Dérèglement climatique - COP21 (Berlin, 18/05/2015)

Conférence de presse commune de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international et président de la COP21 et de Mme Barbara Hendricks, ministre fédérale allemande de l’environnement, de la protection de la nature, de la construction et de la sûreté nucléaire, avant l’ouverture du 6e Dialogue de Petersberg.

(Berlin, 18/05/2015)

Je voudrais d’abord remercier Barbara Hendricks de son accueil et d’avoir associé la présidence française de la COP - puisque je présiderai la COP21 - à cette réunion de Petersberg. Le Dialogue de Petersberg est une étape importante vers le succès de la COP21 à Paris. C’est ainsi que Barbara et moi-même avons conçu le programme de ces deux jours, qui sont centrés sur la préparation de la COP21. Je veux en rappeler les principaux thèmes. Ce matin, nous allons discuter avec tous les ministres qui sont présents et qui représentent la diversité du monde en matière de climat. Nous allons discuter des composants clés de l’accord de Paris. Ensuite, nous discuterons des INDC. Nous serons reçus à déjeuner par le président de la République fédérale d’Allemagne. Ensuite nous discuterons des moyens de mise en oeuvre et de leur rôle pour remonter l’ambition avant et après 2020. Nous discuterons aussi des principes de base de l’accord de Paris. Demain, nous discuterons des façons d’améliorer la perspective pour Paris et entendrons le discours de la Chancelière et du président français et enfin, Barbara et moi-même présenterons les conclusions à la presse, à la fin de la matinée.

En ce qui concerne la présidence française. Mon triangle sera l’écoute, l’ambition et le compromis.

L’écoute parce que la présidence doit tenir compte des points de vue des uns et des autres. Il ne s’agit pas d’imposer une vue. De toute manière, les règles sont telles que l’accord de Paris doit être obtenu par consensus, et il faut donc écouter.

Ensuite, il faut garder un haut niveau d’ambition et Barbara a défini les objectifs dans des termes que je partage totalement. Ce sont des objectifs qui ne sont pas faciles à faire partager par tous, mais qui sont indispensables. C’est vrai que le réchauffement climatique, que j’appelle souvent le dérèglement climatique, malheureusement s’accélère. Et nous sommes à la fois la première génération à en avoir pleine conscience et la dernière génération à pouvoir agir.

Donc il faut garder un haut niveau d’ambition, et, en même temps, il faut avoir le sens du compromis car si on veut mettre d’accord 196 parties, qui ont au départ parfois des points de vue et de positions différents objectivement, il faudra concilier l’ambition, le compromis et cela demande une faculté d’écoute importante.

J’ajouterai deux ou trois idées. Il y a déjà eu beaucoup de réunions et la base de nos travaux, ce sont les COP précédentes et notamment la COP du mois de décembre dernier à Lima, accueillie par nos amis péruviens et il y a beaucoup de réunions prévues cette année, mais il faut maintenant avancer vers des décisions et des solutions. Le texte qui est discuté dans une autre enceinte, dans ce qu’on appelle la plateforme de Durban (ADP) à Bonn, comporte encore beaucoup de dizaine de pages et beaucoup de parenthèses. Il faut réduire et petit à petit supprimer les parenthèses pour prendre des décisions et trouver des solutions, car c’est à partir de ce texte que pourra avoir lieu évidemment l’accord de Paris. Il y a toute une série d’étapes.

La publication des contributions nationales (INDC) a commencé, mais dont nous souhaitons qu’elle s’accélère. Et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon a récemment adressé une lettre à tous les gouvernements pour leur rappeler qu’ils devaient remettre leurs « INDC ». Ensuite, nous allons avoir plusieurs réunions des « ADP » sous la présidence conjointe d’un collègue américain et d’un collègue algérien. Et la dernière réunion en octobre devra remettre un texte qui sera la base de la discussion à Paris. Nous avons la réunion du G7 très importante sous la présidence de l’Allemagne d’ici quelques jours au début du mois de juin. Nous avons une assemblée générale des Nations unies, une session qui aura lieu le 29 juin et qui sera consacrée à ces sujets. Nous avons une réunion très importante elle aussi à Addis-Abeba sur les financements car la question des finances est tout à fait décisive. Certains pays disent « très bien, cherchons à améliorer l’action sur le climat, mais quels sont les moyens financiers disponibles et les technologies ? ». Nous devons en parler. Nous avons l’Assemblée générale des Nations unies qui, bien sûr, s’exprimera sur ce sujet. Ensuite nous aurons, comme c’est la tradition, une réunion préparatoire (pré-COP). Enfin, la COP aura lieu du 30 novembre ou 11 décembre. Voilà le calendrier qui est devant nous.

