Conférence de Paris pour le climat - Lancement des travaux du site du Bourget par M. Laurent Fabius (6 octobre 2015)

M. Laurent Fabius se rend aujourd’hui au Bourget pour le lancement des travaux du site qui accueillera la conférence de Paris pour le climat, qu’il présidera du 30 novembre au 11 décembre.

Cet événement constituera la plus grande conférence jamais organisée en France depuis la signature de la déclaration universelle des droits de l’Homme à Paris en 1948. Elle est exceptionnelle tant par sa durée que par le nombre de participants. Le chantier que M. Laurent Fabius lancera aujourd’hui doit permettre de créer, en 40 jours, un lieu de 160 000 m², qui accueillera 40 000 personnes : les délégations de 195 pays et celle de l’Union européenne, des représentants de 2 000 associations et ONG, près de 3 000 journalistes et 20 000 visiteurs.

Les 16 hectares du site du Bourget reflèteront le choix fait par M. Laurent Fabius, président de la COP21, d’une démarche environnementale : la conférence sera neutre en carbone et certifiée ISO 20121. Les choix faits pour le site viseront à rendre plus aisés les échanges et le rapprochement des points de vue des délégués, à permettre une large expression de la société civile et à faciliter le travail des médias du monde entier.

Conférence de Paris pour le climat - Présentation du site du Bourget

Propos à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat en présence de M. Stéphane Troussel, président du conseil général de Seine-Saint-Denis (Le Bourget, 06/10/2015)

Tout d’abord bienvenue à tous. J’ai souhaité, en tant que futur président de la COP21, la conférence de Paris, au moment où les travaux commencent, vous expliquer concrètement ce qui va se passer ici, avec le président de ce beau département qui a la gentillesse et, en même temps la chance, de nous accueillir et puis avec les responsables administratifs.

Dans 40 jours calendaires exactement, ce site va accueillir le monde entier pour la conférence pour le climat. C’est la plus importante conférence internationale jamais organisée par la France, à la fois par son ampleur et par son objet. Son objet, vous le connaissez. Il s’agit de parvenir à faire en sorte que la totalité des pays du monde : 195 pays, 196 parties, se mettent d’accord pour un accord juridiquement contraignant qui empêche que la température dépasse 1,5° ou 2°C de plus par rapport à ce que l’on appelle l’état industriel. Vous connaissez les conséquences de tout cela : le dérèglement climatique. On l’a vu encore de façon indirecte avec les évènements dramatiques de ces derniers jours.

Les conférences précédentes n’ont pas été des succès mais cette fois-ci, à Paris, il y a une très grande espérance afin que, pour la première fois, l’ensemble des pays du monde prenne les décisions nécessaires pour lutter contre le dérèglement climatique. C’est l’objectif, qui est d’une évidence capitale, mais l’ampleur de la conférence se mesure autrement. Nous allons accueillir 196 parties venues, par définition, de tous les pays du monde. Nous allons accueillir 40.000 personnes, 3.000 journalistes pendant 11 jours. Nous allons accueillir plus de 2 000 associations. Toute cette conférence sera répartie dans trois sites principaux.

Il y a aura, d’une part, le site où se tiendront les réunions proprement dites. Le site que l’on appelle « Espace génération climat » où vont se produire toute une série d’évènements parce que l’on a voulu que cette conférence, cette COP21 soit une conférence vivante, très ouverte. Et puis, il y aura le site que l’on appelle « La galerie », essentiellement pour les entreprises.

C’est donc une opération exceptionnelle et nous avons voulu que dans toute la mesure du possible, elle soit exemplaire, notamment éco-exemplaire et que l’on pratique l’ouverture la plus large possible. Je vais vous donner un certain nombre de chiffres, de données : 40.000 personnes, 3.000 journalistes, 160 000 m2, 80 000 m2 qui existent déjà. Ce sera donc une prouesse et on ne peut pas prendre de retard. On ne peut pas se tromper sur la date puisque le 30 novembre, le président de la République et moi-même, accueillerons les chefs d’État et de gouvernement du monde entier. Nous devrons avoir remis, de manière un peu fictive le site aux Nations unies puisque c’est une conférence des Nations unies. Il n’y a aucun retard possible, vous le savez.

Sur ces 160.000 m2, vous avez vu en passant une charpente qui commence à s’élever. Il y aura deux grandes salles principales : l’une va pouvoir accueillir 2.000 personnes, l’autre 1.300 personnes avec 32 salles de négociations puisque nous sommes là pour négocier. Il y aura six restaurants avec des fontaines d’eau très nombreuses, avec des salles de toutes sortes, avec des pavillons - une soixantaine -, notamment le pavillon de la France. Cela vous donne la mesure de ce qui va se passer ici.

