Dérèglement climatique - Éthiopie - « Forum - La route vers Paris » - Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Addis Abeba, 07/04/2015)

Paris climat 2015 sera le plus grand évènement diplomatique que la France ait jamais organisé : 195 pays et 40.000 participants sont attendus. Six ans après l’échec de Copenhague, c’est le grand rendez-vous sur la lutte contre le dérèglement climatique. Notre objectif est de trouver un accord international, universel et ambitieux pour rester en dessous de 2°C. Pourquoi 2°C ? Parce qu’au-delà de 2°C, les impacts du dérèglement climatique seront incontrôlables : les mers vont monter, certaines iles vont disparaitre, tempête et ouragans seront plus forts et plus fréquents.

Le climat est un enjeu géopolitique majeur. C’est un enjeu pour la paix et la sécurité. C’est aussi un enjeu de justice, d’équité et de développement.

Développement et dérèglement climatique sont liés !

Le climat est un enjeu de développement pour les pays du Sud. Ce sont les plus pauvres qui sont les plus touchés : sécheresse dans le Sahel ou ici en Éthiopie, ou au Bengladesh confronté à la montée des eaux, en sont des exemples.

L’Éthiopie est menacée, selon le rapport du GIEC, par plus d’inondations, des températures plus chaudes, qui menacent par exemple la production de café par la prolifération de certains parasites. L’Éthiopie a beaucoup souffert des sécheresses en 2000 et en 2003. Si nous n’agissons pas et que le changement climatique continue, ce qui est encore exceptionnel deviendra alors banal.

Les pauvres nous disent « vous avez pollué pour vous développer, nous avons le droit de faire la même chose ». Pourtant si les pays pauvres se développent sur le même modèle que les pays riches, on ne pourra pas contrôler le dérèglement climatique.

Il faut un autre modèle de développement, avec un mode de production et de consommation différent, basé par exemple sur les énergies renouvelables en Afrique. Cela peut aussi avoir des co-bénéfices sur la santé. Regardez les foyers améliorés, ou l’utilisation du biogaz permet de réduire les émissions mais aussi d’éviter des maladies qui touchent en priorité les femmes et les enfants.

Selon l’OMS, il y aurait quatre millions de morts prématurées par an en raison de l’utilisation des foyers traditionnels. Dans le monde, 3 milliards de personnes utilisent encore ce type de foyers, alors que des alternatives existent. Il y a de nombreuses solutions qui permettent aussi de lutter contre la pauvreté et en même temps de préserver la planète.

Ces sujets seront aussi au coeur de l’autre négociation dont je m’occupe, celle des objectifs de développement durable.

Notre objectif pour 2015, c’est zéro carbone, zéro pauvreté.

L’Éthiopie a pris les devants face au climat et à une des stratégies les plus ambitieuses du continent : continuer à promouvoir une forte croissance économique sans augmenter les émissions.

L’Éthiopie mise sur les énergies renouvelables. Je viens de visiter l’un des plus grands parcs d’éoliennes d’Afrique à Mekele.

La lutte contre la déforestation également. C’est une priorité dans un pays rural où le bois est la première source d’énergie.

L’Éthiopie c’est un laboratoire des solutions.

J’ai signé avec plusieurs partenaires européens un accord à Lima pour accompagner le pays dans ses projets. Pour plus d’énergies renouvelables, qui deviennent moins cher en Afrique que les énergies fossiles, et pour le développement des foyers améliorés, ou du biogaz produit à partir de déchets. Ces solutions procurent moins d’émissions. C’est un bon point pour la santé des populations.

L’Éthiopie devrait publier très prochainement sa contribution. Ce sera je n’en doute pas un message fort pour les pays africains et c’est le signe d’une Afrique qui se mobilise, j’irai sur le terrain au Kenya, puis au Niger et au Burkina Faso pour voir ces solutions africaines.

C’est un message d’espoir. La Chine bouge, les États-Unis bougent, l’Afrique bouge.

Cette circonstance est inédite. Pour la première fois, tous les pays vont s’engager pour réduire leurs émissions. C’est aussi le cas des Africains, qui sont pourtant ceux qui polluent le moins.

À Paris en 2015 nous voulons un accord écrit par tous et pour tous, pour éviter les erreurs de Copenhague.

Cet accord comprendra quatre points. Un nouveau texte juridique, pour remplacer le Protocole de Kyoto. Des engagements de tous les pays. Nous sommes bien partis puisque la Chine et les États-Unis ont cette fois accepté de s’engager. Chaque pays doit s’engager à la hauteur de ses responsabilités et de ses capacités. Un paquet financier pour aider les plus pauvres à s’adapter et à choisir un nouveau modèle de développement. Nous en avons posé les bases avec le fonds vert (10 milliards) en 2014. Nous allons aller plus loin, avec les financements innovants, comme la Taxe sur les Transactions Financières. Et enfin des engagements de tous les acteurs non étatiques (les villes, les entreprises...) pour développer des solutions concrètes.