L’objectif, c’est de parvenir pour la première fois à un accord universel, différencié, qui ait une force juridique contraignante et qui soit durable. Les remarques qu’a faites Barbara sur ce point sont très pertinentes. Il ne s’agit pas de prendre des orientations qui s’arrêteraient comme un mur en 2030. Si on veut que les États, les entreprises, les particuliers, les collectivités s’engagent pour agir vraiment contre le dérèglement climatique, il faut un horizon de long terme et c’est une des questions dont nous allons parler au cours de ces deux jours. Voilà.

J’ai coutume de dire que, de toutes les manières, il faut s’engager très résolument parce qu’il n’y a pas de solution alternative pour la raison simple qu’il n’y a pas de planète alternative. Si on veut pouvoir continuer à vivre décemment, à aller à la fois vers une société et une économie décarbonées et en même temps lutter contre la pauvreté - les deux sont liés -, il faut engager de manière extrêmement résolue l’action contre le réchauffement climatique. Je reprendrais volontiers la formule de Barbara qui me paraît excellente. Bien évidemment, Paris sera à la fois un point d’aboutissement par rapport à des efforts qui ont déjà été faits, mais surtout un point de départ. Le premier accord international pour s’engager résolument dans l’action contre le réchauffement climatique. Merci.

Q - Question sur la comparabilité difficile des « INDCs ».

(...)

R - La question avait été discutée à Lima et il y avait eu un certain nombre de propositions méthodologiques précises pour éviter ces difficultés. Mais certains pays étaient réticents car c’était la première fois qu’on proposait des INDCs et la rédaction proposée était finalement assez générale et du même coup la comparabilité est difficile. Mais il va y avoir un travail du secrétariat qui sera fait à partir du moment où on aura tous ces contributions fin octobre ; et dans le futur, il est extrêmement souhaitable - c’était ce qui était implicite dans votre question - d’avoir une comparabilité générale car c’est cela qui permet de savoir où sont les efforts des uns et des autres et où on en est.

Q - Selon quels critères déterminez-vous si Paris est un succès ou pas, notamment si les contributions nationales indiquent un réchauffement au-delà de deux degrés ?

R - Votre question est très utile. Nous allons voir où nous en serons lorsque nous aurons fait l’addition de toutes les contributions nationales. Et certains spécialistes nous disent : la probabilité existe d’être au-dessus de 2 degrés. Alors certains pourraient dire : « il y a quelque chose qui ne va pas, parce que d’un côté vous voulez signer un accord pour ne pas dépasser les deux degrés et, d’un autre côté, lorsqu’on écoute les additions des engagements gouvernementaux, vous êtes au-dessus de 2 degrés ». Au contraire : cela rend la conférence et l’accord de Paris d’autant plus nécessaires. Parce que cet accord doit permettre, si on se trouvait au-dessus de 2 degrés précisément d’infléchir les choses pour qu’on respecte les deux degrés. Les deux degrés ce n’est pas en 2020, c’est une perspective. Si on se trouvait - c’est une hypothèse, mais peut-être va-t-elle se réaliser -, au-dessus des deux degrés, il faut agir d’autant plus fortement, c’est le sens de l’accord de Paris.

Il y a un autre élément qui sera assez nouveau et qui a été décidé à Lima. Bien sûr, ce sont les gouvernements qui décident, mais il y aura aussi cette fois-ci pour la première fois, ce que nous appelons « l’agenda de solutions » ou « l’accord de Lima à Paris », qui va demander à beaucoup de collectivités locales, villes ou régions, à beaucoup d’entreprises, à des associations, à la société civile, elles aussi de prendre des engagements. Alors une partie de ces engagements est déjà comptée dans les contributions des gouvernements, mais une autre partie vient en supplément. Et cela permettra aussi de se rapprocher des deux degrés. Donc si on se trouvait spontanément au travers des INDCs au-dessus des deux degrés, cela ne vide absolument pas de son importance l’accord de Paris. Au contraire, cela le rend d’autant plus nécessaire.