Pendant toutes ces journées, c’est l’objet, il y aura une négociation intense et, à la fin de la négociation, il faut qu’avec mon petit marteau je puisse, le 11 décembre, dire en proposant un texte à l’ensemble des participants, en leur demandant d’accepter ce texte : « l’accord de Paris est adopté ».

Mais nous n’en sommes pas là. Les choses se présentent d’une façon plutôt positive. Vous l’avez sans doute vu, chaque pays du monde devait fournir pour le 1er octobre, sa contribution nationale, ses engagements pour les années qui viennent jusqu’en 2030 en matière d’énergie et de transition énergétique. Nous avons reçu à ce jour 147 contributions représentant 87% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Comparez ce chiffre de 87% des émissions de gaz à effet de serre avec le record précédent, à Kyoto : 15%. Cela vous donne quand même l’ampleur du progrès qui a été fait. Mais ce n’est pas suffisant. Déjà, les premières études auxquelles nous procédons montrent que si on applique ces engagements des différents États, heureusement on évitera la catastrophe des 4, 5, 6°C mais on ne sera pas aux fameux 1,5° ou 2°C. On sera vraisemblablement autour de 2,7° C. Il va donc nous falloir, au cours de la conférence, prendre les dispositions nécessaires pour que des mécanismes permettent dans le futur de redescendre en-dessous des 2°C. J’ai donné quelques chiffres, quelques éléments.

Nous voulons que cette conférence soit éco-exemplaire, autant qu’il soit possible, et ouverte. Je dis « autant qu’il soit possible » parce qu’il faut être réaliste. Par exemple, un certain nombre de délégués qui vont venir ici, de tous les coins du monde, ne viendront pas à bicyclette. Il y aura certains éléments de création de CO2, mais l’objectif c’est d’arriver à la neutralité carbone. Les dispositions ont été prises pour que d’une part, dans le fonctionnement même de la conférence, nous soyons extrêmement économes en carbone et que, s’il y a malgré tout des productions de CO2, elles soient compensées par d’autres éléments que nous déciderons par ailleurs en tant que gouvernement français.

Cette démarche éco-exemplaire va aboutir à des choses soit très importantes, soit beaucoup plus modestes, mais ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, à la fois pour le traitement des déchets, les transports publics, pour la préparation de la nourriture. Enfin, on a veillé à ce que le fond rejoigne la forme ou la forme rejoigne le fond, en tout cas que la méthode soit conforme à ce que l’on peut attendre d’une conférence autour de l’éco-exemplarité.

Et puis, nous avons voulu, le président de la République, moi-même et les Nations unies, que ce soit une conférence ouverte, là encore dans la mesure du possible parce que nous avons évidemment des préoccupations de sécurité, chacun peut le comprendre. Ce ne sera donc pas ouvert à tous les vents mais, à l’intérieur, pour ceux qui pourront accéder au périmètre, il y aura une grande ouverture.

Il y aura l’ouverture à la fois vers la société civile, à cause de la répartition des différents sites - je vous ai cité le chiffre de 2 000 associations, c’est considérable - avec beaucoup de débats et beaucoup d’animations, de jour comme de nuit ; d’après l’expérience des autres COP, il se passe beaucoup de choses, en tout bien tout honneur, la nuit : on discute et on négocie.

Il y aura donc l’ouverture aux associations, à la société civile, aux départements : le président des départements qui est là, que je remercie beaucoup, nous dira à la fois ce qui est fait par le département et ce qui est fait par la COP pour employer un certain nombre de jeunes, pour les former. Et c’est dans cet esprit-là qu’il faut bien sûr travailler.

Il y aura l’ouverture à la presse parce que la presse mondiale va jouer un rôle absolument essentiel.

Il y aura aussi l’ouverture - c’est une décision que j’ai prise - de nos ambassades parce que, dans le monde entier et à chaque fois que techniquement ce sera possible, nous créerons des débats dans les ambassades autour de ce qui se passe à la COP. Comme ce qui se passe à la COP sera retransmis par des éléments modernes de transmissions, il faut continuer les débats pendant la COP elle-même.

Cette circonstance absolument exceptionnelle est très importante parce qu’elle va donner une image de la France, de ce département, de l’Ile-de-France et de Paris. Il faut donc être très attentif, et avoir une volonté, dans toute la mesure du possible, d’exemplarité et d’ouverture.

