Nous mesurons le sacrifice des milliers de soldats et de policiers tués ou blessés dans de très courageuses opérations. Nous avons besoin du Pakistan pour préparer le règlement politique qui mettra fin à 30 années de guerre en Afghanistan. Il nécessitera un système de sécurité auquel tous les pays de la région devront être associés.

 

Je mesure le chemin parcouru par le Pakistan depuis trois ans : le 18ème amendement, le National Finance Commission Award, ont été des étapes majeures. Tout ce qui sera fait, au niveau fédéral comme dans les provinces, pour engager de nouvelles réformes, consolider l’Etat de droit, traiter les questions de fond que soulèvent Karachi, le Baloutchistan et les FATA, sera très positif pour la perception du Pakistan dans mon pays, et l’impact de l’aide française sera bien meilleur encore.

 

Au moment de quitter le Pakistan, j’éprouve respect et gratitude pour ce grand pays, pour cette nation fière, et pour ce peuple pakistanais si travailleur et si chaleureux, certainement l’un des plus hospitaliers de la terre. Au revoir, chers Amis !

 

Daniel JOUANNEAU

Ambassadeur de France au Pakistan

Dernière modification : 21/09/2015

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