Dérèglement climatique - COP21 - Financements - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et président de la COP21, avec « France Inter » (Paris, 28/05/2015)

(...)

Q - Concernant la COP21, la Conférence climat de décembre à Paris, dont vous avez dévoilé une partie du financement hier - on a entendu le sujet dans le journal de 8H00, et l’étonnement des organisations non-gouvernementales -, comment est-il possible que cette conférence soit financée, en partie, par des champions de la pollution ?

R - Non, les choses se présentent différemment. J’ai d’ailleurs reçu les ONG il y a quelques jours et je leur ai expliqué les choses. La conférence COP21, allons à l’essentiel, est une conférence extrêmement importante, la plus importante qui n’ait jamais été organisée en France, avec 40.000 délégués. L’objectif, pour être simple, c’est d’éviter la catastrophe climatique. Évidemment, tout cela a un coût : l’organisation coûte 170 millions d’euros. Comme d’ailleurs cela a déjà été pratiqué, on a souhaité que les entreprises puissent - certaines d’entre elles - apporté une contribution. On a fait bien attention, il n’est pas question, puisque c’est quelque chose qu’on organise avec l’ONU, que ce soit des entreprises hostiles à la réalité climatique.

Il y a donc eu un certain nombre d’entreprises qui ont été acceptées et d’autres qui ont été refusées. Il faut bien veiller, ce qui est le cas, à ce que ces entreprises, non seulement n’aient pas d’effets négatifs, mais s’engagent véritablement pour le climat.

Q - Et c’est le cas pour toutes celles qui vont financer...

R - C’est le cas.

Q - EDF, RENAULT, AIR FRANCE, BNP ? Je ne sais pas si elles sont très contentes, parce que là elles se sont engagées, elles ont versé de l’argent, ou elles vont verser de l’argent, et puis elles se font taper dessus en même temps, depuis hier, parce qu’on les accuse de « green washing », vous savez, c’est ce qu’on dit sur ces entreprises qui affichent une communication verte.

R - Prenons un exemple : RENAULT-NISSAN produit la moitié des véhicules électriques dans le monde. Ils vont mettre à disposition 200 voitures électriques, parce qu’il faut que la conférence elle-même, soit conforme à son objet. Je prends un autre exemple : la Caisse des dépôts et consignations fait un gros effort pour, à la fois, estimer l’emprunte carbone de toutes les entreprises qu’elle finance, et elle-même être très tournée vers la protection climatique.

Il faut donc garder sa mesure et il faut, évidemment, c’est notre travail principal - je me rends d’ailleurs en Afrique du Sud après-demain pour en discuter avec les Sud-Africains - que l’on arrive à un bon accord. Il y a un climat actuellement plutôt positif dans ce domaine, mais il faut passer d’un bon contexte à un bon accord, et c’est un travail gigantesque.

(...)

Q - Sur internet avec le Hashtag (mot dièse) interactif, les internautes nous disent que choisir des entreprises polluantes pour financer la COP21 est un très mauvais signal. Les entreprises ont pris des engagements dites-vous ; Armel Lecompte aimerait savoir si EDF et Engie notamment vont arrêter le charbon avant la conférence climat ?

R - Nous les poussons à le faire bien sûr. Prenez l’exemple de Engie - ce que l’on appelait autrefois GDF Suez -, son patron M. Gérard Mestrallet a développé toute une série d’engagements à la fois sur l’empreinte carbone de l’entreprise et sur toute une série d’investissements.

Qu’il n’y ait pas de confusion, revenons à l’essentiel, la COP21 est une conférence qui a pour objet d’empêcher le dérèglement climatique, et donc de limiter les émissions de gaz à effet de serre. C’est quelque chose d’extrêmement complexe et l’essentiel c’est la négociation. Je vais d’ailleurs me rendre lundi prochain à Bonn où a lieu une négociation pour essayer d’aboutir à un texte. Cela pose des problèmes de financements mais il ne faut pas que « l’arbre cache la forêt. » Nous veillerons, en liaison avec l’organisation des Nations unies à ce que les gens qui contribuent ou les entreprises qui contribuent ne dénaturent évidemment pas l’objectif.

Là-dessus, il y avait déjà eu une polémique de ce type il y a quelques années, elle n’est pas surprenante. Il faut veiller, c’est mon rôle en tant que futur président de la COP, à ce qu’il n’y ait pas de dénaturation du projet, ce serait absurde.

Q - J’ai cru comprendre au travers des propos d’un de vos porte-paroles hier que des multinationales avaient été refusées ou écartées comme McDonald ou Coca-Cola par exemple ?

R - le secrétaire général de cette conférence, M. Guignard, qui traite les demandes qui sont faites, m’a indiqué qu’un certain nombre d’entreprises qui étaient volontaires ont été écartées, en liaison avec l’ONU, parce qu’elles n’étaient visiblement pas dans le sens qui doit être celui de la conférence. Nous allons travailler pour que, pas seulement sur le plan du financement mais aussi sur le plan matériel, il n’y ait pas de contradiction entre l’organisation et le fond.

(...)./.

Dernière modification : 22/09/2015

Haut de page