Deuxième forum économique de la Francophonie - Conférence de Paris pour le climat

Deuxième forum économique de la Francophonie - Conférence de Paris pour le climat - Discours d’ouverture de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 27/10/2015)

Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement,

Madame la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame le Maire,

Monsieur le Président Attias,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

D’abord un mot de la part du président de la République, cela a été fort bien dit de la part de M. Attias au début de notre réunion. François Hollande aurait souhaité être avec vous. Malheureusement, suite au drame que vous connaissez qui s’est produit en Gironde il y a quelques jours, le président se doit d’être avec nos compatriotes dans ce petit village qui a été si durement frappé. Et le président de la République m’a demandé de vous dire quelques mots.

J’irai tout de suite à l’essentiel. Le partage de la langue française est une chance pour nos économies. Mais ce potentiel est encore insuffisamment exploité. Autour de ces deux idées, il y a la base même de ce qui a été fait à l’initiative du président Macky Sall lors du premier Forum et ce que vous avez entrepris aujourd’hui.

La Francophonie représente 250 à 300 millions de locuteurs. Nous serons, avec la croissance de l’Afrique, 700 à 800 millions dans quelques décennies. Cet espace francophone représente 8,5% du PIB mondial. Le dynamisme économique et démographique de l’Afrique, qui représente aujourd’hui plus de la moitié des francophones et représentera demain une part plus importante encore, va multiplier les opportunités d’échanges. Le sommet de Dakar a été l’occasion de définir une stratégie économique et nous devons faire en sorte, par le biais de manifestations comme celles-ci et tous les jours par nos actions, de mieux exploiter ce potentiel afin de faire de notre communauté linguistique une communauté d’intérêts.

Ce sommet sera l’occasion d’entendre les orientations stratégiques de plusieurs chefs d’État, les attentes et les projets de chefs d’entreprise, le point de vue d’économistes, de jeunes entrepreneurs, d’investisseurs, de collectivités. Au cours de cette journée, des sujets variés seront abordés et je pense qu’un fil rouge, et c’est celui-là que je voudrais tisser, est d’essayer de répondre à cette question simple : comment multiplier les initiatives concrètes afin de renforcer les liens économiques au sein de l’espace francophone ? Je concentrerai mon propos sur quatre points.

1/ D’abord, cela tombe sous le sens, l’éducation et la jeunesse. La jeunesse francophone, notamment en Afrique, est au coeur des priorités. Qui dit jeunesse, dit formation et nécessité d’emploi. Et le point central qui a été fort bien défini dans plusieurs rapports, c’est que la langue française est aujourd’hui largement reconnue comme un atout pour la capacité à trouver un emploi. Cette affirmation simple est démontrée et il faut que nous la fassions passer autour de nous car la vision spontanée n’est pas nécessairement celle-là.

C’est la raison pour laquelle tous les pays ici représentés se sont engagés dans cette direction : appuyer la formation, appuyer la jeunesse. Et la France ne fait pas exception et nous venons d’entendre Mme Michaëlle Jean parler des excellentes initiatives de l’OIF. Pour notre part, nous avons, et les choses sont convergentes, insisté sur le programme de développement « 100.000 professeurs pour l’Afrique ».

L’ambition de ce programme - piloté par l’Institut français en lien avec l’Agence universitaire de la Francophonie et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris - est, d’une part, d’aider les universités étrangères à proposer des enseignements en français plus adaptés au marché du travail et, d’autre part, de mettre à disposition des enseignants une plate-forme d’apprentissage en ligne du français « professionnel ».

Nos Instituts français, nos Alliances françaises, nos établissements d’enseignements français à l’étranger sont également mobilisés au service de la Francophonie économique et notre réseau d’établissements est le plus important du monde. Je pense notamment à la mise en place de ce qu’on appelle les « forums des affaires » : l’objectif de ces forums est de permettre une meilleure adéquation entre l’offre de formation et l’offre de travail des entreprises présentes localement.

