Journées du réseau - COP21 - Diplomatie économique - Attractivité - Tourisme

Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 17/07/2015)

Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs,

Mesdames et Messieurs les Conseillers et les Attachés,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis

Je suis heureux d’être parmi vous. C’est un rendez-vous annuel qui est un moment d’échanges important pour moi, comme il l’est, je l’espère, pour vous. Et cela me fait plaisir d’être parmi vous pour l’édition 2015 des Journées du réseau.

M. Masset, qui est notre secrétaire général, a ouvert ces Journées et il a évoqué le « ministère des affaires étrangères du 21e siècle ». Les observateurs auront noté que le 21e siècle ira jusqu’en 2099 et j’ai toujours considéré qu’il était très important à la fois pour un ministre et surtout pour son administration de gérer l’actuel et de se projeter dans le futur. L’actuel passe, je le sais, par toute une série de soucis concrets et je n’écarte pas la question des moyens. Le futur, c’est de se demander, en se projetant, à quoi va pouvoir ressembler le monde dans les 10, 20, 40 ans qui viennent, en ayant le droit de de tromper, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas faire de prospective. C’est surtout se dire qu’elle va être la ligne de conduite de la France, s’agissant, en particulier, de sa politique extérieure.

Au moment de la conférence des ambassadeurs, qui a été rebaptisée semaine des ambassadeurs car la conférence s’étend de plus en plus, j’aurais l’occasion de revenir précisément sur ce point. Et, bien évidemment, vous pourrez prendre connaissance, à ce moment-là, des orientations que je proposerais et des décisions que je prendrais.

Je voudrais aborder, lors de notre rencontre, un certain nombre de sujets qui vous concernent directement, indiscutablement, dans vos activités.

C’est un chantier majeur, que nous avons commencé à engager dans certains domaines, mais qui reste à mener dans d’autres - j’aurai l’occasion d’en dire davantage fin août.

L’une des principales caractéristiques de notre maison, c’est d’être un ministère global, au service d’une diplomatie qui devenue globale. Quand on se demande pourquoi la France a un certain rayonnement et un rayonnement certain c’est parce que dans ce monde étranger qui est le nôtre nous sommes l’un des rares pays a disposé de toute palette. Nous sommes, et il n’y a que cinq pays au monde pareils, un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies - merci, s’il nous entend, au général de Gaulle. Nous avons une puissance économique, qui n’est pas tout à fait celle que nous voudrions, mais il y a encore 190 pays qui sont derrière nous, nous avons une puissance militaire et pas seulement théorique car la France fait partie de quelques rares pays qui n’hésitent pas, quand c’est nécessaire et que le droit international le permet, à engager des hommes. Nous avons une culture et une langue exceptionnelles, nous avons une histoire, nous avons des principes et nous avons un réseau qui est l’un des plus étendus et l’un des meilleurs du monde. Je dois allonger la liste et c’est tout cela qui contribue à la singularité de la France.

Et prenant en compte tout cela et l’état du monde, la diplomatie doit être une diplomatie globale. J’ai voulu traduire cela, avec l’appui du président de la République et du Premier ministre, en transformant l’appellation même de cette maison qui est devenue ministère des affaires étrangères et du développement international, en m’attachant à ce que nous récupérions, ou que nous conquérions, les compétences qui vont avec. Non pas, contrairement à ce que pourront penser certains, par un appétit de pouvoir, qui à mon âge serait tout à fait déraisonnable, mais tout simplement par un appétit de cohérence et d’efficacité. Il se trouve que notre maison est désormais en charge de la totalité de l’action extérieure de l’État, dans toutes ses dimensions, et qu’elle exerce, je crois, la tutelle ou la cotutelle de l’ensemble des opérateurs concernés.

J’ai mis l’accent sur la dimension économique d’abord parce que la situation économique n’est pas encore celle qu’elle devrait être et que je pensais qu’il était nécessaire d’effectuer un certain rééquilibrage. Mais il faut faire très attention car ce n’est pas parce que l’accent a été mis utilement sur cet aspect de notre diplomatie que les autres composantes figurent au second plan. Là ce serait une erreur totale.

