Dérèglement climatique - COP21 - Dialogue de haut niveau avec le secteur privé

Propos introductif de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et président de la COP21 (Paris, 20/05/2015)

Mesdames et Messieurs les Chefs d’entreprise,

Mesdames et Messieurs les Négociateurs,

Mesdames et Messieurs,

I will speak French but I know that most of you speak English. I would like to welcome you, in English, in this house which is the ministry of foreign affairs and to wish you an excellent work. We are very happy and proud, Mrs. Royal and myself, to welcome all of you for this very useful dialogue. Now, I’ll return to French.

Nous avons, à partir d’aujourd’hui, une séquence de trois jours consacrée aux liens, autour du climat, entre le secteur privé, les gouvernements, la société civile. C’est un temps d’échange que nous avons intitulé « business dialogue ». Nous avons souhaité l’organiser afin que, de part et d’autre, on se comprenne mieux sur ce que nous attendons les uns des autres.

À la fin de l’année, la France va accueillir la COP21 que je présiderai. Cette COP21 est chargée de beaucoup d’espoir ; nous l’avons vu encore hier et avant-hier. Nous étions à Berlin, avec la chancelière Merkel et le président français, ainsi que beaucoup de ministres - quarante -, pour le dialogue de Petersberg, où nous avons avancé.

Il y a beaucoup d’espoir et un impératif de succès, parce que le réchauffement climatique, que j’appelle volontiers le dérèglement climatique, s’accélère et il faut absolument que nous agissions.

Je voudrais, dans ce court propos, vous dire et vous rappeler en quoi va consister la COP21, là où nous souhaitons que vous interveniez. Ensuite, Ségolène Royal, qui défend la position française par rapport à tous ces problèmes, prendra le relais. Gérard Mestrallet, que je remercie d’être à la fois partout et ici, sera, avec Laurence Tubiana, ambassadeur négociateur pour le climat, le maître d’oeuvre de cette matinée, puisque Ségolène Royal et moi-même nous devrons vous quitter à 9h45 pour rejoindre le conseil des ministres qui a lieu tous les mercredis.

La COP21 reposera sur quatre piliers.

Le premier pilier est essentiel : chercher à obtenir un accord, comme dit la formule, « universel, différencié, juridiquement contraignant », j’ajoute pour ma part « durable », pour rester en-dessous de l’élévation de 2 degrés de la température par rapport à la situation préindustrielle liée aux gaz à effet de serre. C’est difficile à obtenir mais c’est l’essentiel et ce sera, si nous y arrivons, la première fois qu’il y aura un accord universel sur ce sujet.

Deuxième élément : au moment où se réunira la COP21, les gouvernements auront publié leurs contributions nationales, ce que l’on appelle en anglais « INDC ». Déjà, près d’une quarantaine de pays l’ont fait, mais cent cinquante d’entre eux ne l’ont pas encore fait. Beaucoup vont le faire d’ici le mois de juin, le mois de juillet, ensuite en septembre... À la conférence de Lima, nous avons fixé des dates - je salue mon prédécesseur Manuel Pulgar-Vidal Otarola qui a mené de main de maître la COP20 à Lima et qui continue à nous accompagner heureusement, merci Manuel -, il faut que tous les pays publient leur « INDC » avant la fin du mois d’octobre. C’est très important car cela montrera quel objectif les différents pays se fixent, à la fois dans le domaine de la mitigation et de l’adaptation. On pourra, du même coup, voir à peu près où l’on se situe.

Il est probable - je dis cela devant les spécialistes que vous êtes - que, lorsque l’on fera l’addition de toutes ces contributions nationales, on sera malheureusement, en prévision, au-dessus de 2 degrés. Il faudra donc que la conférence de Paris, qui est à la fois un point d’aboutissement et, surtout, un point de départ, définisse des mécanismes pour que l’on reste dans les 2 degrés et que, donc, petit à petit, les contributions nationales s’améliorent.

Évidemment, ces éléments vous concernent, représentants du gouvernement, responsables d’entreprises, ou autres.

Le troisième élément de cet accord de Paris, ce sera tout ce qui va concerner les finances et la technologie.

Nous avons discuté pendant les deux jours et cela a confirmé l’idée que la question du financement est évidemment décisive parce que beaucoup de pays se disent : « oui, nous voudrions aller dans ce sens mais où sont les financements ? » Quand je dis « finances », ce ne sont pas simplement les finances publiques. Nous avons fixé l’objectif de cent milliards de dollars par an venant des pays riches vers les pays pauvres à l’horizon de 2020, mais il n’y a pas uniquement les contributions publiques, il y a un ensemble.

Concernant la question des technologies, tout le monde souligne qu’elles sont de plus en plus disponibles, de moins en moins chères, qu’elles vont complètement changer le paysage et permettre d’améliorer les résultats pour aller vers une société qui consomme moins de carbone. Mais comment organiser ce transfert des technologies ? Lesquelles vont être disponibles ? Là, puisque nous avons à la fois des responsables gouvernementaux et des responsables d’entreprise, c’est un sujet absolument capital.

Le dernier point, et là on entre vraiment dans le sujet qui concerne au premier chef cette réunion, c’est ce que l’on appelle l’accord Lima-Paris ou l’agenda des solutions. C’est-à-dire que, pour la première fois, la COP va non seulement requérir l’action des gouvernements mais associer les communes, les grandes communes, les grandes régions, les organisations, la société civile et les entreprises. Nous allons à la fois apporter un horizon aux entreprises ainsi que des règles nouvelles. C’est ce qu’elles demandent pour aller vers cette action contre le dérèglement climatique, mais nous allons aussi leur demander de prendre, autant qu’elles le peuvent, un certain nombre d’engagements. Ce dialogue-là est complètement nouveau. D’ailleurs, physiquement, dans la COP21, il y aura des lieux où les entreprises pourront être présentes et montrer ce qu’elles font. Nous avons prévu deux journées où vous serez particulièrement mis sur le grill, un « action day » et un « innovation day » pour que l’on puisse vraiment voir ce qui se fait et ce que les entreprises font.

Je terminerai en disant que votre mobilisation, Responsables d’entreprise - je salue Christiana Figueres qui veille sur le bon succès de la COP au nom des Nations unies et de la CNUCC -, votre contribution est absolument essentielle pour que nous allions vers un succès.

Pendant très longtemps, au fond, nous nous sommes renvoyés la balle : les gouvernements n’avançaient pas trop, en disant « mais que font les entreprises ? » et, du côté des entreprises, certaines avançaient mais disaient « que font les gouvernements ? » Maintenant, nous sommes ensemble, attelés à la même tâche. C’est le sens de cette réunion du « business dialogue » que je vous remercie beaucoup d’honorer de votre présence./.

Dernière modification : 22/09/2015

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