Dérèglement climatique - COP21 (Paris, 26/08/2015)

Point de presse conjoint de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, du secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon et du ministre péruvien de l’environnement, président de la COP20, M. Manuel Pulgar Vidal - Propos de M. Fabius

(Paris, 26/08/2015)

Mesdames et Messieurs,

Bonjour,

Comme vous le savez, nous avons maintenant depuis lundi, ce que nous appelons la « semaine des ambassadeurs ». D’habitude, c’était la conférence des ambassadeurs et maintenant, compte-tenu de l’extension que cela a pris, c’est pendant toute une semaine que nous réunissons l’ensemble des ambassadeurs français pour passer un certain nombre de messages. Le président de la République a exposé la politique internationale de la France hier et nous écoutons aussi un certain nombre de messages que les ambassadeurs qui sont présents dans l’ensemble du monde, ont à nous donner. Et puis nous abordons toute une série de grands sujets qui sont extrêmement variés depuis les problèmes de la Syrie, les questions européennes, les questions qui se passent en Afrique, la politique culturelle, le développement scientifique, etc...

Cette année, nous avons voulu mettre l’accent sur la question du dérèglement climatique pour une double raison, extrêmement simple à comprendre.

C’est un des problèmes majeurs de l’humanité et on sait que l’année dernière et encore les premiers mois de cette année ont été les plus chauds jamais observés. Et ceci a toute une série de conséquences absolument ravageuses. Et quand je dis ravageuses, c’est au sens propre. À la fois des conséquences sur les phénomènes extrêmes : les typhons, les pluies, les sécheresses. Des conséquences sur la biodiversité, sur la nourriture, sur la santé, sur les migrations, des conséquences sur la paix et sur la guerre. Ce sont des choses qui commencent à être connues de tous.

Vous savez que s’il n’y a pas une action puissante, les scientifiques du GIEC nous ont expliqué, et ceci n’est plus contesté, que le dérèglement climatique risque de s’aggraver encore avec des conséquences terribles pour l’humanité. À la fois en termes de climat, en termes de pauvreté et en termes de conflits. C’était la première raison pour laquelle il fallait mettre au premier rang de nos préoccupations la lutte contre le dérèglement climatique.

Et puis, c’était d’autant plus indispensable que la France comme vous le savez, après le Pérou, a été choisie pour accueillir la conférence que l’on appelle COP21 que l’on appellera, pour faire court, la conférence de Paris. L’ensemble des diplomates français sont mobilisés, comme beaucoup dans le monde, pour faire réussir cette conférence. Le président de la République est au premier plan de l’action et moi-même j’aurai l’honneur de la présider.

C’est dans ce cadre, que j’ai demandé au secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, de bien vouloir s’exprimer devant la totalité des ambassadeurs français ce matin. Il a eu l’immense gentillesse, et je l’en remercie, de venir à Paris exposer, non seulement, sa vision d’un certain nombre de questions mais d’abord la façon dont il s’engageait lui-même pour faire réussir cette conférence sur le climat. Je sais, pour avoir suivi son action, que c’est vraiment un des points qui engage le plus, non seulement l’action mais la conviction profonde du secrétaire général Ban Ki-moon.

Et puis ensuite, il a eu la gentillesse de nous le dire, c’était une façon de rendre hommage au travail des diplomates français sur toute une série de problèmes à travers le monde. Mon bonheur et notre bonheur a été complet puisque mon ami Manuel Pulgar Vidal, qui a présidé la COP20 à Lima avec beaucoup de résultats positifs et un grand succès, nous a fait l’amabilité aussi de nous rejoindre et de s’exprimer devant les ambassadeurs. C’est avec énormément de plaisir que nous les avons accueillis. Ils vont maintenant s’exprimer. Je dirai simplement ceci, pour ma part, puisque le rôle d’un président de COP, ce n’est pas de faire prévaloir ses propres idées, c’est d’aider à trouver une solution. On m’a dit : il faut que tu écoutes, il faut que tu aies de l’ambition et il faut que tu aies l’esprit de compromis. L’ambition, cela ne fait pas référence à l’ambition personnelle, c’est l’ambition collective. Et l’ambition collective, elle est là. L’écoute est là et l’esprit de compromis, je l’ai. Comme Manuel l’a et comme le secrétaire général des Nations unies l’a aussi.

Je pense que la formule qui a été exprimée ce matin par le secrétaire général, je la partage volontiers. On lui demandait : mais est-ce que vous êtes optimiste ? Est-ce que vous êtes pessimiste ? Et vous avez répondu : cher ami, je suis prudemment optimiste. Je partage ce jugement. J’ajouterai, vous connaissant, que nous allons faire en sorte que cette prudence optimiste, avec notre action à tous, devienne grâce à notre action et à notre volonté, un optimisme raisonné et qui obtienne des résultats.

(...)

Q - (en anglais sur les pays réticents à publier leurs contributions nationales et comment les y forcer avant la COP21)

R - Sur la question que vous avez posée, il faut d’abord connaître les règles et vous les connaissez. On peut dire qu’elles sont bonnes ou mauvaises, mais ce sont des règles internationales qui ont été posées il y a très longtemps sur la négociation.

