Conférence de soutien à l’Afghanistan : Point de presse du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard KOUCHNER (Paris, 18 mars 2008)


Paris, 18 mars 2008)

La France organise, très étroitement avec l’Allemagne, qui l’avait proposée originellement, une réunion, une Conférence - une Conférence des donateurs mais plus encore une Conférence de réflexion, sur l’Afghanistan. Cette Conférence de Paris se tiendra soit le 12 soit le 17 juin.

Cette Conférence est très importante. Les préoccupations sont grandes à la fois de stratégie et de stratégie politique concernant l’Afghanistan. Vous l’avez vu dans les divers pays, particulièrement au Canada, en Hollande et dans d’autres pays encore.

Nous espérons que cette Conférence de Paris permettra de financer des projets bien nécessaires pour développer les infrastructures. Elle permettra de faire le bilan de ce qui a été fait, auprès de la société civile, auprès des Afghans tout simplement. Sans les Afghans, il est bien difficile d’envisager l’avenir.

C’est avec les Afghans que nous monterons cette conférence bien sûr.

Q - A propos de la conférence du mois de juin sur l’Afghanistan. Avez-vous une idée des participants et du montant approximatif de ce qu’il faut pour reconstruire le pays ? Par ailleurs, la France s’engage à accroître sa capacité militaire en Afghanistan. On a envoyé trois Rafale supplémentaires, on s’engage avec des équipes de combat intégrés avec l’armée afghane, il y a aussi des projets de déployer des chars Leclerc. Est-ce que c’est une double politique de la France d’injecter des fonds, d’aider économiquement l’Afghanistan et d’accroître dans le même temps sa capacité militaire ?

R - Pour les capacités militaires vous avez entendu les promesses du Président de la République, à plusieurs reprises, à Kaboul comme à Paris. La promesse était claire : nous nous engagerons, nous ne partirons pas. Maintenant, sur les détails militaires que vous donnez, attendons un peu pour que l’on puisse préciser un peu cela. Le sommet de Bucarest a lieu dans quelques jours.

Ce que nous souhaitons, avec beaucoup de prudence et avec beaucoup de modestie, c’est d’agir en concertation, aussi bien dans le domaine militaire que dans le domaine de cette fameuse "nation building". C’est ça qu’il faut faire. Et cela ne se fera qu’avec l’implication pleine et entière des Afghans. Là, c’est moi qui vous le dit : c’est la politique de la France certes, mais je la porte en termes humanitaires et en termes d’engagement personnel depuis 40 ans ! Si on ne travaille pas avec les populations locales, on a perdu d’avance. Là, on n’a pas perdu. L’engagement avec les populations locales en Afghanistan existe depuis longtemps. Il faut le renforcer, il ne faut pas qu’il y ait un seul projet sans participation pleine et entière puis direction, très vite, assurée par les Afghans. Voilà la stratégie générale, un peu résumée, un peu brutale.

Maintenant, il faut qu’entre les divers participants - et nombreux sont les pays qui ont des troupes là-bas, je parle des pays européens, mais bien sûr je pense aussi aux Etats-Unis, bien sûr je pense aussi au Canada, bien sûr je pense aussi à l’Australie, je pense à tous - qu’il y ait une stratégie commune. Je ne prétends pas une seconde, comprenez-moi bien, définir la stratégie militaire. Mais nous allons parler ensemble. Et la raison pour laquelle je ne vous donne pas de montant espéré, c’est parce que nous sommes en train de parler.

Les responsables pour cette conférence - les mêmes qui ont organisé la conférence sur la Palestine - sont en train de faire la tournée dans les pays. Ils étaient aux Etats-Unis. Je vais à Kaboul dans quelques temps. Il faut organiser cette conférence de telle manière que cela ne soit pas simplement : "levez la main et combien vous donnez ?". Nous espérons plus. Nous sommes très ambitieux. A la fois modestes et ambitieux. Modestes sur les résultats et ambitieux sur le message.

Il faut que l’on comprenne ce que les pays démocratiques font en Afghanistan. Quels sont leur progrès et quels sont leurs buts. Cela ne sera pas réglé en une journée, ne soyons pas plus "royaliste que le roi". Mais, franchement, c’est nécessaire. Il y a eu une discussion formidable, peut-être la plus belle discussion, avec celle du Kosovo, qui s’est tenue jeudi soir au Conseil européen, pendant 4 heures, avec les 27 ministres des Affaires étrangères. Il se trouve qu’il y avait deux pays, deux ministres des Affaires étrangères, qui avaient été engagés en Afghanistan, personnellement, très longtemps : le ministre polonais, M. Sikorski, journaliste émérite, lauréat du prix Pulitzer, qui est resté deux ans et demi en Afghanistan et moi, qui ai fréquenté ce pays huit ans. Alors on a parlé vrai. Et c’était passionnant et c’est ça la politique ! Ce n’est pas de faire des déclarations. C’est de donner un petit peu de corps à ces déclarations. J’admire les gens qui ont une analyse du monde formidable, très simple, merveilleuse. La réalité est que tout le monde était d’accord pour donner un contenu a tout cela et la conférence de Paris, je l’espère, sera riche. La question s’est posée d’ailleurs de savoir s’il ne fallait pas la faire sur deux jours en raison du nombre élevé de discussions et d’interventions. Nous verrons bien.

Les sommes ne sont pas encore fixées parce qu’on les calcule juste avant. La somme pour la Palestine c’était 5 milliards et on a en eu 7,7. Il y a un minimum, après on ne sait pas.

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Dernière modification : 28/10/2008

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