L’Agence française de développement, qui est sous notre tutelle, contribue également à cet important effort : ses interventions en faveur de l’éducation et de la formation ont atteint en 2014 un niveau record de près de 400 millions d’euros, en large partie au bénéfice des pays d’Afrique subsaharienne francophone. Donc jeunesse et éducation, priorité numéro un pour faire de notre langue une langue économique.

2/ Deuxième point : la mobilité. La Francophonie économique se construit à partir des expériences concrètes des femmes et des hommes qui étudient, travaillent, séjournent dans les différents pays de l’espace francophone. La France veut faciliter cette mobilité, dans les deux sens : celle des Français vers les pays francophones et celle des francophones vers la France.

C’est pourquoi, et ce sont des éléments que vous connaissez mais je veux le redire, nous avons développé le dispositif des « Volontaires internationaux en entreprise », en particulier au sein de l’espace francophone. Plusieurs milliers de jeunes français sont concernés avec des réussites manifestes. Nous avons défini, et j’y ai tenu, une nouvelle politique de visas, afin de rompre, on peut le reconnaître, avec une habitude et une attitude trop longtemps pratiquées et extrêmement restrictives. Doublement restrictive d’abord l’égard des visas en général et, en particulier, à l’égard de la possibilité pour les bénéficiaires des visas de travailler en France. Heureusement, ces temps-là sont derrière nous et je veux dire que les chefs d’entreprise, les chercheurs, les étudiants doivent pourvoir circuler d’une façon totalement libre. Pour faciliter la venue de ces publics, nous avons allégé les procédures, réduit les délais, allongé la durée de validité des visas, notamment par le développement des visas dits « de circulation », à multiples entrées. La création prochaine d’un « Passeport Talents », permettra notamment aux investisseurs et aux hommes d’affaires de bénéficier d’une carte de séjour de 4 ans, obtenue après un parcours administratif simplifié.

3/ Troisième point qui est peu souvent abordé, que je veux citer et qui a été cité aussi, au début, par le président Attias : l’harmonisation du droit des affaires. Cet aspect est majeur. Le français - et le président Macky Sall me le rappelait à mon oreille - non seulement est la langue de la diplomatie mais c’est aussi la langue du droit. Et une chose n’est pas séparable de l’autre. Le développement de règles harmonisées et stables contribue à créer un environnement juridique favorable aux investissements étrangers et à permettre des progrès de l’intégration régionale. C’est pourquoi nous soutenons et nous vous appelons à soutenir, par une assistance financière et technique, l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). C’est un point souvent négligé mais capital.

4/ Enfin le dernier point, et je suis sûr que l’on me pardonnera de l’aborder c’est la question de la transition écologique. Pas seulement parce que la France va accueillir, dans près d’un mois, la conférence de Paris pour le climat que j’aurai l’honneur de présider. Je me rappelle que lorsque la France a été choisie pour accueillir cette conférence, qui sera la plus grande jamais organisée en France, - choix facilité par le fait que nous étions les seuls candidats - les délégués sont venus me voir en prononçant une seule phrase - en anglais : « Mr Fabius, good luck » et au fur et à mesure que cette conférence approche, je comprends de quoi il était question.

Il est question d’un changement fondamental tout simplement parce que ce qui était réservé hier à des experts, apparaît aujourd’hui comme une évidence. Cela va changer notre monde et cela va rendre, possible ou non, vivable notre monde.

Les pays d’Afrique sont dans une position particulière car victimes d’une double injustice. D’un côté, ils n’émettent pas ou peu de gaz à effet de serre et, de l’autre côté, ils prennent l’essentiel des conséquences négatives. Il faut donc réagir et l’un des critères du succès de la conférence de Paris sera la matérialité de cet accord. Pas seulement en matière juridique, même si le droit est très important, mais aussi en termes d’initiatives concrètes. À ce propos, beaucoup d’initiatives existent, que je veux saluer, en ce qui concerne l’énergie en Afrique, le raccordement et les énergies renouvelables. Tout cela doit être coordonné et l’Union africaine et la Banque africaine de développement y travaillent. Je pense que ce sera un des éléments principaux qui sera abordé lors de cette conférence de Paris. Il y a toute une série de projets prioritaires avec des programmes bien définis et la France mettra tout son poids pour que nous ayons, au moins sur ce point, des résultats à la fois rapides et concrets.