Il se trouve que cette négociation sur les COP est dans un certain cadre juridique que le secrétaire général, mon ami Manuel et moi-même connaissons bien. Chaque année, il y a une COP mais par exemple je m’exprime devant vous alors qu’actuellement je ne suis pas président de la COP21. C’est un fait, aussi étrange et même absurde que cela puisse paraître, car c’est seulement le jour où la réunion va débuter à Paris que mes collègues vont m’élire président – pourtant je n’ai pas attendu pour agir.

D’autre part, comme l’a rappelé excellemment le secrétaire général, les textes, normalement, sont élaborés au sein d’un organisme, appelé dont l’acronyme est ADP. Pour le moment le texte est très long, trop long, on l’a souvent dit. Et nous avons tous fait, nous trois en tous cas et beaucoup d’autres aussi le même constat, il faut accélérer, mais comme nous ne sommes pas des observateurs mais des acteurs, nous agissons pour accélérer tout en respectant les règles, puisque ce sont les règles que s’est donnée la communauté internationale.

Alors concrètement cela veut dire quoi ? C’est d’autant plus nécessaire d’accélérer que cette négociation est un peu différente des autres négociations auxquelles vous vous êtes habitués. Dans les autres négociations, l’objet c’est d’aboutir à un résultat, ce serait mieux d’aboutir assez vite, mais si on n’aboutit pas assez vite, on recommencera. Là ce n’est pas du tout le sujet. C’est une course contre la montre, c’est une course contre la montre. L’année dernière a été l’année la plus chaude qui ait jamais existée et tout indique que cette année sera encore plus chaude que l’année précédente. Donc les dérèglements climatiques augmentent et donc tant que nous n’apportons pas les solutions, la situation se détériore. Donc ce n’est pas simplement une négociation, c’est une course contre la montre.

Nous avons pris les uns et les autres nos responsabilités. Le secrétaire général des Nations unies a déjà, et je me le rappelle en particulier l’an dernier, secoué le cocotier comme on le dit, en réunissant à New York toute une série d’autorités pour faire prendre conscience de la gravité des phénomènes. Là, en septembre, sans trahir de grands secrets, il y aura toute une série d’initiatives qui seront prises avec toute une série de grands responsables du monde pour accélérer. Manuel, dans sa présidence, a fait en sorte, que, et ce n’était pas le cas avant, que les gouvernements ne soient pas les seuls à la manoeuvre mais aussi les sociétés civiles. Moi-même, aux côtés du président Hollande, qui est en première ligne et qui fait le maximum pour que les choses avancent, et bien moi je me démultiplie. Concrètement, cela veut dire quoi : cela veut dire que le 5 et le 6 septembre, je réunirai à Paris, cinquante ministres, représentatifs de l’ensemble du monde et nous regarderons ensemble concrètement qu’est que nous avons à l’esprit en matière de financement, d’adaptation et de technologie.

Nous avons des relations avec le groupe de l’ADP et nous leur avons demandé d’accélérer leurs travaux pour qu’à la fois ils soient prêts mi-octobre et pour que ce ne soit pas un texte de 83 pages qui nous soit remis mais d’une vingtaine de pages.

Nous tous ensemble, nous agissons pour accélérer et pour trouver des solutions aux problèmes qui demeurent. Dans son interview au journal Le Monde, le secrétaire général fait la liste des cinq grands problèmes qui demeurent, vous les connaissez, et en particulier la question financière qui est très importante, sur lesquels toute une série de travaux ont lieu en ce moment.

Donc oui, il faut aller vite, oui il faut accélérer et oui c’est nos responsabilités aux uns et aux autres de faire en sorte que l’on trouve des solutions et nous faisons le maximum pour que ce soit le cas à la fin de l’année.

Q - (en anglais sur un nouveau paradigme avec l’émergence de l’économie verte et ses conséquences pour les pays émergents)

R - Je tout à fait ce qu’a dit le secrétaire général et j’y ajouterai une notation scientifique que, parfois, on ne relève pas dans le cas des gaz à effet de serre. Les gaz à effet de serre (CO2, méthane) sont émis d’une façon trop massive, c’est le fond du problème. Mais quand on les émet, ils ne se dissolvent pas. Certains d’entre eux vont rester dans l’atmosphère quelques mois, quelques années, quelques dizaines d’années, quelques milliers d’années.

Donc tout le temps que l’on perd sans avoir agi suffisamment, on ne le rattrapera jamais. On risque de se retrouver, si l’on n’arrive pas assez vite, dans l’impossibilité physique d’obtenir ce qui est indispensable, c’est-à-dire de rester en dessous de 2 degrés. C’est pourquoi, scientifiquement, je parle avec les hommes de sciences, d’une course contre la montre. Si on ne prend pas le départ efficacement assez vite, la course on ne pourra plus la gagner. Or, il est impossible de perdre cette course parce que l’une de mes formules favorites que j’ai empruntée à mon voisin et ami Ban Ki-moon : il n’y a pas de plan B, car il n’y a pas de planète B. Donc ce n’est pas une négociation comme une autre. On ne peut pas dire : cette année ce n’est pas possible, on peut recommencer dans trois ans. Non, parce que si l’on n’agit pas très vite et très fort, alors à ce moment-là, on se met, à cause de l’accumulation des gaz à effet de serre, dans l’impossibilité de trouver une solution. C’est un élément scientifique que l’on n’a pas toujours à l’esprit, mais qui est déterminant dans cette négociation-ci./.

Dernière modification : 22/09/2015

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