Dérèglement climatique - COP21 - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21 (Paris, 08/06/2015)

Madame la Directrice générale, Chère Irina

Madame l’Ambassadrice,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je suis très heureux d’être avec vous ce matin même si c’est pour peu de temps à l’occasion de la Journée mondiale des océans. Je veux remercier la Directrice générale, Mme Bokova, d’accueillir cette conférence, qui porte, comme cela a été très bien dit à l’instant, sur un thème essentiel pour la survie de notre planète et pourtant sur un thème qui est trop rarement abordé.

On entend souvent dire que les forêts sont le poumon de la planète et c’est parfaitement vrai. Mais nous savons que deux poumons valent mieux qu’un et les océans constituent précisément ce deuxième poumon. Ils absorbent un quart du dioxyde de carbone émis chaque année par l’homme dans l’atmosphère - d’où leur appellation fréquente de « pompe à carbone ». Ils rejettent de l’oxygène. Ils régulent la température en absorbant une part considérable du surplus de chaleur dû à l’effet de serre. Bref, comme le soulignait très justement Mme Bokova à l’instant, les océans jouent un rôle majeur de régulation climatique à l’échelle de la planète.

Or aujourd’hui, ils sont fortement affectés par l’élévation des températures - ce qui entraîne une série de conséquences redoutables pour l’humanité.

D’abord, le réchauffement de l’atmosphère provoque une montée du niveau des eaux, en raison notamment de la fonte des glaces. Chacun ici en connaît les effets : les zones littorales sont menacées d’inondation, voire de submersion - je pense à un certain nombre de petites îles, et je sais qu’elles sont ici représentées et j’en salue les délégués. Je pense, par exemple, au sud du Bangladesh, qui se trouve à cet égard dans une situation dramatique. Je le disais, pour certains États comme les petites îles, le risque existe d’une disparition pure et simple.

Autre conséquence majeure du réchauffement de l’atmosphère sur les océans : la menace pour les espèces marines. Une large partie de ces espèces est aujourd’hui abritée par les récifs coralliens. Or les scientifiques estiment que la moitié de ces récifs pourrait disparaître d’ici 2050 - 2050, c’est demain -, ce qui entraînerait des effets directs sur la subsistance d’au moins un demi-milliard de personnes dans le monde. Les menaces climatiques sur l’océan constituent donc des menaces pour la sécurité alimentaire.

Et puis - mais je pourrais citer beaucoup d’autres conséquences et elles seront abordées au cours de cette journée passionnante -, l’acidification des océans provoquée par la hausse des températures bouleverse les écosystèmes marins, ce qui limite leur capacité à capter le carbone de l’atmosphère. En retour, ce phénomène aggrave le réchauffement planétaire. Il s’agit, au sens propre, d’un cercle vicieux. Alors que les océans jouaient traditionnellement un rôle central dans la régulation du climat, ils pourraient désormais, par un effet de retour, contribuer à amplifier le dérèglement climatique.

Face à ces menaces, comment agir ? La France, vous le savez, accueillera, en décembre prochain, la 21ème Conférence des Nations unies sur le climat, la COP21 et j’aurai la tâche de la présider. Je souhaite que cette COP21 permette d’avancer.

Pour cela, nous devons d’abord - c’est l’aspect dont tout dépend - limiter le réchauffement climatique, qui influe si négativement, je l’ai dit, sur les océans. Il faut donc parvenir à un accord en décembre. Un accord, selon les termes consacrés, qui soit universel, juridiquement contraignant, ambitieux et j’ajouterais pour ma part durable, qui permette de contenir le réchauffement climatique au-dessous de 2°C ou 1,5°C. Nous y travaillons sans relâche. En ce moment même, les négociateurs des 196 parties sont actuellement réunis à Bonn pour, je l’espère, faire avancer les discussions.

Ces efforts d’atténuation des émissions sont indispensables, mais ceux d’adaptation aux effets du dérèglement climatique le sont tout autant. Face à la montée des eaux, nous devons trouver des solutions qui permettent de protéger les populations des zones insulaires ou côtières. Il faut notamment que le Fonds vert pour le climat, dont la moitié des ressources financières va financera des projets d’adaptation, engage des projets protégeant les littoraux. Autre exemple : comme vous le savez peut-être, la France a lancé, dans le cadre de la COP21, une initiative pour généraliser, dans les pays vulnérables, les systèmes d’alertes avancées face aux catastrophes. Et, aujourd’hui même, le G7 réuni en Allemagne doit aborder ce sujet. L’objectif est de réduire le nombre de victimes de ces phénomènes climatiques extrêmes, en anticipant mieux les risques et en alertant les populations à temps. Nous nous efforçons de mobiliser nos partenaires en ce sens.

Beaucoup d’enjeux majeurs pour l’avenir des océans, telles que les questions de pollution marine ou de pêche en haute mer, ne relèvent pas, à proprement parlé, des négociations sur le climat.

La COP21, malgré son importance, ne pourra pas tout résoudre. Je souhaite cependant - c’est le sens de ma présence ici - que la présidence française contribue à donner aux océans la place qui leur revient. Je puis annoncer qu’une journée leur sera consacrée au sein de l’espace « Générations Climat » mis à la disposition des acteurs de la société civile. Cette proposition a été faite au Secrétariat général de la COP21 par les acteurs de la Plateforme Océans Climat. Je veux le préciser aujourd’hui, cette proposition a tout mon soutien, ce qui devrait aider - je le pense - à ce qu’elle soit retenue. Je souhaite également que les négociateurs, dans les années à venir, s’emparent pleinement et totalement de cette question.

Madame la Présidente, Madame la Directrice générale, Mesdames et Messieurs, la COP de Paris doit permettre d’accélérer la prise de conscience car les océans font partie de la solution. Ce sont, comme il a été excellemment rappelé, des alliés décisifs dans la bataille pour le climat. À nous tous de tout mettre en oeuvre pour les sauvegarder car des océans protégés, c’est une planète préservée.

J’ai compris que c’était le sens de cette journée et c’est pourquoi je souhaite beaucoup de succès à ce « World ocean day »./.

Dernière modification : 22/09/2015

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