Nous veillerons aussi à développer des projets d’adaptation aux effets du dérèglement climatique. Les spécialistes de cette question savent que l’on distingue l’atténuation, c’est-à-dire tout ce qui doit être fait pour diminuer le nombre et la masse des gaz à effet de serre, et l’adaptation qui consiste à prévoir les mesures pour éviter les conséquences négatives de ces émissions. Et les pays en développement, pas seulement africains, ont appelé notre attention, et ils ont raison, sur le fait que l’on met beaucoup l’accent sur l’atténuation mais trop peu sur les projets d’adaptation comme la gestion durable de l’eau, l’aménagement, etc.

L’un des objectifs de la conférence de Paris sera de rééquilibrer les choses y compris sur le plan financier. Puisque je parle finances, et il faut le faire, ce sera l’une des clés de l’accord de Paris. Pour la première fois, l’OCDE a rendu publique, il y a quelques jours, la masse des sommes affectées par les pays du Nord aux pays du Sud en matière de climat. Si nous voulons aller vers les 100 milliards de dollars nous devons savoir où nous en sommes aujourd’hui. Désormais, les chiffres sont connus et il faudra, et c’est le représentant d’un pays dit riche qui vous le dit, que les pays riches fassent un effort et je dirais même un effort supplémentaire. Malgré ses contraintes, la France a souhaité montrer l’exemple dans ce domaine. Le président de la République a annoncé des sommes supplémentaires en milliards d’euros et prévu une réforme qui va avoir une incidence importante en ce qui concerne la Francophonie économique qui est l’adossement de l’Agence française de développement sur la Caisse des dépôts. Ce rapprochement fera de l’Agence française de développement, l’une des plus importantes agences de développement du monde, plus importante que la KFW allemande. Cela nous permettra, en matière économique, de travailler d’une manière extrêmement efficace.

Je termine en vous lançant, avec le président François Hollande, un appel par rapport à cette conférence de Paris qui n’est pas une chose facile. Lorsqu’il faut mettre d’accord 196 parties sur des textes et des pratiques complexes, on comprend bien la difficulté.

Aux chefs d’État et de gouvernement ici présents, dont je sais qu’ils sont très actifs, je veux dire que la conférence de Paris va constituer un moment de vérité pour notre planète et nous comptons sur eux pour nous accompagner, ce qu’ils font, et pour être parmi le plus actifs.

Et puis à vous, Mesdames et Messieurs, un appel à vous qui êtes les acteurs publics et privés. L’une des particularités de cette conférence, c’est que nous ne demandons pas seulement aux gouvernements d’agir mais aussi, pour la première fois, aux villes, chères à Anne Hidalgo, aux régions, aux entreprises, aux différentes organisations, de prendre des engagements. Lorsque l’on réfléchit, en définitive ce sont toutes ces entités qui émettent, plus ou moins, de gaz à effet de serre, et qui sont ou non capables de sauver la fiabilité de notre monde. Nous en ferons la comptabilité mais je veux d’ores et déjà vous dire que nous comptons sur vous.

Comme cela a été fort bien dit par le président Attias, une langue ce sont des valeurs et parmi celles-ci il y a une certaine conception du développement et nous pensons que la famille francophone ici rassemblée doit être au premier rang de cette mobilisation universelle pour le climat et le développement durable. Merci./.

Deuxième forum économique de la Francophonie - Discours de clôture de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Paris, 27/10/2015)

Madame la Secrétaire générale,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Cette journée d’échanges fut très dense. Surtout, elle fut riche d’enseignements sur la mise en oeuvre de la stratégie économique de la Francophonie. Je remercie chaleureusement les organisateurs de ce Forum : Richard Attias et Associés et Le Point, tous les participants, et en particulier les nombreuses entreprises qui ont répondu présent.