C’est là où votre action est absolument décisive. Dans les mois qui viennent j’entends bien opérer, si cela est nécessaire, un certain rééquilibrage, non pas de réalité mais de perception et d’image. Parce que la diplomatie culturelle et d’influence, que vous avez la mission de faire vivre sur les cinq continents, se trouve au coeur de notre diplomatie globale. Je vous avais déjà adressé ce message l’an passé, et j’y insiste à nouveau aujourd’hui parce qu’il faut que vous sentiez bien que dans quel esprit je vous demande d’agir.

Votre rôle est donc central et, notamment - M. Fekl l’a abordé ainsi que d’autres intervenants - il est multiforme, mais quand je réfléchis à ce qui est votre tâche et que je confronte cette réflexion avec ce que vous vivez, je pense qu’il y a trois termes qui peuvent caractériser votre mission, votre présence et votre action. Vous êtes des capteurs, des relais et des acteurs. Vous êtes des capteurs parce que, par vos contacts directs avec la société de vos pays de résidence - les intellectuels, les artistes, les scientifiques, les créateurs, les étudiants... -, vous êtes des capteurs tout à fait indispensables des bouleversements du monde. Et, parfois, je regrette que cette captation ne remonte pas au niveau central. Je sais que c’est difficile, pour tel ou tel d’entre vous, de m’envoyer un mail sur un sigle que je ne connais pas moi-même. Mais cette perception, cette captation, cette « caption » - le mot n’existe pas en français mais l’on peut se le permettre - est l’un des apports importants que peuvent être les vôtres.

Et vous êtes les premiers relais de notre influence, que ce soit par la promotion de notre langue, de notre culture et de nos valeurs. Et puis par les projets que vous construisez, les rencontres, les échanges vous êtes les acteurs du dialogue entre la France et le monde. Et si ma définition est exacte, ce triple apport est tout à fait indispensable à l’efficacité de notre outil diplomatique et au rayonnement de notre pays.

Cette année, il y a, évidemment, un contexte un peu particulier. Parce que nous sommes beaucoup à espérer que 2015 va marquer un certain tournant à la fois pour le climat avec la fameuse COP21 et pour le développement en général. Mme Girardin s’adressera à vous en début d’après-midi et elle revient d’Addis-Abeba, où avait lieu une importante réunion sur le développement. Et je pense, et vous l’avez déjà commencé, que vous avez un rôle à jouer tout à fait spécifique pour aider à prendre ce tournant.

D’abord pour la COP21, elle va avoir lieu à Paris en fin d’année et je la présiderai. Un accord à Paris est non seulement souhaitable mais surtout indispensable - sans employer de trop grands mots c’est quand même l’avenir de la planète qui est en jeu - et il est possible. Ce sera très difficile car il faut mettre d’accord 196 parties et non pas sur des thèmes généraux ou sur des données minimums mais sur quelque chose qui ait du muscle et de l’ambition. C’est tellement compliqué que, pour l’instant, nous ne sommes jamais arrivés à cet accord. Mais on va essayer et on se donne tous les atouts pour le faire. Il faut que l’accord soit universel, juridiquement contraignant, différencié et, travaillant beaucoup sur ce sujet, j’ajouterais qu’il faut que cet accord soit durable, c’est-à-dire qui permette - car l’on ne va pas faire une conférence de cette ampleur toutes les 5 ou 10 ans - de créer un mécanisme qui permette de à revoir, périodiquement, nos ambitions à la hausse.

Un petit mot à ce sujet, parce que je sais qu’il vous intéresse. Il va y avoir un moment où tout cela va chanceler, où l’interrogation va fleurir. D’un côté, notre ambition c’est de faire signer à l’ensemble des 196 parties un texte qui dit qu’il ne faut que la température augmente de plus de 2°C et, de l’autre côté, lorsque que l’on va collationner les contributions nationales - Intended National Determined Contributions en anglais - on va s’apercevoir que l’addition de ces engagements n’est pas de 2°C mais de 3°C voire de 3,5°C. À ce moment-là, les esprits logiques vont vous dire « vous êtes très gentils, vous avez l’ambition de faire signer un texte qui limite l’augmentation à 2°C mais vos pays se sont engagés et nous sommes déjà bien au-delà, est-ce que cela n’est pas une gigantesque fumisterie ? ». Absolument pas. C’est précisément l’objectif de la Conférence de Paris de permettre de faire retomber la courbe et faire passer la somme des engagements nationaux à une attitude volontariste pour reprendre le cours de 2°C.

