Dérèglement climatique - COP21 - Session du groupe de travail sur la plateforme de Durban - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21 (Paris, 01/06/2015)

(en français et en anglais)

Tout d’abord, c’est un honneur pour moi de me trouver ici, dans ces bâtiments magnifiques. Je remercie beaucoup Manuel Pulgar-Vidal, représenté par notre ami - mais Manuel était par la pensée avec nous et par la vidéo - et puis remercier aussi Christiana Figueres de son remarquable travail qui est vraiment tout à fait exceptionnel. S’il y a un succès à Paris on le devra beaucoup à elle.

Je suis venu - c’est bien normal - parce que la plateforme de Durban « ADP » est un élément tout à fait central dans la préparation de ce que nous espérons être le succès de la COP21 à Paris. Ce groupe n’est pas connu du grand public mais les choses sont ainsi faites que pour préparer l’accord que nous espérons, il faut que les 196 parties - puisque nous sommes 196 - discutent du texte qui nous sera présenté. C’est dans ces sessions de l’ADP, en vertu de décisions qui ont été prises au plan international, que cette discussion peut avoir lieu.

Dans les jours à venir, il y aura un énorme travail à faire pour prendre, une par une, les différentes questions qui se posent et pour parvenir à ce que le texte soit à la fois plus concis et qu’il commence à trancher un certain nombre de questions. Il y aura d’autres sessions de l’ADP qui auront lieu à la fin du mois d’août, au mois d’octobre. Il y aura entre-temps des rencontres ministérielles et il y aura, bien sûr, aux Nations unies, un certain nombre de rencontres, et puis dans différents continents.

Le rôle de l’ADP est extrêmement utile. Les deux coprésidents ont rappelé, avec moi-même, que nous comptions beaucoup sur les délégués ici présents pour préparer ce travail. Ce matin, j’ai présenté à l’ensemble des délégués la façon dont nous préparions la présidence. Il y a un état d’esprit de la présidence. Les trois mots d’ordre sont : « écoute » - il faut écouter chacune des parties ; « ambition », parce qu’il faut que l’accord de Paris soit à un certain niveau d’ambition ; « compromis », parce qu’évidemment si on veut trouver des points d’accord entre 196 parties, il faut avoir l’esprit de compromis.

Et puis, Il faut bien sûr préparer de façon très précise ce qui se fera à Paris et qui reprendra quatre grands points.

Le premier, qui est essentiel, c’est de trouver un accord qui soit universel, qui ait force juridique, qui puisse tenir compte des différences et qui soit durable ; c’est-à-dire qu’on n’ait pas à recommencer tous les deux ans ou tous les trois ans la rédaction de cet accord.

Le deuxième élément, c’est qu’à cette occasion on parlera certainement, comme on le fera d’ailleurs toute l’année, de financement. Je sors d’une rencontre avec nos amis africains qui m’ont dit beaucoup de choses intéressantes, notamment que la question des finances était déterminante. Cette question sera donc abordée à Paris, mais elle sera aussi abordée avant.

Il y a un troisième aspect très important, c’est qu’à Paris - et déjà avant -, nous aurons eu les « INDCs », les contributions des différents gouvernements. Nous pouvons donc, sur la base du rapport qui sera fait par le secrétariat de la convention-cadre, avoir un certain nombre de réflexions sur ce que sont les sommes de ces contributions.

Et puis, c’est très original, c’est la première fois, c’est une initiative qui a été proposée par le Pérou, acceptée par la France, puis acceptée finalement par tout le monde : « From Lima to Paris agenda » ou « l’agenda des solutions » où il y a les acteurs non-étatiques, c’est-à-dire les grandes collectivités locales, les grandes entreprises, les organisations, la société civile qui vont apporter une contribution puisque si on veut aller vers la lutte contre le dérèglement climatique, il faut évidemment que tout le monde s’y mette.

