Dérèglement climatique - COP21 - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21, avec « BFMTV » (Paris, 24/08/2015)

Q - Est-ce que vous restez optimiste, est-ce que vous êtes optimiste sur la COP21 parce qu’il doit y avoir un consensus... ?

R - Oui.

Q - Un consensus est-il difficile à atteindre sur le climat ?

R - C’est très difficile parce que d’abord la matière elle-même est très difficile. Je rappelle qu’il s’agit de limiter les émissions de gaz à effet de serre pour que la température ne progresse pas de plus de 2 degrés. Alors qu’aujourd’hui, les scientifiques disent que si on laisse faire les choses, cela va augmenter de 3 degrés, 4 degrés, voire 5 degrés. Et ce n’est pas une discussion théorique. À partir du moment où vous auriez des augmentations de température de cette sorte, cela veut dire que la terre va devenir invivable. Quand vous parliez des migrations, cela veut aussi dire qu’en raison du manque de nourriture suite aux inondations, vous auriez -j’emploie le conditionnel - des migrations de centaines de millions de personnes en plus, avec des conséquences sur la guerre et sur la paix.

Donc la COP21, la Conférence de Paris, est un enjeu absolument majeur. C’est très difficile à obtenir le consensus. Parce que, d’une part, pour modifier l’utilisation de l’économie carbonée, c’est une nouvelle économie. Et c’est très difficile parce qu’il faut que moi qui vais la présider, à la fin de la conférence tout le monde se rassemble autour du texte que nous aurons adopté puisque c’est une conférence des Nations unies et que le principe, c’est qu’il faut qu’il y ait un accord universel, et nous sommes 196 parties.

Quand vous ajoutez à la fois la difficulté du sujet et la difficulté d’avoir l’accord universel, vous pourriez vous dire : alors c’est impossible. Non, cela n’est pas impossible. Moi je suis plein d’espoir, d’abord parce que maintenant les gens se rendent compte que le dérèglement climatique cela existe, parce que les scientifiques ont fait un travail énorme pour faire que tous ceux qui étaient sceptiques ne le soient plus, parce que - on parlait de la Chine et c’est vrai des États-Unis et d’autres pays - se sont engagés maintenant à aller dans le bon sens ; et puis parce que je sens qu’autour de nous il y a la volonté d’avancer. Donc c’est très difficile mais on ne peut pas échouer.

Q - Merci beaucoup Laurent Fabius, merci d’avoir été en direct ce soir avec nous...

R - Merci à vous./.

Dernière modification : 22/09/2015

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