Vous êtes déjà mobilisés en ce sens, je vous en remercie beaucoup et je vous demande de continuer et de renforcer vos efforts. Il ne faut pas que vous pensiez - et je crois que vous le ne faites pas - que cela dépend seulement de la chancellerie politique. L’action culturelle, linguistique, et scientifique dans le succès de la COP21 est très importante. S’il peut y avoir une COP aujourd’hui c’est parce que des scientifiques se sont réunis il y a déjà pas mal de temps et ont imposé la vision désormais très difficile à contester sauf par quelques hurluberlus - et il y en avait en France par le passé mais ils sont moins nombreux maintenant -, que si l’on ne fait rien la hausse atteindrait 4°C voire 5°C et même 7°C. Les scientifiques ont joué et continuent de jouer un rôle d’anticipation, de vérification et de surveillance. Tous les agents du ministère doivent donc être mobilisés pour la réussite de ce rendez-vous majeur et qui sera la plus grande conférence diplomatique jamais organisée par la France.

Autre grand rendez-vous qui est également important, même s’il sera moins spectaculaire, ce sera le sommet de New York en septembre, qui définira de nouveaux objectifs de développement durable, ce qu’on appelle « l’agenda post-2015 ». Ce point sera, avec la COP21, l’objet de la prochaine table ronde et la secrétaire d’État, Mme Annick Girardin développera ces sujets tout à l’heure et elle les connaît bien. Je veux simplement souligner que ce sommet de New York, après la conférence d’Addis-Abeba de cette semaine, ne vas pas être séparé de la COP21 mais sera une étape essentielle pour permettre un succès à Paris en décembre.

Nous voudrions, et c’est très ambitieux de l’annoncer mais c’est aussi l’ambition qui fait avancer les choses, que 2015 soit le début d’une période nouvelle où l’action pour le développement et l’action contre le dérèglement climatique soient conçus ensemble et produits ensemble. Et c’est une tâche qui est aussi sur vos épaules.

Au-delà de ces chantiers politiques internationaux, le socle de votre métier, de vos métiers c’est de promouvoir l’influence de la France à travers notre langue, notre coopération universitaire et scientifique et notre culture. Et je veux, sans être trop long, aborder chacun de ses points, d’autant que je reviendrai demain sur les questions de l’Institut français.

La langue française est un fondement incontestable de notre influence dans le monde. Ce sont des choses que l’on répète, mais ce n’est pas parce qu’on les répète qu’elles sont inexactes. C’est beaucoup plus qu’une langue de communication, elle porte des valeurs, une certaine exigence d’éducation et de citoyenneté, un certain mode de pensée et une diversité d’expressions culturelles. La promouvoir fait partie de nos missions fondamentales. Il n’y a rien qui ne me choque plus que lorsque des représentants français commencent, alors que, juridiquement, ils ne devraient pas le faire, par parler anglais, en général en plus un mauvais anglais et, choc supplémentaire, lorsqu’une assemblée composée à la quasi-totalité de Francophones commence à parler anglais. À vrai dire, il faudrait remplacer le terme, peut-être cela permettrait-il aux uns et aux autres de prendre conscience qu’il ne s’agit pas de parler anglais, qu’il s’agit de parler américain.

Promouvoir notre langue, c’est donc une partie de nos missions fondamentales, non pas en étant refermés sur soi-même mais en expliquant que c’est notre expression, celle de beaucoup d’autres pays et qu’il faut la défendre et la promouvoir. Pour cela nous avons un réseau tout à fait exceptionnel pour la mettre en oeuvre.