Q - Question sur l’état du financement du fonds vert.

R - Il y a deux choses qui sont liées, mais en même temps, qui ne peuvent pas être totalement confondues et parfois dans les discussions, il y a un petit peu de confusion.

L’objectif qui a été fixé et confirmé, c’est 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 et, par ailleurs, une partie importante de ces milliards doit transiter, si je puis dire, par le fonds vert qui lui est d’ores et déjà doté de 10 milliards 200 millions de dollars pour la période 2015-2018. Donc ce sont des chiffres qui sont un peu différents et souvent, par un raccourci de langage, on a tendance à les confondre.

Évidemment, le fonds vert va jouer un rôle très important, mais il y aura aussi dans ces 100 milliards de dollars par an, des éléments publics et des éléments privés. En ce qui concerne le fonds vert, il a commencé à travailler. Sur ces 10 milliards 200 millions de dollars, il convenait pour qu’il engage ses premières opérations que 50% de ces sommes aient été libérées. On approche de ces 50% et dans les semaines qui viennent cela devrait être le cas. Il a commencé à travailler sous la conduite de sa directrice exécutive, Héla Cheikhrouhou, qui est une femme remarquable, tunisienne. Et déjà lors de ses premières séances, un certain nombre d’agences ont été agréées, puisque la mécanique qui a été choisie est que différentes agences, différents intervenants puissent être agréés auprès de ce fonds vert, ce qui permet d’avoir un effet démultiplicateur. Il y en a déjà une dizaine appartenant à différentes zones géographiques.

Déjà un certain nombre de projets sont étudiés par le fonds vert. Il y a toute une série de séances qui vont avoir lieu et notre souhait serait - et je pense que nous le partageons tout à fait avec Barbara, puisque l’Allemagne et la France sont parmi les plus gros contributeurs et ceux qui ont contribué le plus vite, et nous souhaitons être imités par d’autres - que le fonds vert puisse prendre ses premières décisions concrètes avant la COP 21. Il y a notamment une réunion de son conseil qui a lieu avant le mois d’octobre, qui permettrait, nous l’espérons, que les dossiers aient été étudiés et puissent donc démarrer dès avant la réunion de Paris, ce qui permettrait de montrer qu’il y a déjà des premières décisions concrètes vers les pays destinataires et il a été aussi décidé qu’une partie des fonds devrait être utilisée non pas seulement pour l’atténuation, mais aussi pour l’adaptation. Voilà les éléments qui ont été portés à notre connaissance.

Q - Question sur les objectifs pour le climat du G7 d’Elmau.

R - Nous aurons à la fin du Dialogue de Petersberg une réunion des ministres concernés du G7, précisément pour être bien au clair sur ce que nous attendons sur cette question lors du G7. D’abord, il y aura des initiatives proposées par la présidence allemande. Et il est très probable que dans le discours que tiendra demain Mme Merkel, vous retrouverez des éléments ensuite dans le G7. Et c’est la même chose pour ce qui concerne le propos du président français. Il y aura certainement, du moins nous le souhaitons, un certain nombre de prises de position sur ce que doit être la COP21, puisque les pays du G7 portent une ambition par rapport à la COP21.

Je pense et je souhaite qu’il y ait des éléments sur la question financière parce que c’est une des questions principales et il y aura une discussion bien sûr avec les différentes parties prenantes pour voir quel est le calendrier. Ce ne sera pas simplement dans le G7, mais beaucoup de choses devront être reprises si c’est possible dans le G20 qui aura lieu à Antalya en Turquie à l’automne.

Donc nous attendons du G7 dans ce domaine qu’il fasse écho aux propositions du Dialogue de Petersberg et qu’il soit une étape facilitant la conclusion d’un accord à Paris.

Je souligne enfin, pour terminer, qu’il y a une réunion prévue à la mi-juillet à Addis-Abeba sur les financements et que cette réunion d’Addis-Abeba sera certainement attentive à ce qui aura été dit au G7 puisqu’il y a une espèce de relation miroir entre les uns et les autres. Donc les décisions qui seront prises au G7 pourront, nous l’espérons, faciliter les discussions qui auront lieu à Addis-Abeba./.

Dernière modification : 22/09/2015

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