Conférence de Paris pour le climat - Forum de Rabat sur les contributions nationales

Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie (Rabat, 13/10/2015)

Monsieur le Commissaire européen,

Madame la Ministre, Chère Hakima,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je suis heureuse d’être parmi vous ce matin pour ce forum sur les contributions nationales, les CPDN, ou INDCs. Cet acronyme qui nous rassemble aujourd’hui mériterait d’entrer dans le dictionnaire. C’est un des mots de l’année. 149 pays ont publiés leur contribution à cette date. Cela veut dire que plus de 85% des émissions mondiales sont couvertes par ces documents. Je crois que personnes n’aurait imaginé cela quand les contributions ont été « créées » si vous me permettez l’expression, à la COP19 à Varsovie.

C’est, aux yeux de la présidence française de la COP21, le témoin de l’engagement - de votre engagement - pour le climat, et par ricochet, pour le succès de la COP21.

C’est d’autant plus encourageant que ce défi était loin d’être simple, en particulier pour de nombreux pays en développement pour lequel c’était un exercice nouveau.

Aujourd’hui près d’un tiers des PMA, des petits États Insulaires, et plus de la moitié des pays d’Afrique ont déposés leurs contributions. D’autres encore s’apprêtent à le faire.

Voir tous ces pays qui n’ont presque pas contribué aux émissions, et qui pourtant dessinent des trajectoires et des projets de maitrise de leurs émissions, c’est un encouragement énorme pour la France. Je veux ici saluer ce travail.

Ces contributions c’est aussi un appel à la responsabilité, et cela nous donne une obligation supplémentaire de réussir ces 50 jours qui nous amènent à la COP21.

Ces contributions, elles nous éloignent du scénario du pire. Car le premier enseignement que l’on peut tirer de nos échanges, mais aussi de l’analyse fait par différents groupes ou d’ONG, c’est qu’elles marquent une évolution majeure dans la trajectoire des émissions mondiales.

Si elles sont mises en oeuvre, et ce sera le premier enjeu de l’après Paris, j’y reviendrai, ces contributions nous éloigneront durablement d’un monde à 4°C, voire 5°C ou 6°C, qui est la tendance actuelle et aurait des conséquences catastrophiques.

Ces 149 contributions, c’est donc un signal d’espoir pour toutes celles et ceux qui déjà, vivent au quotidien les conséquences du dérèglement climatique.

Mais si nous évitons le pire, ces contributions ne nous permettent pas encore de retrouver la trajectoire « de sécurité », celle qui permet de limiter le réchauffement en dessous de 1,5°C ou 2°C.

Je ne suis pas une scientifique. Alors je laisse le soin à d’autres de nous dire si nous sommes sur une trajectoire de 2,5°C, de 3,5°C, ou de 2,7°C. Mais pour la France, il est évident que nous sommes sur la bonne voie, mais que nous n’y sommes pas encore.

Cela ne décrédibilise aucunement les négociations que nous menons ensemble, depuis Durban.

Au contraire, ces négociations, et la réussite du mandat que nous nous sommes fixé, elles sont plus que jamais nécessaire, justement parce que le compte n’y est pas encore.

C’est parce qu’il faudra nous remettre sur cette trajectoire des 1,5°C ou 2°C, qu’un accord universel, ambitieux et juridiquement contraignant est plus que jamais nécessaire.

Plusieurs points, et notamment la question du cycle des contributions, seront pour cela essentiel. Nous mettre d’accord sur un mécanisme de revue périodique de nos objectifs nationaux, pour progresser à chaque fois, c’est indispensable pour poser les bases d’un retour vers une trajectoire sure du point de vue climatique.

C’est un point que la trentaine de chefs d’États et de gouvernement représentatifs de tous les groupes de négociation et sensibilités parmi les 196 Parties à la convention climat, rassemblés à New York à l’invitation du Secrétaire général des Nations unies, du président du Pérou et du président française ont largement évoqué et que personne n’a contesté.

Ils ont également discuté de la perspective de préciser notre action par un objectif de long terme, avec par exemple la décarbonation de l’économie mondiale dans le siècle à venir, qui est nécessaire à la lecture des recommandations des scientifiques, ou encore la transition vers des systèmes fonctionnant uniquement avec des énergies propres.

C’est aussi pour cela que certains partenaires proposent de développer des stratégies pour la transition vers une économie bas carbone pour le milieu du siècle, compatibles avec l’objectif des 2°C.

Cet aspect des négociations sera scruté attentivement par les États, mais aussi par les ONG, les médias et nos concitoyens, et sera au coeur des discussions qui nous conduirons jusqu’à Paris. La prochaine session de l’ADP à Bonn la semaine prochaine nous permettra de discuter de l’ancrage de ces propositions dans le texte proposé par les co-présidents. La pré-COP, que nous organiserons dans un format large, sera l’occasion d’y revenir.