L’AEFE d’abord, dont je veux saluer l’action, a fêté en avril ses 25 ans. L’AEFE, c’est aujourd’hui près de 500 établissements scolaires - beaucoup de problèmes à résoudre -, implantés dans 135 pays et qui scolarisent près de 330.000 élèves. Ce n’est pas facile la tâche de l’AEFE parce que, comme on dit, « il faut faire bonne chair avec peu d’argent » et, compte tenu de ce que je sais des finances publiques de la France, je n’ai pas l’impression que tout à coup les choses vont devenir plus faciles. Et les exigences sont de plus en plus grandes ; comme cet enseignement est de grande qualité, beaucoup s’y pressent et il faut trouver les équilibres. La direction de l’Agence le fait fort bien et il faut qu’elle continue dans ce sens.

En novembre dernier, j’ai établi avec la ministre de l’éducation nationale la feuille de route de notre enseignement français à l’étranger : notre objectif est assez clair à définir : répondre à la demande croissante d’éducation « à la française » dans le monde - dont il faut se féliciter - dans un contexte budgétaire contraint. Il nous faut donc assurer un certain développement et un développement maîtrisé du réseau des établissements français homologués mais, en même temps, lorsque l’on regarde les équations, il nous faut et renforcer les dispositifs complémentaires à ce réseau, notamment le « Label France Éducation », qui n’est pas du tout un élément au rabais, qui est tout à fait de grande qualité mais qui complète utilement notre réseau traditionnel et aujourd’hui ce label est attribué à près de 100 établissements étrangers qui scolarisent dans une trentaine de pays près de 30.000 nouveaux élèves.

Le réseau de l’AEFE - aspect très important - doit s’articuler d’une façon harmonieuse avec nos Instituts français et avec les Alliances françaises. Je sais que c’est aussi la conviction du nouveau président de la Fondation Alliance français et également, nous le verrons demain, du nouveau président de l’Institut français. Tout ce réseau doit dialoguer ensemble et il faut qu’il y ait un bon dialogue avec les attachés de coopération éducative qui développent l’enseignement du français et l’enseignement en français de l’histoire ou des sciences. J’ai eu l’occasion de visiter un certain nombre de réussites dans ce domaine, je pense par exemple au succès que connaissent aux États-Unis, de New York à Los Angeles en passant par Miami, les programmes bilingues dans l’enseignement public. Et j’ai été extrêmement impressionné positivement. Il y a eu, pour aboutir à cela, beaucoup d’années de travail avec les autorités éducatives locales, et les enseignants, les parents, qui n’ont pas exactement la même conception ni la même pratique qu’ici. Mais, en tout cas, je trouve cela tout à fait remarquable.

Notre réseau éducatif doit être proche à la fois des préoccupations des enseignants et des besoins des élèves : à cet égard, je veux souligner - ce ne sont pas les seules initiatives - deux initiatives de l’Institut français.

Pour les enseignants, l’Institut français lancera à l’automne « IFProfs », le réseau social de l’éducation en français. Il permettra aux enseignants du monde entier, ceux des Instituts, des Alliances, mais peut-être surtout, tous ceux qui à travers le monde enseignent le français dans les systèmes éducatifs locaux, de dialoguer, d’échanger, de se sentir réellement membres d’une communauté. Je pense que c’est une très bonne initiative, donc vraiment à encourager et à mettre en valeur.

D’autre part, pour les élèves, il faut proposer de nouveaux outils, de nouvelles approches. Je me réjouis que l’Institut français, en lien avec la Fondation Alliance française, ait entamé une réflexion sur l’offre de cours de français en ligne pour nos centres de langue. Oui, les nouvelles technologies, partout. Nous avons besoin que l’enseignement du français soit davantage connecté, davantage interactif. Tout cela est, pour vous, pour moi, une priorité.

Deuxième priorité : l’attractivité de notre enseignement supérieur et la vitalité de notre coopération scientifique.