On me pose souvent la question : « est-ce que vous espérez un succès...? » Bien sûr, nous y travaillons, nous savons que c’est extrêmement difficile. Si ce n’était pas difficile, on aurait déjà eu, dans le passé, un accord universel. On n’en a jamais eu. On sait que c’est difficile mais, sachant cela, nous mettons, les uns les autres, toute notre énergie pour obtenir un succès.

Nous savons qu’il y a aussi des choses qui bougent dans le bon sens. Christiana Figueres en a cité quelques-unes. Il y a quelques années, iI aurait été inconcevable que la firme Standard and Poor’s décide que le risque climatique devait intervenir comme un élément de la notation des États ou des entreprises. De la même façon, un certain nombre d’entreprises ont été citées, qui sont de très grandes entreprises, qui décident de prendre en compte maintenant le risque climatique, d’agir contre le risque climatique et d’aller vers une fixation du prix du carbone. Il y a beaucoup d’autres exemples.

Donc oui, nous savons les difficultés puisque nous connaissons bien ces sujets mais nous mettons toute notre énergie, avec le président de la République française, pour aller vers le succès. J’ai dit à tous les délégués que j’ai vus, et puis au groupe G77, plus la Chine, au groupe africain et au groupe des AOSIS que j’ai rencontrés spécialement, que nous étions, mon collègue et ami péruvien comme moi-même, complètement à leur disposition puisque nous avons fait le choix, le Pérou et la France, de travailler ensemble dans la préparation de cette conférence. Nous travaillons ensemble d’abord parce que nous sommes amis, ensuite parce que c’est très bien qu’il y ait un pays de Sud et un pays du Nord qui travaillent ensemble ; et puis parce qu’on nous a indiqué que c’était le secret des conférences réussies.

Nous allons donc travailler dans cet esprit.

Q - (Sur le rôle des autorités spirituelles et religieuses)

R - Le rôle des autorités spirituelles et religieuses est important, bien sûr. Nous avons été informés que le pape allait vraisemblablement, dans les jours qui viennent, publier une encyclique et qu’il se rendra, si j’ai bien compris, aux Nations unies au mois de septembre et d’ailleurs aussi je crois devant le Congrès. D’autres autorités religieuses, d’autres religions sont intervenues ou vont intervenir dans le même sens.

En tant que responsable politique, je n’ai évidemment pas à intervenir sur ces sujets spirituels mais on comprend bien que si on se préoccupe de Dieu, de Créateur et de sa Création, il faut aussi veiller à ce que cette Création ne soit pas détruite. Nous accueillons ces prises de position spirituelles d’une façon tout à fait positive. D’ailleurs, il y aura au mois de juillet, je crois à Paris, une réunion d’un certain nombre d’autorités spirituelles. En ce qui concerne les invitations, il y aura beaucoup d’occasions de rencontrer ces autorités, nous nous en réjouissons. Et puis, bien évidemment, pour la conférence proprement dite, les chefs d’État et de gouvernement seront certainement conviés en plus des délégués et des ministres. Nous verrons les modalités le moment venu mais nous devons nous réjouir que toute une série d’autorités spirituelles et religieuses prennent position parce que cela fait partie de ce qu’on appelle la société civile et cela permet d’accompagner, de manière très utile, l’action des gouvernements.

Q - (Sur la présence des chefs d’État et de gouvernement)

R - If I understand the question about when the Heads of State and Government will - if they want - intervene ? The idea shared by the UN General Secretary and the French president is to have a meeting during the General Session of the General Assembly in September in New York, because many Heads of State and Government will attend. As so far the COP21 precisely in Paris is concerned, the example of Copenhagen is not so good.

What do I mean ? Some Heads of State and Government, coming at the end of the conference, supposedly solving the problem, but the problem is so complex that in spite of their talents they can’t solve it. And therefore, the idea could be - but it has to be fixed - to invite them to give some sort of politically impetuous will at the beginning of the conference. It belongs to the delegates, to the ministers, to fulfill, to implement this political push in solving the last problems which are left to be solved. But this has to be fixed. Today, we are at the beginning of June and the conference of Paris will take place at the end of November and at the beginning of December./.

Dernière modification : 22/09/2015

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