Dérèglement climatique - Conférence de Paris pour le climat

Tribune conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat, et de son homologue allemand, publié dans le quotidien bangladais « Dhaka Tribune » (Dacca, 20/09/2015)

Un avenir climatique sûr pour le Bangladesh et pour le monde

Le changement climatique ne constitue plus un lointain horizon pour « nos enfants et nos petits-enfants » ; c’est un défi urgent pour nous, ici et maintenant.

Chaque jour, quelque part dans le monde, de violents cyclones dévastent des côtes, détruisant des maisons et des écoles ; des sécheresses détruisent des récoltes et provoquent des pénuries d’eau ; la montée du niveau des mers menace les zones côtières partout dans le monde ; de fortes inondations conduisent au déplacement de milliers de personnes et endommagent de précieuses terres agricoles. Ce ne sont pas là de simples « changements » : il s’agit de dérèglements. Dérèglements affectant nos efforts de développement, dérèglements pour la démocratie, la stabilité et la sécurité.

2015 est une année décisive pour agir au niveau mondial afin de contenir les dérèglements climatiques dans des proportions maîtrisables. En décembre, dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC), les dirigeants du monde entier se réuniront à Paris pour convenir d’un nouveau traité sur le climat. Ce rendez-vous constitue la meilleure occasion que nous ayons eue jusqu’à présent de réaliser des progrès significatifs pour limiter la hausse des températures mondiales moyennes à moins de 2 degrés Celsius, ce qui est l’objectif convenu par la communauté internationale. Nous devons parvenir à un accord juridique pragmatique, mais aussi ambitieux et global. Pour ce faire, nous aurons besoin de la participation active de tous les pays.

Aujourd’hui, en venant au Bangladesh, nous voulons souligner qu’il est important de lutter collectivement contre les changements climatiques. Du fait de sa géographie, le Bangladesh est un des pays les plus vulnérables du monde. Des millions de Bangladais font déjà face aux défis urgents posés par l’instabilité de conditions climatiques qui causent de graves dommages aux infrastructures et aux terres agricoles, menaçant leurs moyens de subsistance.

De pareils défis signifient que nous devons adopter une approche équilibrée pour lutter contre les changements climatiques : d’une part, en réduisant rapidement et de manière importante les émissions mondiales de gaz à effet de serre pour éviter des conséquences non maîtrisables à l’avenir ; d’autre part, en maîtrisant les effets inévitables qui se font déjà sentir aujourd’hui, à travers des politiques d’adaptation. Une réponse adaptée au changement climatique doit prendre en compte de manière équilibrée à la fois l’adaptation et l’atténuation, en fonction des responsabilités, des priorités et de l’évolution de la situation de chaque pays.

Les pays développés doivent prendre l’initiative en réduisant fortement leurs émissions. Ils ont montré leur détermination à le faire en juin dernier lors du Sommet du G7 en Allemagne au cours duquel les gouvernements des plus grandes économies mondiales sont convenus d’une « décarbonation de l’économie mondiale au cours de ce siècle ». L’Allemagne et la France, conjointement avec l’ensemble des 28 États membres de l’Union européenne, prennent leurs responsabilités : l’Union européenne s’est ainsi engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990.

Les États-Unis, la Chine et trente autres pays ont également présenté leurs « contributions nationales » c’est-à-dire les mesures qu’ils prendraient d’ici 2025 ou 2030. De nombreuses autres contributions, notamment celle du Bangladesh, sont attendues avant la Conférence de Paris. D’ici là, nous escomptons qu’au moins 80 à 90% des émissions mondiales de gaz à effet de serre soient couvertes par ces « contributions ». L’accord que nous espérons adopter à Paris sera donc ancré dans une action réellement universelle de lutte contre les changements climatiques.

Toutefois, fixer des objectifs et élaborer des politiques ne suffit pas si les pays en développement ne disposent pas des moyens de les mettre en oeuvre. Les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont réaffirmé leur volonté de mobiliser chaque année, d’ici 2020, 100 milliards de dollars américains pour les pays en développement. Au-delà de cet engagement important, l’ensemble des flux financiers devra être réorienté vers des économies résilientes et à faibles émissions. Les financements publics continueront de jouer un rôle essentiel, notamment en catalysant des financements privés vers des opportunités d’investissement sobres en carbone et en garantissant l’accès des pays les plus pauvres et les plus vulnérables du monde aux financements, en particulier pour leurs besoins en adaptation.

Le Bangladesh offre de nombreux exemples probants de coopération efficace en matière de maîtrise des risques climatiques sur le terrain. Aujourd’hui, nous nous rendrons dans le sud du Bangladesh pour voir directement des zones pâtissant de conditions climatiques extrêmes et d’événements à évolution lente. Dans le Patuakhali, des abris anticycloniques ont été fournis grâce à notre coopération au développement pour renforcer la résilience des communautés locales. Le bâtiment que nous inaugurons a un double objectif : abriter les populations en cas de nécessité et servir d’école le reste du temps. Il symbolise le fait que les pays peuvent lutter contre les changements climatiques sans sacrifier leurs autres priorités de développement et récolter les co-bénéfices de l’action climatique en termes de croissance économique, de santé publique et d’efficacité énergétique.

La France et l’Allemagne soutiennent pleinement le Bangladesh, un partenaire de longue date, dans ses efforts. Ensemble, avec tous les pays les moins avancés et la communauté internationale, nous mettrons tout en oeuvre pour parvenir à un résultat ambitieux à Paris. La menace ne peut être ignorée ; ne ratons pas l’occasion./.

Dernière modification : 21/09/2017

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