Conseil national du développement et de la solidarité internationale - Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Paris, 16/10/2015)

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Merci à tous d’être là pour cette 3ème réunion du CNDSI de l’année, qui va nous permettre de faire le point sur une rentrée riche et chargée. Il y a 3 semaines, le développement et la solidarité internationale sont entrés dans une nouvelle ère avec l’adoption des ODD. Nous en reparlons tout à l’heure.

Nous nous approchons aussi à grands pas de la COP21. Il nous reste moins de 50 jours avant l’ouverture de ce grand rendez-vous, 50 jours pour construire le monde sans carbone et sans pauvreté que nous appelons de nos voeux.

Les ODD viennent enrichir notre ambition commune au service du développement et de la lutte contre la pauvreté. Elles l’enrichissent parce qu’elles inscrivent des priorités que nous avons longtemps portées ensemble, comme la couverture sanitaire universelle, comme l’égalité des genres, comme la préservation de la planète au coeur de l’action de la communauté internationale.

Elles l’enrichissent aussi parce que l’objectif d’éradication totale de l’extrême pauvreté est placé au coeur de cet agenda, ce qui nous oblige à prolonger les efforts en matière d’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation ou à l’énergie.

Ces ODD fixent une ambition forte, déjà présente d’ailleurs dans la loi sur le développement. Pour pouvoir y répondre nous devons continuer sans relâche à nous mobiliser.

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Pour répondre à ces enjeux, le président de la République a annoncé à la rentrée une évolution importante de notre politique de développement, avec un rapprochement de l’Agence française de développement et de la Caisse des dépôts et des consignations.

Cette évolution s’inscrit dans une double perspective.

Celle des moyens d’abord. Cette modernisation de nos outils nous donne un nouveau souffle pour changer d’échelle, pour augmenter nos financements au service de la lutte contre la pauvreté.

Celle de l’inclusivité ensuite. Cette réforme c’est aussi la création d’un opérateur capable de construire avec tous les acteurs du développement. Capable de comprendre les collectivités, d’impliquer les entreprises, d’être à l’écoute de la société civile.

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Avec le rapprochement entre la CDC et l’AFD, nous allons pouvoir dégager en 2020 4 milliards de plus pour les pays en développement, au service des objectifs de développement durable que nous avons adoptés à New York.

Mécaniquement, cela se traduira par une hausse de l’APD. Après plusieurs années de baisse, nous repartons enfin vers une trajectoire à la hausse.

C’est un combat, et j’emploie ce mot à dessin, que nous avons gagné ensemble.

Dans la préparation du PLF 2016, nous avons su faire comprendre l’absolue nécessité absolue de retrouver au plus vite une trajectoire à la hausse de notre APD.

Je sais que certains d’entre vous plaidaient pour un résultat encore plus ambitieux. Je considère que c’est une première étape positive, et je veux remercier chacun d’entre vous car vous avez contribué à cette réussite.

Alors qu’une baisse de 150 millions d’euros était initialement prévue, le gouvernement a choisi de présenter deux amendements au projet de loi de finances pour 2016. Ceux-ci ont permis d’abonder de 150 millions d’euros les ressources budgétaires prévues pour le développement, pour répondre aux évolutions du monde. Nous répondons à l’urgence de la crise des réfugiés syriens d’une part et nous construisons le monde de demain avec une action forte en faveur du climat, principalement pour l’adaptation des pays pauvres aux impacts du réchauffement climatique.

C’est là la conséquence logique de l’ambition que nous avons défendue à Addis-Abeba, et que nous avons aussi sur le climat, puisque 4 milliards d’euros iront au développement, dont 2 milliards à la lutte contre le dérèglement climatique. L’augmentation de l’aide ne se fera pas simplement sous forme de prêts, mais aussi par l’augmentation des dons, qui verront leurs niveaux augmenter dans les années à venir pour être en 2020 supérieur de 370 millions d’euros à ce qu’il est aujourd’hui.

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L’autre perspective, c’est de joindre la parole aux actes après Addis-Abeba et la conférence sur le financement du développement.