Un dernier mot sur le coût, parce que c’est évidemment quelque chose qui est très important à surveiller. Les chiffres eux-mêmes sont importants parce que le Parlement de la Nation a voté, sur deux années, une dépense de l’ordre de 180 millions d’euros. J’ai demandé aux responsables qui s’occupent de cela qu’entre 10 et 20% de ces sommes puissent être trouvées soit directement, soit par ce que l’on appelle des prestations en nature auprès d’un certain nombre d’entreprises. Le travail est fait en ce sens en faisant attention bien sûr aux entreprises dont il s’agit pour qu’il n’y ait pas de contradiction évidente entre les entreprises qui nous aident et l’objet de la conférence. Par exemple, Renault va mettre à disposition des véhicules électriques ; telle entreprise va nous aider dans les déchets ; etc.

Pour fixer les ordres de grandeur - les chiffres dans l’abstrait ne signifient pas grand-chose -, nous avons donc 40 000 personnes pendant onze jours. Si nous faisons les comparaisons, par exemple, avec les G7, G8 que nous avons organisés ou que d’autres pays organisent, par personne et par jour, cette conférence coûtera dix fois moins cher que ce qui est un G7 ou un G8. Et il faut escompter que, pour le département et la région, il y aura évidemment des retombées positives puisque, soit à travers les prestations directes - puisque tout cela est fait avec des prestataires bien sûr, à commencer par la construction du site - et par l’action commerciale, on peut penser que c’est 100 à 150 millions qui vont être dirigés vers départements ou régions.

Nous devons être très attentifs à cet aspect financier qui couvre l’année 2015 et 2016, car l’une des particularités institutionnelles, alors que nous avons commencé très activement à travailler, le président de la République et moi-même, pour préparer cette COP, c’est que je ne serai désigné, élu président de la COP qu’au moment où elle commencera. Mais nous travaillons avec mon prédécesseur péruvien. En revanche, la France continuera à présider la COP jusqu’à la fin de l’année suivante, c’est-à-dire 2016. C’est le Maroc qui nous succédera, c’est une particularité administrative qui ne change rien à la réalité des choses mais qu’il faut avoir à l’esprit. Évidemment, le financement doit être prévu pour 2015 et 2016.

Voilà quelques éléments qui, je l’espère, répondront à votre curiosité. Nous referons une visite de chantier - au moment où le chantier sera plus développé - au mois de novembre à un moment que nous choisirons. D’ici là, évidemment, ce sont les hommes de l’art qui auront la haute main sur tout cela avec beaucoup de précision.

Et puis, il y aura un travail à faire sur la négociation. Nous sommes aujourd’hui les co-présidents - c’est très compliqué comme organisation - du groupe dit de l’« ADP », à Bonn, qui vient d’envoyer un texte qui est meilleur que les précédents. Il est meilleur par sa concision - le précédent faisait 83 pages, celui-là fait 20 pages, donc c’est mieux -, et il y a un certain nombre de propositions qui sont faites et qui vont tout à fait dans le bon sens.

ll va y avoir une réunion de ce groupe à la fin du mois d’octobre. Moi-même, je réunirai une pré-COP à Paris, au début du mois de novembre, avec une centaine de ministres pour travailler à la préparation de la COP. Le président de la République et moi-même souhaitons en effet que le maximum de sujets aient été abordés avant même que ne commence la COP pour éviter un certain nombre de désillusions ou de déceptions que nous avions eues, par exemple à Copenhague.

Vendredi prochain, nous aurons une très importante réunion à Lima, au Pérou, où seront abordés, en présence des responsables du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de l’ensemble des ministres des finances du monde entier, les questions financières. L’OCDE va nous remettre un rapport pour nous dire exactement où nous en sommes du financement des pays riches vers les pays pauvres. Cela nous permettra de tracer la trajectoire pour les fameux 100 milliards de dollars par an en 2020 qui doivent être pourvus.

Vous voyez, il y a le travail absolument essentiel qui est de monter les murs ici de cette cité verte éphémère, qui sera d’ailleurs réutilisée car nous avons souhaité la réutilisation d’un maximum de matériaux. Et puis, parallèlement, il y a le travail de négociation à la fois sur le texte, sur les financements et sur beaucoup d’autres aspects, qui se poursuit dans tous les coins du monde.

Voilà exactement où nous en sommes en ce début du mois d’octobre. Donc, dans 40 jours calendaires, le site du Bourget, Monsieur le Président du conseil général, accueillera le monde entier pour la grande conférence sur le climat./.

Dernière modification : 10/10/2017

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