Dérèglement climatique - COP21 - Forum « l’Afrique après 2015 » - Intervention de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Berlin, 09/09/2015)

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Cher Kofi Annan,

Mesdames et Messieurs,

Pour répondre à l’objectif de la COP21, trouver un accord international sur le climat et limiter le réchauffement de la planète en dessous de deux degrés, la France est en première ligne.

C’est une double obligation que lui confère la présidence de cette conférence.

Une obligation d’exemplarité d’abord sur nos actions pour lutter contre le changement climatique : la France se mobilise à travers la loi sur la transition énergétique et les financements sur le climat.

Mais aussi une obligation de dialogue, de transparence et d’écoute à l’égard de toutes les parties. Que ce soient les plus gros pollueurs, comme la Chine ou les États-Unis, ou les victimes, en particulier les pays d’Afrique et les petits États insulaires.

Pour la première fois, un accord universel sur le climat juridiquement contraignant, doit être trouvé. Au-delà d’une hausse de deux degrés, c’est le chaos climatique et le retour en arrière pour les pays en développement. Tant sur la sécurité alimentaire qu’en matière de mortalité infantile.

Pour la première fois, cette COP c’est aussi un accord qui protège les gens, en aidant concrètement à faire face aux impacts du dérèglement climatique.

La réussite de ce que nous appelons l’Alliance de Paris tient en quatre points :

Tout d’abord définir d’un nouveau cadre juridique, rassemblant tous les pays, qui viendra en 2020 remplacer le Protocole de Kyoto.

Ensuite disposer d’un engagement précis de toutes les parties à travers des contributions nationales centrées sur les actions à mener pour lutter contre le réchauffement, que ce soit en matière d’énergies renouvelables ou de protection des forêts par exemple. À moins de trois mois du lancement de la COP21, cinquante-huit contributions ont déjà été publiées. L’Afrique y a pris une bonne part.

Par ailleurs il nous faut fournir un accompagnement dans la mise en place de financements et de technologies adaptés, afin que les pays en développement puissent saisir les opportunités économiques offertes par la lutte contre le changement climatique.

Enfin, nous devons assurer la promotion des solutions concrètes qui associent les entreprises, les villes, les associations. Ce sont ces initiatives qui vont nous permettre d’agir pour cette grande cause planétaire.

L’accord final offrira de nouvelles opportunités pour le développement durable, mais il peut aussi donner l’impression de dresser des contraintes aux pays en développement. Par exemple, l’adoption de stratégies de développement à faibles émissions peut être perçue comme un frein au rythme d’industrialisation de l’Afrique.

J’ai déjà entendu plusieurs fois ce discours. Permettez-moi de vous dire que ce n’est plus vrai.

J’ai fait récemment trois déplacements en Afrique autour du climat, à l’Est, dans le Sahel et en Afrique centrale. Les choses ont changé. L’Afrique bouge, l’Afrique est en mouvement. Aujourd’hui sur les 15 pays en développement qui ont publié leur contribution, plus de la moitié sont africains.

Je suis allée à la rencontre de ce que j’appelle l’Afrique des Solutions. J’ai visité des projets d’énergies renouvelables en Éthiopie, de lutte contre la désertification au Niger, de foyers améliorés au Burkina Faso, de protection des mangroves au Sénégal, de limitation des émissions de CO2 à l’Ile Maurice. J’ai croisé sur le terrain de nombreux acteurs porteurs d’espoirs.

Cet espoir, c’est de faire en sorte que Paris Climat 2015 en donne un écho. Que cette conférence ne se résume pas à un texte, mais que l’Alliance de Paris embraye sur des actions.

L’Afrique des solutions, c’est un continent tourné vers un nouveau modèle de développement, qui fait sien le mot d’ordre : zéro carbone, zéro pauvreté.

L’Afrique des solutions, c’est le signal d’une Afrique qui veut saisir les opportunités offertes, en particulier les énergies renouvelables.

Nous nous sommes engagés, au G7, avec le soutien de l’Allemagne, à encourager ces énergies en Afrique. Car pour de nombreux pays africains, les énergies renouvelables, c’est une priorité économique et sociale, pour l’emploi et la croissance, mais aussi pour la santé.

L’Égypte, qui préside le groupe Afrique, a pris l’initiative de réunir et de mobiliser tous les partenaires indispensable au succès de ce projet. Nous avons là une occasion unique de démontrer notre mobilisation et notre solidarité.

L’adaptation est une également une priorité pour de nombreux pays africains, qui n’ont pas, ou très peu contribué aux émissions de gaz à effet de serre, alors qu’ils souffrent déjà des conséquences liés au changement climatique. Comment la COP21 peut aider ces pays à s’adapter ?

Le changement climatique tue déjà. On le voit à l’occasion des évènements climatiques extrêmes, mais plus insidieusement par son impact sur les récoltes ou sur l’extension de certaines maladies tropicales.

À Paris Climat, nous devons changer la donne dans l’appui aux victimes du dérèglement climatique. Ces victimes, je les ai croisées au Sahel, en Afrique de l’Est, en Amérique Centrale, dans les petits États insulaires. Ce sont des citoyens contrains de déplacer leur village plus haut sur les collines, ce sont des hommes et des femmes qui reconstruisent leurs maisons et leurs bateaux après un Typhon. Ce sont des agriculteurs qui tentent de nouvelles méthodes agricoles pour faire face aux sécheresses.

Là encore, les Objectifs de développement durable sont précieux, car ils intègrent au développement, chaque fois que c’est nécessaire, la question de la résilience, de l’adaptation.

Dès le sommet de l’Élysée en 2013, la France a choisi d’intégrer la résilience dans tous les projets d’infrastructures qu’elle finance en Afrique. Depuis, les États-Unis ont choisi la même stratégie, et nous avons pu constater à Addis-Abeba lors de la conférence sur le financement du développement que cette idée était désormais partagée par tous.

L’adaptation ne s’arrête pas là. Nous pouvons faire beaucoup pour la prévention des catastrophes naturelles liées au climat.

Lors de la Conférence de Sendaï, la France a proposé de mobiliser la communauté internationale pour accompagner les pays les plus vulnérables dans le développement de systèmes d’alertes face aux évènements climatiques extrêmes.

Vous le savez, les pays les moins avancés et les petits États insulaires ne disposent souvent pas aujourd’hui de systèmes d’alerte performants. Plus de 80% des Pays les moins avancés ont un système d’alerte élémentaire. Pour 15 pays, il n’existe tout simplement pas. En Afrique, plus de la moitié du territoire n’est simplement pas couverte par des données météorologiques. Et pourtant la météo c’est la base pour prévenir les catastrophes, anticiper les sécheresses, les inondations, protéger les citoyens, les récoltes.

C’est donc pour la France un enjeu de responsabilité, que de partager nos savoirs faires et nos compétences au service des pays les plus exposés au dérèglement climatique. Les systèmes d’alerte permettent de sauver des vies et de réduire considérablement le coût économique des catastrophes.

La France, en coordination étroite avec la Norvège, les agences de l’ONU et la Banque mondiale, a lancé une coalition, avec un objectif simple : renforcer et amplifier l’action de la Communauté internationale en appui des systèmes d’alertes dans les pays vulnérables, et parvenir à une couverture globale des populations exposées aux évènements climatiques extrêmes d’ici 2020.

Le G7 a insisté sur cette initiative et sur le renforcement des systèmes d’assurance face aux risques climatiques dans les pays les plus pauvres. Notre défi, c’est de mobiliser 100 millions d’euros d’ici 2020 pour équiper chaque pays qui en a besoin d’un système d’alerte performant.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 22/09/2015

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