La France accueille aujourd’hui 300.000 étudiants étrangers - nous sommes au 3ème rang mondial après les États-Unis et le Royaume-Uni. Mais, quand on regarde les anticipations, le nombre d’étudiants internationaux en mobilité devrait doubler dans les années qui viennent, de 4 millions en 2012 à 8 millions en 2025. Je dis les choses telles que je les pense : je refuse catégoriquement la vision d’une France refermée sur elle-même, frileuse et s’estimant protégée parce que calfeutrée - les mots n’ont pas le même sens. Protégée de quoi ? S’il s’agit du terrorisme, évidemment il faut lutter de toutes nos forces contre ces criminels et ces imbéciles et nous le faisons, mais s’il s’agit de se protéger du monde extérieur, de la vie, de la jeunesse de l’innovation, de l’échange et de la solidarité, alors, je vous le dis et je sais que cela ne vous choquera pas, pas ça, pas nous, pas vous et pas la France ! Cela, c’est clair et c’est net. Notre objectif doit être d’attirer une part importante de ces étudiants étrangers, et parmi les meilleurs. Mais la concurrence internationale étant de plus en plus rude, nous devons être plus offensifs et plus inventifs, notamment en améliorant notre « offre ».

Deux mesures prévues dans le projet de loi relatif au droit des étrangers, en discussion au Parlement, y contribueront - j’aurais voulu qu’elles soient adoptées auparavant, mais elles ont été portées par mon ami le ministre de l’intérieur et il avait un calendrier qui ne permettait pas de le faire avant - : la carte de séjour pluriannuelle, qui bénéficiera aux étudiants étrangers pour la totalité de la durée de leurs études et leur évitera de répéter chaque année des démarches en préfecture, et le « Passeport talents », carte de séjour de quatre ans qui sera obtenue après un parcours administratif simplifié. Ce « Passeport talents » facilitera l’installation sur le sol français des chercheurs, des artistes, des créateurs d’entreprises, des dirigeants internationaux. Cela a l’air de petites choses mais pour vous qui traitez ces sujets, ce n’est pas une petite chose : il faut montrer concrètement à ceux qui ont choisi de venir chez nous qu’ils sont les bienvenus et qu’il y a une certaine différence entre simplification et complexité.

S’agissant de l’action de notre ministère, je salue le lancement à l’automne d’un nouveau portail qui simplifiera les démarches d’inscription des étudiants étrangers désireux de poursuivre des études en France. Ce portail sera un outil de simplification pour ses utilisateurs, mais également un outil de pilotage et de suivi de la mobilité étudiante vers la France. Un outil de ce type n’existait pas.

Comme n’existait pas, à ma surprise, un outil de suivi des étudiants étrangers passés par le système universitaire français. Or, vous le savez comme moi, un étudiant qui vient se former chez nous, qui apprend notre langue, qui découvre notre pays et qui s’y plaît, le cas échéant qui s’y fiance ou l’équivalent, c’est aussi un ambassadeur de la France pour l’avenir. J’ai donc demandé à notre opérateur Campus France - dont j’ai pu apprécier en particulier la campagne de promotion de l’enseignement supérieur en Asie - de créer cet outil. C’est chose faite : nous disposons depuis quelques mois avec « France Alumni » de la plateforme qui manquait. Grâce au travail de Campus France, grâce à nos ambassades qui ont déjà - je l’espère toutes - lancé leurs sites localement, le nombre d’inscrits augmente rapidement. Mais je vous invite à faire grossir encore ce nombre parce que, pour l’opérateur comme pour le réseau, c’est une priorité. J’y serai donc, comme vous, attentif.

Je veux insister sur ce point. C’est la rencontre du réseau, cela fait très longtemps que l’on parle du réseau quand on parle de votre réseau, mais ce réseau n’a peut-être pas pris la mesure d’une société en réseaux (au pluriel) et, donc, la notion et la structuration de réseaux doivent être absolument au coeur de notre action, pas seulement le nôtre mais l’ensemble des réseaux. France Alumni, IFProfs, beaucoup d’autres encore : ces outils ne seront utiles que si vous vous en emparez, si vous les intégrez dans vos stratégies et vos actions. Qu’il s’agisse des anciens élèves des établissements français à l’étranger ou des artistes que nous avons accueillis en résidence, des journalistes et bloggeurs formés par Canal France International ou des jeunes professionnels des programmes de l’Institut français : ce sont autant de réseaux actifs de francophones et de francophiles que nous devons structurer, animer et faire vivre. Il faut croiser ces réseaux, non pas pour en faire des « carbonari » mais parce que c’est cela le rayonnement de la France et à chacun de ceux, à chacune de celles qui figurent dans ces réseaux, c’est un service qu’on va leur rendre. Je vous engage d’ailleurs à recevoir ces jeunes à leur retour, à dialoguer avec eux, à les inclure dans vos réflexions, dans vos actions, dans vos réseaux. Bref, pour parler français, cela ne peut pas être « one shot », il faut suivre tout cela.