La participation de la société civile, et l’implication d’élus, de territoires, d’ONG, d’entreprises sont nécessaires. Si l’accord est technocratique, ça ne marchera pas. L’agenda des solutions que nous mettons en place c’est du concret, ça se vit sur le terrain.
La route de Paris passe par Addis Abeba.

Aujourd’hui, avec ce forum « En route vers Paris ». Et demain, en juillet avec la conférence sur le financement du développement.

Nous devons conjuguer solidarité et responsabilité. Solidarité car il est injuste que les plus pauvres paient les pots cassés et subissent en premier les impacts du dérèglement climatique. Paris doit être le moment d’apporter des réponses concrètes aux populations les plus vulnérables. Responsabilité parce que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. État, entreprises, collectivités et citoyens.

Notre solidarité, celle des pays industrialisés, c’est le fonds vert. La France a été l’un des premiers pays à s’engager, avec l’Allemagne en engageant un milliard de dollars pour les pays pauvres. Nous avons aussi réuni à Paris toutes les banques de développement pour leur dire qu’« il faut faire plus et mieux ».

La France est consciente que les enjeux financiers seront au coeur de Paris Climat 2015.

Notre pays se devra d’être exemplaire dans la conduite des négociations. Pour ma part je vais rencontrer les leaders de pays africains et de petites îles. Nous devons être à l’écoute de tous, c’est notre responsabilité de grande puissance diplomatique.

Nous devrons également être exemplaires dans nos politiques environnementales, et nous sommes sur la bonne voie avec la loi de transition énergétique adoptée par le Parlement à l’automne dernier.

L’Europe est aussi un leader sur le sujet, avec l’objectif le plus ambitieux au monde, de réduire de 40% les émissions en 2030.
Il faut une mobilisation générale des jeunes, des scientifiques, et de tous ceux qui aujourd’hui participent à ce forum.

Vous, nouvelles générations, allez connaître le dérèglement climatique. Mais vous avez-vous aussi le pouvoir de faire changer les choses, d’inventer le monde de demain.

La jeunesse doit innover. Dans l’entreprise, dans la politique, dans la culture, elle doit mettre son énergie au service de la création d’un nouveau modèle de société.

La jeunesse doit aussi se mobiliser et doit faire entendre sa voix dans les négociations sur le climat. Faites nous savoir vos attentes, vos aspirations. Il faut que les politiques du monde entier entendent vos messages.

Je veux dire aussi un mot des scientifiques, qui sont représentés ici.

Je salue le président du GIEC par intérim, et je voudrais vous dire combien votre rôle est important.

Comme lanceurs d’alertes tout d’abord. Ce sont les scientifiques qui ont identifié les enjeux du dérèglement climatique et qui aident les politiques à construire les réponses. Sans le GIEC, sans les 3000 chercheurs en physique, en économie, en développement, en agriculture, nous serions encore plus éloignés de la solution. Ensuite parce que nous avons besoin des scientifiques pour répondre aux enjeux d’adaptation et d’atténuation. Nous avons besoin par exemple que les modèles sur le climat permettent d’apporter des réponses concrètes aux paysans qui sont exposés tantôt à la sécheresse, tantôt aux inondations.

En conclusion, Chers Amis, sur la route de Paris, il y a de nombreuses étapes. L’une d’entre elles passe par Addis Abeba, l’autre passe par New York et la définition d’Objectifs de développement durables.

Notre direction est claire : il nous reste quelques mois pour construire un accord qui permet d’inverser la tendance, de rester en dessous de 2°C, et de laisser à l’humanité une chance de vivre dignement sur cette planète.

Il ne faut pas que les négociateurs se sentent seuls, mais que chacun d’entre vous l’emprunte. Il faut qu’à chaque croisement, nous faisions ensemble les bons choix.

Sur cette route, il y a des cols en altitude, des montées escarpées, des descentes étroites. Et ce ne sera pas toujours facile : mettre d’accord 196 pays, et faire émerger une position commune de l’Afrique, de l’Amérique du Nord, de la Chine, ce n’est pas une mince affaire...

Mais cette route, nous avons la chance de la construire ensemble. Et à chaque fois que je participe à un forum, ici à Addis Abeba, hier en Égypte, demain au Niger, je vous vois aussi déterminés et solidaires. Et c’est pour moi le meilleur des espoirs pour Paris.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 22/09/2015

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