Dérèglement climatique - COP21 - Conclusion du 6e Dialogue de Petersberg

Conférence de presse commune de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international et président de la COP21, et de Mme Barbara Hendricks, ministre fédérale allemande de l’environnement, de la protection de la nature, de la construction et de la sûreté nucléaire - Propos de M. Fabius (Berlin, 19/05/2015)

Mesdames et Messieurs,

Nous avons publié les conclusions de ce Dialogue de Petersberg, donc je ne vais pas redire ce qui est dit dans le texte que Barbara et moi avons rédigé. Je voudrais d’abord remercier beaucoup Barbara Hendricks et le gouvernement allemand de leur accueil. Tout le monde a été très enthousiasmé par cet accueil, à la fois gentil, sympathique, efficace, chaleureux ; c’est la raison pour laquelle on reviendra. Ce matin a été marqué notamment par l’intervention de la chancelière et du président.

Juste quelques remarques personnelles sur ce Dialogue de Petersberg.

Ce qui m’a frappé, c’est d’abord qu’après la COP20, cette réunion de Petersberg, qui était la première de l’année dans ce format, était en fait un test de la faisabilité d’un accord à Paris. Le sentiment que j’ai recueilli, c’est que ce test est positif et que les 36 ministres présents autour de la table, qui représentent les différentes sensibilités des 196 parties à ces négociations, ont tous dit sans exception qu’ils voulaient vraiment un accord à Paris. Il y a heureusement des points d’accord très nombreux. J’en citerai au moins trois, mais il y en a beaucoup plus, et il y a aussi un certain nombre de difficultés qui restent encore à résoudre.

Le premier point d’accord qui m’a frappé et qui est évident, c’est la confirmation de l’objectif de rester sous les 1,5 degré ou 2 degrés. Certains disaient qu’il fallait abandonner cet objectif, parce qu’il était inaccessible ; non, pas du tout, c’est vraiment un accord général là-dessus.

Le deuxième point que j’ai relevé, c’est qu’il y a la volonté que l’accord soit durable, c’est-à-dire qu’il ne s’arrête pas brusquement en 2030, et c’est important dans les décisions que nous allons prendre.

Le troisième élément que j’ai relevé, c’est un point d’accord parmi beaucoup d’autres : bien sûr il y a la question de l’atténuation, mais il y a aussi la volonté de mettre au coeur de l’accord l’adaptation aux impacts du changement climatique, y compris dans nos décisions de financement. Donc voilà quelques points parmi beaucoup d’autres.

Il y a des points, bien sûr, qui restent à discuter et j’en ai noté en particulier deux.

Le premier, c’est le niveau d’ambition. Tout le monde est d’accord pour dire que, Paris, c’est à la fois l’aboutissement de quelque chose, mais que c’est aussi le point de départ d’autre chose. Paris ne peut pas tout résoudre à lui tout seul. Je reprends volontiers la formule qui a été utilisée : Paris doit être un aboutissement, mais aussi un point de départ. La somme des contributions nationales, ce qu’on appelle en anglais les « INDC », risque de ne pas être suffisante, à elle seule, pour respecter l’objectif des deux degrés. Mais, cela ne rend pas du tout l’accord de Paris inutile, au contraire, cela le rend d’autant plus nécessaire. Nous avons une discussion sur la façon dont l’accord de Paris pourrait garantir que nous ferons encore davantage au fur et à mesure. Il s’agirait de la discussion sur un objectif commun de long terme, qui soit concret, qui soit parlant, et aussi sur des clauses de rendez-vous pour regarder où nous en sommes et nous fixer des objectifs encore plus ambitieux. Il y a beaucoup de convergences, mais il y a encore à mettre au point tous les détails, c’est un point important.

Un deuxième point qui est compliqué - la chancelière et le président sont revenus longuement là-dessus et ils ont eu raison - c’est la question des financements. Ce qui a paru évident pour tout le monde, c’est qu’il faut dire un certain nombre de choses sur les financements et, vraiment, avoir ces financements à disposition pour obtenir un accord ambitieux à Paris. C’était clair à travers les interventions des uns et des autres.

Il y a encore des points à préciser : sur ce que veulent dire exactement les 100 milliards de dollars mobilisés par an ; sur ce que doit faire également le fonds vert ; sur le fait aussi que l’aide doit arriver assez rapidement. De ce point de vue, il ne faut pas attendre 2020 pour tout faire, il y a des choses qui doivent être faites avant 2020 et même avant la COP21.