Je veux évoquer aussi l’enjeu de la coopération scientifique. Permettre à nos chercheurs d’acquérir une expérience à l’étranger, les insérer dans les circuits internationaux de recherche : c’est aussi essentiel pour notre rayonnement qu’attirer des étudiants étrangers en France. C’est pourquoi j’ai tenu à ce que notre ministère s’investisse dans la coopération scientifique, et développe une offre qui renforce la mobilité des chercheurs. C’est l’objet notamment des 54 « partenariats Hubert Curien », qui permettent chaque année plusieurs milliers de mobilités internationales de chercheurs. Ils soutiennent concrètement l’action internationale des organismes français de recherche et confortent notre compétitivité sur la scène scientifique mondiale. Ils traduisent aussi notre vocation de partenaire du développement scientifique du Sud.

Nous disposons également avec les Instituts français de recherche à l’étranger, que notre ministère pilote avec le CNRS, d’un magnifique réseau pour le dialogue entre chercheurs français et chercheurs internationaux. À l’image de l’Institut français du Proche-Orient ou de la Délégation archéologique française en Afghanistan, ces centres mènent souvent leurs activités sur des terrains très difficiles et renforcent les liens de confiance que la France tisse avec ses partenaires. Nous devons veiller à bien cibler leurs thématiques de recherche, parce que l’on ne peut pas s’éparpiller et il y a aussi bien sûr des crédits publics à la clé, afin que ces centres continuent d’améliorer notre compréhension du monde et notre propre influence.

Notre influence passe donc par notre langue, par notre activité universitaire, et par notre recherche et bien sûr, mais tout ceci est entremêlé, par notre culture.

Il y a le réseau culturel et les « Saisons croisées » portées par l’Institut français. Nos artistes parcourent le monde, nos auteurs, nos intellectuels qui sont traduits sur beaucoup de continents, tout cela fait que nous disposons d’un potentiel d’influence qui est considérable. Vous devez avoir l’ambition, et vous l’avez, de le promouvoir encore plus fortement, car cette diplomatie culturelle, au coeur d’une diplomatique globale, est un atout très important. J’y reviendrai demain, avec plus de précisions, en ouverture des Ateliers de l’Institut français.

Mais dans les temps chaotiques et souvent très violents qui sont les nôtres, et qui vont être malheureusement les nôtres pendant encore pas mal d’années, nous avons d’autant plus besoin de défendre la culture, que cette culture porte l’humanisme, la tolérance, le respect des différences, de la liberté, du dialogue, et il n’y a pas besoin de réfléchir longtemps pour constater que ce sont ces valeurs que les terroristes ont visé dans toute une série de lieux que ce soit à Paris au mois de janvier, au Kenya au mois d’avril, lors de l’attaque du Bardo à Tunis. Lorsque Daech saccage à la hache le musée de Mossoul, lorsqu’il détruit au bulldozer la cité assyrienne de Nimroud, ou lorsqu’il s’en prend à Palmyre. D’ailleurs c’est le propre des toutes les idéologies totalitaires : la culture de la haine s’exprime par une haine de la culture.

La menace terroriste très concrètement nous conduit, vous conduit à être encore plus attentifs à la question de la sécurité : sécurité de nos implantations, dans lesquelles nous accueillons du public. Il y a eu l’attentat dans le théâtre de l’Institut français à Kaboul en décembre dernier, il y a eu l’attaque qui a été commise à Copenhague en février lors d’un débat sur la liberté d’expression avec notre ambassadeur.

Face à cette menace, il y a aussi ce qu’ont subi nos opérateurs audiovisuels extérieurs. Je pense notamment, mais ce n’est pas exclusif, à TV5 Monde, qui a fait l’objet d’une cyber-attaque d’une très grande violence il y a quelques mois, et au moment, je crois que c’était une coïncidence, où nous lancions la chaîne TV5 Style, consacrée à l’art de vivre à la française.

