Dérèglement climatique - COP21 - Ouverture du sommet « Climat et territoires » - Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Lyon, 01/07/2015)

Monsieur le Président, Cher Jean-Jacques,

Monsieur le Sénateur, Cher Ronan,

Mesdames et Messieurs les Élus et les Représentants des collectivités et États fédérés,

Chers Amis,

C’est un plaisir pour moi d’ouvrir ce grand rendez-vous des villes et des territoires sur le climat. Ce rendez-vous, il est essentiel à 6 mois de la COP21. C’est l’une des étapes importante de cette année, après le sommet des entreprises et de la finance, après la MEDCOP 21 à Marseille au début du mois de juin. C’est une étape importante, c’est aussi une reconnaissance.

Vous le savez bien, Monsieur Queyranne, Monsieur Dantec, vous qui oeuvrez depuis longtemps pour que les collectivités prennent toute leur place dans les négociations internationales sur le climat.

Cette conviction, elle est chez vous, je le sais, ancrée également dans l’action. Car si les collectivités s’investissent pour le climat, c’est avant tout parce que leurs élus, mais aussi et surtout leur citoyens voient bien, au quotidien, les enjeux du dérèglement climatique.

Les élus locaux que je rencontre, dans mes déplacements, sont souvent les meilleures portes paroles face aux enjeux climatiques. À Dakar ou à Saint Louis, au Sénégal, ce sont eux qui doivent faire face aux conséquences de l’érosion côtière, accentué par la montée des eaux.

Aux Philippines, ce sont les élus qui pensent la reconstruction des zones durement frappées par les typhons. Au Sahel, il est impossible de penser à la lutte contre la désertification sans associer les régions et les municipalités.

Partout dans les grandes villes, de l’Afrique du Sud, à la Colombie, des États-Unis à l’Inde ou au Brésil, dans les villes ou dans les campagnes, vous êtes à la fois des témoins et des acteurs de la lutte contre le dérèglement climatique.

Cette mobilisation, elle est aujourd’hui pleinement reconnue par la France. Elle est aussi reconnue par les Nations unies, dans le cadre des négociations de la Convention climat. Ce n’est pas toujours évident, vous le savez, car les statuts et le rôle des territoires varient selon les pays.
Mais, parce que vous êtes en première ligne face au dérèglement climatique, vous avez su vous imposer et faire reconnaître votre légitimité. Je veux ici saluer le rôle de Ronan Dantec et de Bernard Soulage, les infatigables porte-parole français du rôle des territoires dans la lutte contre le dérèglement climatique. Je veux saluer aussi le rôle des grands réseaux internationaux de collectivités, qu’il s’agisse d’ICLEI, du R20, de CGLU, du C40, et il y en a de nombreux autres, qui agissent depuis plus de 20 ans au service du climat.

***
Cette mobilisation, elle est plus que bienvenue dans l’agenda des solutions promu par la France et le Pérou, et qui s’incarne aujourd’hui dans le plan d’action Lima-Paris, qui est le support pour l’action des acteurs non-étatique face au dérèglement climatique.

Cette mobilisation, elle est une condition sine qua none de la réussite de Paris Climat 2015. Cette mobilisation, elle me fait penser à ce livre et ce film, bien connus de tous : Le Seigneur des Anneaux. Je demande pardon aux puristes, mais son intrigue est finalement très proche de celle de Paris Climat 2015.

Dans cette trilogie, un petit groupe très hétéroclite, des hommes, des elfes, des nains, des magiciens, s’unissent pour une cause commune : sauver leur terre face à un ennemi commun.

L’équation que nous avons à résoudre à Paris est en tout point identique : nous devons mobiliser tous les acteurs, qui ont parfois des objectifs ou des intérêts très différents, afin de les unir sur un objectif commun : lutter contre le dérèglement climatique.

Cela vaut, vous me direz, pour les États. Cela vaut aussi pour l’ensemble des acteurs non étatiques, les entreprises, les collectivités territoriales, les ONG et les fondations, ou encore les grandes institutions internationale.

Dans cette alliance de Paris pour le climat, vous disposez d’atouts précieux : ceux de la proximité et du savoir-faire. Car qui mieux que vous sait préparer un plan d’alerte face aux catastrophes climatiques ?