Nous avions préparé ensemble ce grand rendez-vous, grâce aux travaux d’un groupe du CNDSI. Je veux ici vous en dire quelques mots, même si plusieurs membres du CNDSI étaient présents en Éthiopie, certains d’ailleurs dans la délégation France.

Nous avons en effet fait le choix d’une délégation française ouverte, composée de parlementaires, d’élus locaux, de représentants des nouveaux modèles économiques et bien entendu d’ONG, afin de poursuivre la logique d’ouverture et de concertation qui prévaut au CNDSI.

À Addis-Abeba, nous avons adopté une nouvelle feuille de route pour le financement du développement. Celui-ci entre dans une nouvelle ère, de poursuite de notre effort de solidarité, mais aussi de mise en responsabilité de tous les acteurs.

La responsabilité, je considère qu’elle existe à plusieurs niveaux.

Le premier c’est la responsabilité des États du Nord et du Sud, qui doivent faire plus et mieux notamment dans la mobilisation des ressources domestiques et dans la lutte contre l’évasion fiscale. C’était un sujet important de plaidoyer pour différents collèges du CNDSI. Si le texte d’Addis-Abeba ne va pas aussi loin que certains d’entre vous le souhaitiez, le sujet est devenu, grâce à cette conférence, incontournable. Et c’est à nous de le faire vivre, désormais, collectivement.

Les États doivent fournir un cadre pour la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. C’est leur rôle.

C’est aussi le vôtre, et celle des collèges que vous représentez. Cela fait partie de ce que nous pouvons faire en plus pour aller vers ce monde sans carbone et sans pauvreté.

C’est le sens du nouveau partenariat que nous avons appelé de nos voeux.

Ce n’est pas une manière de renier l’identité, et la qualité du travail que les ONG, les collectivités territoriales, les entreprises, les syndicats, la recherche mènent au service du développement et de la solidarité internationale.

C’est simplement une manière de dire que face à ces nouveaux défis, face aux inégalités qui s’accroissent, le monde du développement peut lui aussi évoluer.

Mieux travailler ensemble, c’est possible, et c’est indispensable si nous voulons éradiquer l’extrême pauvreté et préserver la planète, tout en luttant contre les inégalités.

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Dans ce sens, l’évolution et le rapprochement entre la Caisse des dépôts et l’AFD a le potentiel d’offrir une plateforme de financement et de soutien pour ces nouveaux partenariats, « en version française ».

C’est un axe que nous pourrions explorer ensemble si vous en êtes d’accord. Cela nous permettrait de transposer ce nouveau partenariat en l’adossant à la puissance financière du nouvel outil. Il y a de la place pour faire émerger des projets hybrides, associant plusieurs catégories d’acteurs, de la recherche aux ONG en passant par les entreprises et les collectivités territoriales.

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Ce rapprochement offre de nombreuses possibilités. Je sais aussi qu’il suscite de nombreuses questions.

J’ai bien pris note des commentaires et interrogations de Coordination Sud qui m’ont été transmis il y a quelques jours. J’en reprends une bonne partie sans problèmes à mon compte.

Ce nouvel outil doit permettre une mise en oeuvre efficace et ambitieuse des objectifs que nous avons fixés dans la loi du 7 juillet 2014. J’y veillerai.

Nous devrons par exemple être vigilants à ce que le nouvel outil prenne bien en compte les grands engagements internationaux de la France.

Je veux parler de l’engagement renouvelé à Addis-Abeba d’une action renforcée dans les PMA, en vue d’atteindre les 0,15% à 0,20% du RNB à destination de ces pays. Nos annonces en dons doivent pouvoir y contribuer. Mais vous savez, je ne vois aucune raison objective de ne pas mobiliser aussi les prêts au service des pays les plus pauvres.

Les échanges que nous allons avoir cet après-midi permettront d’apporter, je l’espère des premières réponses. Mais je souhaite, tout comme Remy Rioux qui est là pour dialoguer avec vous, que ce dialogue puisse aussi se poursuivre, au-delà du CNDSI sous d’autres formes, et que nous puissions lors de notre prochaine réunion, faire à nouveau un point d’étape./.

Dernière modification : 21/09/2017

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