Il faut donc, plus que jamais, défendre la culture parce que c’est qui nous aide à déjouer le piège des terroristes. Et c’est elle qui contribue à rapprocher les peuples. Elle est attendue, de la part de la France à l’étranger, sans provocation, mais d’une façon claire et nette et je pense que c’est cela d’une bonne part qui explique le succès de débat que vous organisez dans vos pays de résidence qui permette de partager un regard, parfois enthousiasme, parfois critique sur nos sociétés et sur notre histoire.

L’Institut français - et je salue chaleureusement son nouveau président Denis Pietton - joue son rôle d’appui à notre réseau dans ce domaine du débat d’idées. Je me réjouis du soutien apporté par le Fonds d’Alembert à la sensibilisation des sociétés civiles de nos pays partenaires aux enjeux de la COP21 ou de l’organisation récente d’une rencontre d’une centaine de jeunes venus des cinq continents, dans le cadre de « LabCitoyen » sur la thématique des droits de l’Homme face aux défis de l’environnement. Les « Nuits de la philosophie », plusieurs d’entre vous ont inauguré ces nuits, et en général, cela a été des succès et je souhaite d’ailleurs qu’elles se diffusent dans l’ensemble du réseau et je demande aux responsables de créer une espèce de centre de ressources pour bien expliquer comment on bâtit une nuit de la philosophie pour que chacun n’ait pas à réinventer le processus.

Le soutien au débat d’idées dans le monde doit être une des priorités de notre maison. C’est pourquoi j’ai chargé l’Institut français d’organiser au mois de janvier prochain au Quai d’Orsay une grande et rayonnante « Nuit des idées ». C’est une initiative inédite, qui sera ouverte au public, qui réunira quelques-uns des plus grands intellectuels, artistes, économistes, sociologues, philosophes architectes de la planète. J’ai trouvé que le mariage de la nuit, des idées et du Quai d’Orsay, c’était un mélange dont personnellement je me réjouis à l’avance, qui devra allier la densité et l’éclat et faire date.

Je veux aussi souligner l’importance du le soutien à nos industries culturelles et créatives - c’est donc pour janvier. Ce devra être, et c’est un axe majeur de votre action, au croisement des diplomaties d’influence, culturelles et économiques. Ces industries donnent une image très dynamique et innovante de notre pays, elles créent des richesses, elles créent des emplois en France et donc il nous revient, il vous revient d’appuyer plus encore nos entreprises dans ces secteurs, notamment nos « start-up ».

C’est la notion de « Créative France » et vous verrez qu’à la rentrée nous lancerons une campagne mondiale sur ce thème de « Créative France », ayant constaté, après des études extrêmement fouillées, que c’était le même mot qui pouvait être utilisé en français et en américain.

Ces domaines constituent le coeur de votre travail. Mais je vais y ajouter encore un élément : l’action doit être décloisonnée et l’un des éléments que je souhaite que vous intégriez à vos préoccupations, puisque maintenant il fait partie des compétences de notre maison, c’est la question du tourisme. Je ne vous demande pas de vous transformer en agents de voyage mais je vais essayer de m’expliquer et j’espère vous convaincre.

J’emploie souvent à propos du tourisme l’expression de « trésor national ». Le tourisme est effectivement un trésor culturel et économique, nous savons qu’aujourd’hui il y a 1 milliard de touristes à travers la planète, et nous savons que dans 15 ans il y en aura 2 milliards. Aujourd’hui, il y a 84 millions de touristes étrangers mais ce chiffre est un peu flatté parce qu’une partie de ceux qui sont comptabilisés, c’est lié à la situation géographique de la France. Lorsque l’on regarde la durée de leur séjour, elle est très insuffisante et lorsque l’on regarde les lieux de leur séjour, ils sont beaucoup trop concentrés. J’ai donc fixé un objectif qui est tout à fait à notre portée : nous sommes aujourd’hui à 84 millions de touristes étrangers, 100 millions en 2020, avec des durées de séjour plus longues et des destinations françaises plus diverses. Si nous y parvenons, et nous possédons tous les atouts pour cela, ce sera une opportunité formidable pour notre culture et notre langue, pour nos emplois - non délocalisables - et pour notre commerce extérieur. Je pense que le tourisme - et c’est ainsi que vous devez le concevoir - est un trésor pour notre rayonnement international, car un touriste, quelle que soit la raison pour laquelle il vient en France, qui est satisfait de son séjour, qui aime notre pays, est le meilleur ambassadeur. Et, pour mettre encore davantage les points sur les i, ce n’est certainement pas déchoir que de s’occuper de cela mais c’est, au contraire, décloisonner et s’enrichir.