Qui, mieux que vous, peut planifier l’aménagement d’un territoire sur le long terme, prenant en compte la nécessité du zéro émissions ? Qui, mieux que vous, est à même de construire des projets de lutte contre la pauvreté et porteurs d’inclusion sociale tout en intégrant les enjeux climatiques ?

Malgré de grandes différences au niveau international, les territoires jouent un rôle majeur dans l’énergie, dans la planification urbaine, dans les transports, dans l’agriculture... Les territoires, c’est aussi la commande publique, qui peut être mobilisée, au Nord comme au Sud, au service de la cause climatique.

Face à notre grand défi pour 2015, celui d’un monde sans carbone et sans pauvreté, nous avons besoin de vos compétences, de votre envie, de votre mobilisation.

C’est pour collecter vos engagements, ces fameuses contributions, sur lesquelles reviendront tout à l’heure le président de la République et demain M. Fabius et Mme Royal, que nous avons lancé, avec le Pérou, la plateforme NAZCA.

Cet acronyme, en anglais, il désigne un espace d’engagement pour les actions des acteurs non-étatiques. C’est aussi le nom d’une civilisation du Pérou, disparue dans des circonstances restant à éclaircir. Certains scientifiques nous disent aujourd’hui qu’il est possible que ce peuple agricole ait disparu à raison de catastrophes naturelles accentuées par leur agriculture intensive. C’est ce que Jared Diamond appelle un « effondrement ».

Pour éviter cet effondrement, nous sommes réunis aujourd’hui, et nous nous retrouverons à de nombreuses reprises d’ici Paris. Pour éviter cet effondrement, laisser moi pour conclure dresser quelques pistes d’action pour que les engagements que vous prendrez trouvent un écho toujours plus large dans les négociations.

La première piste, c’est la coopération entre les territoires, au niveau international. Cette coopération, de nombreux territoires français et européen la pratiquent déjà. Elle permet de partager des savoirs faire, de mutualiser des ressources. D’accélérer dans la direction d’un monde sans carbone et sans pauvreté.

Il y a de nombreux projets, y compris ici, en Rhône Alpes, Monsieur le Président, par exemple avec le Mali ou le Burkina Faso. La France a des territoires compétents, engagés, avancés sur le climat. C’est une fierté de voir ces territoires, avec le soutien de la France partager ces compétences. C’est pour cela que nous avons lancé cette année un appel à projet de coopération décentralisée sur le climat avec les équipes de la DAECT pour un montant de plus de 600 000 euros.

Sur ces sujets, il y a encore de nombreuses choses à accomplir. Je prendrais un seul exemple : à New York, pendant une des nombreuses réunions de l’ONU, j’ai reçu sur mon portable - sans jamais rien avoir demandé d’ailleurs - un SMS d’alerte sur le risque d’inondation. La ville de New York a en effet mis en place, après l’ouragan Sandy, un grand programme de prévention des risques. Ce type d’expérience, il est possible de les partager avec des villes du Sud exposées aux mêmes risques.

Beaucoup d’entre vous soulignent, et je sais que vous en faites partie, Monsieur Dantec, que vos engagements nécessitent un appui financier. Certains d’entre vous parlent d’un « Fonds vert » des villes pour le climat.

La France est le premier pays au monde à avoir financé, avec l’AFD, des prêts non-souverains pour des collectivités territoriales dans les pays du Sud. Elle est donc consciente des besoins de financements - conséquents - qu’il faudra mobiliser. C’est pour cela, et Mme Paugam, directrice générale de l’AFD, viendra vous en présenter les modalités techniques, que l’AFD poursuivra son effort, avec l’ambition de soutenir 100 villes d’ici 2020 dans leurs actions de lutte contre le dérèglement climatique.

Mesdames Messieurs, Chers Amis,

Il y a plus de 50 ans, en 1963, le traité de l’Élysée a accéléré les jumelages franco-allemands. L’objectif était simple : c’était le même que la construction européenne : sanctuariser la paix, en jumelant des villes, en développant des projets conjoints, en favorisant les échanges de jeunes.

Le climat pose à l’humanité un défi de même ampleur : limiter le réchauffement de la planète pour éviter le chaos climatique et sa cohorte de troubles géopolitiques. Je vous propose aujourd’hui de relancer ces jumelages, internationaux, autour du climat. Cet outil a fait ses preuves. Il a marqué des générations.

Face au défi climatique, ce type d’action, qui inscrit notre engagement dans la durée, est plus que jamais nécessaire.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 22/09/2015

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