Dérèglement climatique - COP21 - Afrique - Entretien de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie, avec « RFI » (Addis Abeba, 07/04/2015)

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Q - Éthiopie, Tanzanie, Kenya, vous faites actuellement en effet une tournée dans l’est du continent pour préparer cette conférence climat mais les pays africains sont de très faibles émetteurs de gaz à effet de serre.

R - Oui, tout à fait, les pays africains émettent peu de gaz à effet de serrer et ils sont les plus touchés par le dérèglement climatique aujourd’hui. Je suis venue sur le terrain pour voir avec eux - puisqu’ils sont en première ligne face aux impacts - toutes les solutions qu’ils ont pu apporter. Par exemple, le Gabon vient de déposer sa contribution - la première contribution africaine - pour préparer la conférence de Paris.

L’objectif de tous ces pays, comme les nôtres d’ailleurs, c’est un avenir zéro carbone et zéro pauvreté. En Éthiopie par exemple, les énergies renouvelables sont effectivement au coeur des solutions. J’arrive du grand parc d’éoliennes d’Afrique, à Mekele, que je viens de visiter où l’on peut se féliciter des solutions apportées.

Les autres problématiques sont aussi des questions de déforestation ou de désertification. Il nous faut apporter des réponses à toutes ces problématiques à Paris, en décembre prochain

Q - La priorité pour tous ces pays que vous visitez, c’est l’approvisionnement en électricité notamment. Peut-on conjuguer le développement économique et la réduction des gaz à effet de serre ?

R - C’est le pari de l’Afrique, mais c’est un pari que l’Afrique ne gagnera pas seule. C’est pour cela que Paris en décembre 2015, c’est aussi la solidarité des pays aujourd’hui industrialisés qui ont largement pollué cette planète.

Les premiers signes ont déjà été donnés. Je vous donne l’exemple du fonds vert : la France a été l’un des premiers pays à s’engager, avec l’Allemagne - un milliard de dollars pour les pays pauvres de la part de la France et de l’Allemagne. On est à 10 milliards aujourd’hui sur le fonds vert, c’est déjà un premier signe de solidarité.

Q - Vous qui venez de Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel voisin du Canada, qu’attendez-vous de l’Afrique dans la conférence climat 2015 face à des pays comme le Canada qui rechigne à faire les efforts nécessaires contre les gaz à effet de serre ?

R - Je crois que l’Afrique aujourd’hui donne une belle leçon à tous ceux qui aujourd’hui ont des positions encore très bloquées.
Le rôle de la France, qui assumera la présidence de l’organisation de cette COP21 à Paris, c’est de faire en sorte, par le dialogue, de trouver un terrain d’entente, un rapprochement des différentes lignes entre les différents pays industrialisés, les pays très vulnérables que sont l’Afrique ou les États insulaires, les pays émergents. Nous avons ce travail à faire.

Q - Pour l’instant, le premier producteur de gaz à effet de serre, à savoir la Chine, n’a fait aucune promesse de réduction de ses émissions de gaz. Qu’attendez-vous de l’Afrique face à ce problème ?

R - La Chine a quand même bougé, on ne peut pas dire que la Chine n’a rien fait, c’est faux. Aujourd’hui, les États-Unis comme la Chine ont largement bougé leurs lignes. Jusque-là, l’Europe est leader et a effectivement montré la route. Les pays d’Afrique se mobilisent. En Afrique ce sont des pays vulnérables, qui sont très nombreux, et leur voix est importante.

Q - Ce voyage en Afrique, est-ce une façon de convaincre vos partenaires africains d’être à vos côtés face aux derniers pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ne veulent pas faire les efforts nécessaires avant la conférence de décembre prochain ?

R - Toutes les occasions dans cette années 2015 de rencontres et de dialogues sont importantes pour faire avancer cette négociation, tant en Afrique, ici bien sûr, qu’avec les États insulaires. C’est le travail qui m’a été confié par Laurent Fabius, c’est ce que je fais au quotidien et c’est ce que je fais ici en Afrique et ce que fait l’Afrique avec nous.

Q - La stratégie, c’est peut-être d’isoler les derniers pays récalcitrants pour faire ces efforts pour décembre ?

R - Je n’utiliserais peut-être pas le mot « isolés ». Il faut que ceux qui se sont isolés par eux-mêmes, aujourd’hui, regagnent effectivement la dynamique collective qui, depuis New York dernier, monte largement.

Q - Pour cela, l’Éthiopie peut être un bon allié, un bon partenaire ?

R - L’Éthiopie effectivement est un bon partenaire. L’Égypte l’est également, tout comme l’Afrique du sud et le Gabon qui vient d’apporter sa contribution. Vous savez, en Afrique, ça bouge et dans plusieurs pays./.

Dernière modification : 22/09/2015

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