Ces enseignements doivent rapidement être traduits en actions concrètes. En particulier d’ici au sommet de Tananarive en novembre 2016. Ces enseignements, source d’actions, quels sont-ils ?

Tout d’abord, la Francophonie économique est, par nature, transversale. Cela a été bien illustré par la diversité des thèmes traités tout au long de cette journée. La nouvelle frontière économique que nous appelons de nos voeux en Francophonie doit se fixer des objectifs ambitieux et multiplier les points d’entrée : industries culturelles, tourisme, numérique, recherche, agriculture... au service du développement et de la croissance.

Ensuite, la Francophonie doit converger en un espace francophone des affaires. Elle doit participer à la création de secteurs privés productifs, socialement innovants, générateur d’emplois et de richesse. En effet, la Francophonie offre une vision partagée des grands défis économiques mondiaux, comme des enjeux culturels et politiques. Elle est synonyme de puissance économique par les marchés qu’elle ouvre, mais aussi par la fluidité linguistique, culturelle et juridique qu’elle incarne. L’appropriation de cette notion de francophonie économique doit cependant encore être renforcée, notamment pour que les entreprises de l’espace francophone fassent de la langue française un atout et un étendard dans leur développement à l’international.

Autre enseignement de cette journée : la Francophonie des « solutions économiques » doit s’inscrire dans la continuité des grands rendez-vous multilatéraux de l’année 2015 : conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement, agenda 2030 du développement durable et conférence Paris climat. Vous connaissez l’enjeu crucial de la négociation qui se tiendra dans un peu plus d’un mois à Paris, Laurent Fabius en a parlé ce matin. Il ne s’agit pas seulement de trouver un accord universel contraignant, mais il faut arriver à enclencher un changement puissant dans le mode de fonctionnement, le mode de développement de nos sociétés.

Je dis souvent que la Francophonie ne continuera de vivre et de progresser que si elle est ressentie comme un atout pour ceux qui la vivent. Elle doit être un « plus ». Et je pense que s’il est un domaine où cet apport peut être décisif, c’est celui de l’économie. Mais à condition de prendre soin de notre langue. Comment l’espace francophone pourrait être reconnaissable, identifiable, s’il mutile la langue française par du « franglais » ou s’il renie sa langue au sein même de cet espace ? La langue française n’est pas un boulet dont l’on devrait se débarrasser pour faire plus moderne. Au contraire, ce peut être un atout, et plusieurs chefs d’entreprises nous l’ont dit aujourd’hui, je pense en particulier au PDG d’Accor. Néanmoins, trop d’entreprises françaises, en particulier, basent leur réussite sur l’image de la France - dont la langue est une composante essentielle - mais négligent l’emploi de cette langue dans leur fonctionnement.

Je pense qu’au-delà des actions déjà engagées, il pourrait être souhaitable que l’OIF mène une réflexion sur la création d’un label venant encourager et appuyer les entreprises faisant le choix du français à l’international.

Les différentes interventions de cette journée, les nombreux points de vue partagées, les multiples sensibilités qui se sont exprimées, font ressortir les grands traits de ce que nous tous (acteurs gouvernementaux, membres de la société civile, entrepreneurs, chercheurs) voulons pour la jeunesse de nos pays : une économie du savoir performante et inclusive, où les formations sont coordonnées avec les besoins des entreprises et où l’on apprend à entreprendre. Et un espace où la mobilité est facilitée, pour favoriser les échanges et la création.

La Francophonie n’a que trop longtemps été associée, au pire, au passé ; au mieux, à la culture. Il est temps, grand temps, que la francophonie soit aussi associée à la réussite, à l’innovation, à la jeunesse ! Au dynamisme d’un espace commun !

Tout ce qui contribue à donner un visage concret, dynamique, solidaire, à l’image du forum d’aujourd’hui ou des multiples réseaux professionnels existants, va dans le bon sens. Toutes ces initiatives doivent être encouragées et la France continuera d’y prendre sa part.

Merci donc à chacun d’entre vous pour votre présence et pour votre engagement./.

Dernière modification : 29/10/2015

Haut de page