Dérèglement climatique - COP21 - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, avec « RFI » (Paris, 12/09/2015)

Q - Les ONG vous ont remis aujourd’hui une lettre ouverte relative aux impacts du dérèglement climatique sur les crises humanitaires. Il est vrai que la science fait le lien entre changement climatique et crises humanitaires, mais on a l’impression que c’est moins le cas du côté des politiques...

R - Il faut faire le lien, bien sûr. Le dérèglement climatique, comme son nom l’indique, cela concerne le climat, mais c’est un problème beaucoup plus large. S’il y a une continuation du réchauffement climatique, cela veut dire des conséquences sur les famines, sur les territoires qui vont être recouverts par les flots, avec des flux migratoires considérables. Ce qui est très intéressant dans l’approche de ces organisations humanitaires, c’est de dire qu’il faut, bien sûr, s’intéresser au phénomène scientifique lui-même, mais voir les conséquences sur l’ensemble de la société. Il n’y a pas d’un côté le problème de la pauvreté et du développement et, de l’autre, le problème du climat ; c’est le même problème. Ce sont ces thèmes que je vais essayer de faire partager à mes collègues dans la COP21.

Q - Aujourd’hui par exemple, l’actualité fait que l’on parle beaucoup des migrations. On sait qu’il y a 22,5 millions de personnes qui sont déplacées chaque année à cause des changements climatiques. On a tendance à classer les réfugiés en réfugiés économiques, réfugiés politiques. Les réfugiés climatiques, où les met-on ?

R - La crise actuelle doit faire réfléchir beaucoup de monde. Aujourd’hui, vous voyez les problèmes posés par quelques centaines de milliers de personnes en Europe, mais, prenons l’exemple du Bengladesh qui, périodiquement, est recouvert par des inondations et risque de l’être encore plus. Là, on ne parle plus de milliers de personnes, on parle de millions de personnes. Il faut donc, d’une part, prendre des dispositions pour atténuer le dérèglement climatique - ce qu’on appelle l’atténuation prendre d’autres dispositions pour adapter les pays à ce qui se passe ou à ce qui risque de se passer, et puis prendre des dispositions pour ces personnes qui n’ont pas choisi et qui seront obligées, pour beaucoup d’entre elles, de changer de territoires et de vie.

Q - La COP21, la conférence de Paris sur le climat, c’est dans 90 jours, c’est vous qui allez la présider. Vous savez que les attentes sont fortes. On voit ces crises humanitaires qui augmentent. On sait pour l’instant que l’on n’est pas dans la bonne trajectoire. Comment voyez-vous ces 90 jours ?

R - Je serai, bien sûr, avec non seulement les Français, les Européens mais avec tous les gens de bonne volonté, pour avoir un succès. Les attentes sont énormes, il ne faut pas les décevoir mais il faut dire que c’est très compliqué.

Jamais on n’est arrivé à avoir un succès réel dans une conférence sur le climat. C’est très compliqué parce ce sont les gouvernements qui vont décider et il faut que l’on arrive à mettre d’accord les 196 parties autour de la table. Heureusement - c’est paradoxal -, l’aggravation de la situation fait que les gens veulent que cela bouge. Et puis, il y a quand même des pays très importants qui ont décidé d’agir ; je pense à la Chine, au président Obama et à d’autres...

Je ne dis pas que tout va être réglé à Paris mais si on peut inverser le mouvement et faire en sorte que Paris soit le point de bascule où, vraiment, on décide toute une série d’engagements pour lutter contre les gaz à effet de serre, là, je pense que Paris restera dans l’histoire./.

Dernière modification : 22/09/2015

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