Je souhaite donc - beaucoup d’entre vous ont commencé à le faire - qu’à travers votre action ordinaire, vous renforciez vos efforts sur les enjeux de promotion de notre pays. Cela passe par une collaboration plus étroite bien sûr avec Atout France, dont je salue le directeur général, qui est notre opérateur en charge de ces questions. Mais il y a mille occasions par vous-mêmes d’agir, à travers des événements culturels, par exemple les expositions, à travers tel colloque, on peut multiplier les exemples.

Je pense, par exemple, qu’il ne doit plus y avoir de saisons croisées sans cette dimension-là, ni d’apprentissage - je ne sais pas si cela peut exister - désincarné du français, parce que le français, assurément, ce n’est pas que la France mais c’est fortement la France et c’est cette réalité-là que je vous demande, si vous le voulez bien, de faire passer. Après tout, vous êtes en charge de l’influence de la France et de son image à l’étranger et ce secteur-là en fait pleinement partie.

En terminant, je veux évoquer à la fois l’euro 2016 et aussi la candidature de Paris aux JO de 2024 et à l’Exposition universelle de 2025. En quoi est-ce que cela nous concerne ? Cela nous concerne directement, puisque, là encore, revenons au global, on ne peut pas saucissonner, on ne doit pas travailler en silo, tout cela c’est une même réalité qui s’appelle la France. Toutes ces candidatures - pour l’euro 2016, ce n’est plus une candidature, c’est une réalité - constituent des deux défis majeurs pour les mois et les années à venir. Je mobiliserai prochainement l’ensemble du réseau pour porter tout cela. Vos efforts évidemment seront indispensables pour faciliter ce succès.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Vous le voyez, la feuille de route est vaste, on vous demande beaucoup. Comment, diront certains, concilier autant de missions sans en sacrifier aucune ?

D’abord en vous appuyant sur tous nos opérateurs, de l’Institut français à l’AEFE, de Business France à Atout France, de l’AFD à Expertise France et j’ajoute à l’IRD dont je note - j’en ai parlé avec ses responsables récemment - que c’est notre seul opérateur qui n’ait pas le mot France dans son sigle, de Campus France à France Médias Monde. Chacun de ces opérateurs porte une stratégie précise mais tout doit être fait pour qu’il y ait une politique d’ensemble convergente.

Ensuite vous pouvez, vous devez - vous le faites - aider nos ambassadeurs - et j’indique, et je leur dirai lors de la semaine des ambassadeurs, vice-versa - à construire un plan d’action qui articule chacune des composantes de notre diplomatie globale et qui donc reconnaisse pleinement la compétence qui est la vôtre. Il faut refuser les stratégies en silos. La diplomatie globale n’est pas une stratification de compétences isolées les unes des autres : au contraire, chacune des compétences doit compléter et renforcer les autres.

Enfin et d’abord, on ne choisit pas vos métiers par hasard ou, pire, par désoeuvrement. On les choisit par conviction et par passion. On ne compte pas ses heures ni sa peine surtout quand il ne s’agit pas de peine mais précisément de passion et de conviction. Pour toutes ces tâches majeures de service public, je Je sais pouvoir compter sur vous. Comme je vous l’ai dit l’an dernier, je vous fais totale confiance, et je vous remercie chaleureusement pour votre action au service de notre pays car c’est vous qui, pour une large part, assurez sa dignité et sa réussite. Merci./.

Dernière modification : 22/09/2015

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