Et puis, le dernier point, auquel j’adhère tout à fait, qui est repris dans les propos du président français, c’est la nécessité d’en faire plus, notamment pour l’Afrique, la nécessité de faire un effort particulier pour les petites îles : systèmes d’alerte face aux catastrophes, systèmes d’assurances...

Dernière conclusion sur laquelle nous avons beaucoup insisté, et notamment moi-même : chaque jour compte, et il faut donc que chacune de nos réunions permette un pas en avant, et il faut que le texte qui est examiné par nos amis de l’ADP puisse progresser rapidement. Progresser ne veut pas dire s’agrandir, mais au contraire se concentrer pour traiter le maximum de sujets avant Paris.

Q - (sur l’échéance du mois d’octobre pour les négociations)

R - Un point sur lequel beaucoup d’entre nous ont insisté, y compris moi-même qui présiderai cette conférence, c’est la nécessité d’être prêt à l’avance. Copenhague a été perçu comme un échec. Parmi les causes de l’échec, il y a le fait que c’est au dernier moment que toute une série de sujets ont été abordés. Beaucoup d’entre nous ont insisté sur le fait qu’il fallait, en amont, traiter les questions et les régler. Pourquoi octobre ? Parce que la procédure prévoit que c’est le groupe ADP, qui regroupe tous les pays du monde, qui doit publier un texte. Ce groupe ADP va se réunir au mois de juin et à nouveau au mois d’août, puis finalement au mois d’octobre. On a beaucoup insisté auprès des deux « co-chairs » américain et algérien pour dire qu’il est souhaitable qu’ils nous délivrent un texte qui soit plus court et qui prenne position sur les principaux points. J’ai demandé aux collègues ministres, ici présents, de donner des instructions à leurs négociateurs, qui souvent sont des experts, pour que des positions soient prises, que tout ne soit pas passé comme l’on passe un témoin, en octobre, - à qui ? En l’occurrence, ce sera la présidence de la COP qui devra faire tout le travail, ce qui n’est pas possible et pas souhaitable. C’est cela que veut dire la formule : il faut qu’en octobre au plus tard, toutes les questions aient déjà été abordées et que des solutions soient proposées pour la quasi-totalité d’entre elles. Cela ne veut pas dire que toute la COP21 de Paris sera inutile, il y aura toujours des questions qui, au final, devront être réglées. Mais, le succès de Paris se prépare avant Paris.

Q - (Question sur la différenciation prévue par l’accord)

R - Il y a d’ores et déjà des différenciations très importantes, qui sont reconnues par tous. Il n’est pas question de demander aux pays en développement ou aux pays les plus pauvres d’apporter une contribution financière pour les pays riches ; cela n’a pas de sens. Inversement, les fonds du « Green Climate Fund » iront aux pays qui, de fait, en ont besoin et non pas aux plus riches, c’est un élément majeur.

Deuxièmement, les « INDC » tiennent évidemment compte de la diversité des circonstances nationales. D’ailleurs, la notion de circonstance nationale a été ajoutée à l’unanimité à Lima pour définir ce qu’on attendait des uns et des autres et toute une série de mécanismes tiennent compte de la différence des situations. Donc il y a d’ores et déjà des différenciations qui sont reconnues, qui s’opèrent. Un des participants faisait remarquer que bien évidemment il faut tenir compte des différences de situation, mais il ne faut pas non plus enfermer les pays en développement dans un statut qui leur interdirait de devenir des pays développés. Toutes ces idées cheminent donc dans le bon sens. Je ne dis pas que tout est réglé mais je trouve qu’il y a quand même une convergence des points de vue et j’espère qu’elle va se manifester dans l’accord de Paris.

Q - (sur la décarbonisation et sur la similitude des positions allemande et française)

R - Je ne vois pas de différence d’approche là-dessus. La difficulté n’est pas du tout entre la France et l’Allemagne ; il n’y en a pas de ce point de vue-là. En revanche, nous avons encore un effort de conviction à faire vis-à-vis d’autres pays dans le monde dont les ressources proviennent massivement d’énergies carbonées. Il y a donc des objectifs et des formulations à trouver qui doivent pouvoir élever le niveau d’ambition et être acceptés par eux, mais il n’y a pas de difficulté sur ce point entre la France et l’Allemagne./.

Dernière modification : 22/09/2015

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