Mais il y a plus, dans les contributions, que ce point fondamental du niveau d’émissions.

Les contributions sont un appel à la responsabilité sur la question des financements.

La récente réunion de Lima sur le climat, d’où je reviens, a permis de montrer trois choses :

La première, c’est que nous avons largement progressé vers les 100 milliards, puisque le rapport commandé par le Pérou et la France à l’OCDE et à l’organisme CPI estime à 62 milliards les financements 2014. Deux tiers viennent du public, un tiers vient du privé. Nous avons donc fait du chemin.

Mais, et c’est le deuxième enseignement, il reste du chemin à parcourir. Les réunions de Lima ont permis de collecter de nouveaux engagements, de la part des Banques multilatérales de développement, mais aussi des États. Ceux-ci viennent s’ajouter à ceux qu’avaient fait plus tôt l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Ces engagements, ils permettront, je l’espère, de démontrer que la promesse de mobiliser 100 milliards de flux publics et privés en 2020 sera tenue.

Ces engagements, ils montrent une véritable mobilisation qui devra se poursuivre après 2020. Cette mobilisation, elle concernera aussi bien les flux publics, qui devront être exemplaires, partout, pour matérialiser les projets contenus dans les contributions.

Elle devra aussi venir du secteur privé, des entreprises et du monde de la finance, car seuls des investissements privés massifs permettront de financer la transition de l’économie mondiale vers un modèle durable. Ces contributions contiennent les germes d’une mutation sans précédent de l’économie mondiale.

Elle projette un monde dominé par les énergies non-carbonées, un monde qui lutte efficacement contre la déforestation, un monde qui re-stocke du carbone dans les sols grâce à l’agriculture et à la restauration des terres.

Car les contributions ce sont aussi et avant tout des projets de société, qui portent les germes d’une nouvelle économie, de l’innovation, de nouvelles technologies qu’il nous faudra partager pour que chacun ait accès équitable aux bénéfices du développement durable et de la lutte contre le dérèglement climatique.

Le troisième enseignement que nous pouvons retirer de Lima, c’est la relative faiblesse des financements pour l’adaptation. Or de nombreux pays ont inscrit l’adaptation au coeur de leur contribution. Il y a là, entre les financements et les contributions, le potentiel pour que Paris soit aussi un accord qui non seulement permette de maitriser les émissions, mais aussi de protéger les victimes des conséquences du dérèglement climatique.

Dans la partie adaptation des contributions, il y a des choses très concrètes, comme les systèmes d’alertes face aux catastrophes climatiques. 80% des contributions sur l’adaptation l’érige en priorité. C’est pour cela que la France a proposé l’initiative CREWS, qui vise à équiper tous les pays pauvres et vulnérables de systèmes de prévention des catastrophes naturelles d’ici 2020. J’espère que de nombreux partenaires du Nord nous rejoindrons dans cette initiative qui permet de répondre, par des actions concrètes, à l’impressionnant travail contenu dans les contributions.

Ce type d’actions, elles ont leur place dans le « canal de travail n°2 », et dans l’agenda des solutions. Car l’ambition globale de l’accord, et l’ambition des contributions, elles peuvent aussi trouver des réponses immédiates, permettant de gagner du temps dans cette course contre la montre.

Les contributions, elles disent « nous sommes prêts à agir ». Elles soulignent aussi, dans le cas des pays en développement, notamment des plus pauvres, le besoin de travailler au renforcement des capacités pour révéler tout le potentiel.

Cet appel nous devons l’entendre, et je sais, chère Hakima, que vous êtes déjà, avec le Maroc, prête à y travailler. C’est l’un des nombreux sujets que Paris permettra de lancer, mais qu’il faudra continuer de porter, notamment à la COP22 qui se tiendra ici au Maroc, à Marrakech.

C’est aussi pour cela que des initiatives comme la proposition pour les énergies renouvelables en Afrique, la mobilisation pour les forêts dans la déclaration de New York, la coalition pour le signal prix carbone, ou encore les nouveaux partenariats pour développer certaines technologies comme le stockage de l’énergie sont si importantes quand nous regardons ce qu’il y a devant nous.

C’est aussi pour cela que l’engagement des gouvernements locaux, dont certains ont déjà d’ailleurs préparés leurs propres « contributions », est si important.

Il y là matière à agir dès maintenant, et donc à utiliser la période pré-2020 pour accélérer notre travail, et retrouver plus vite, la trajectoire des 1,5°C ou 2°C.

Voilà ce que je voulais vous dire ce matin, le chemin est encore long sur la route de la lutte contre le dérèglement climatique, mais grâce aux contributions, l’avenir s’éclaircit. À nous, ensemble, de le concrétiser, pour que Paris soit ce que j’appelle les 4 P : Paris Protège la Planète et les Populations.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 15/10/2015

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