Conférence de Paris pour le climat - Colloque « La Conférence Climat tiendra-t-elle ses promesses ? »

Conférence de Paris pour le climat - Colloque « La Conférence Climat tiendra-t-elle ses promesses ? » - Unions des conseils économiques et sociaux et du comité économique et social européen - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat (Paris, 23/10/2015)

Mesdames et Messieurs les Présidents des conseils économiques et sociaux de France, d’Europe, d’Afrique et de la Francophonie,

Chers Amis,

Je regrette de ne pas pouvoir être physiquement avec vous aujourd’hui pour cette journée de mobilisation et de débats que vous avez souhaité consacrer à la COP21, la conférence de Paris sur le climat. Je veux d’abord vous dire que votre mobilisation est importante pour aboutir à un succès qui est indispensable à Paris. L’accord auquel, je l’espère, nous allons parvenir en décembre, et qui vise vous le savez, à plafonner à 1,5 degré ou à deux degrés la hausse maximum des températures liée aux émissions de gaz à effet de serre, cet accord va engager une transformation profonde de nos économies et de nos sociétés.

Cela implique notamment de développer les énergies renouvelables beaucoup plus rapidement que ce qui a été accompli ces dernières années. Cela implique de cesser d’avoir un recours massif au charbon, de généraliser les modes de transports durables, de revoir nos modes de consommation dans un sens plus responsable et beaucoup d’autres changements qui ne peuvent avoir lieu que si les entreprises, les syndicats, les associations que vous représentez sont pleinement impliqués dans ce changement.

Cette année, j’ai participé à beaucoup de discussion avec des représentants des entreprises, des organisations non-gouvernementales ou des syndicats et cela m’a beaucoup aidé à préparer ma tâche de futur président de la COP21 dans quelques semaines. Ici-même, j’étais présent en septembre lors de la conférence syndicale internationale qui a eu lieu, et j’ai été marqué, à cette occasion, par l’appel lancé pour ce que l’on appelle une transition juste. Je pense que c’est un point essentiel parce que les évolutions liées à la prise en compte du défi climatique ne doivent pas se faire au détriment d’une partie des salariés. Beaucoup auront besoin d’être accompagnés et soutenus, et c’est un point sur lequel il faudra insister dans le texte de la conférence de Paris.

Vous allez ouvrir cette journée par une table ronde qui porte sur la question suivante : quelles sont les attentes vis-à-vis de la COP21 ? Ces attentes sont extrêmement grandes. Lorsque l’on me demande d’expliquer pourquoi cette conférence de Paris est si importante, je réponds en disant que l’enjeu est vital. Vital au sens propre de ce terme car c’est la vie-même de la planète, celle des espèces, la nôtre qui est en jeu et non pas dans cinquante ans mais dès maintenant. C’est vital aussi parce que de la solution à cette question dépendront les solutions à la plupart des autres questions qui sont posées. On ne peut pas dire qu’il y a d’un côté le climat et de l’autre le développement, c’est la même chose. D’un côté le climat et de l’autre la question de l’égalité entre les hommes et les femmes, si on réfléchit bien c’est la même chose. D’un côté le climat et de l’autre la justice sociale, la santé publique, c’est la même chose. Et même, je considère que peut-être c’est la principale question posée par cette question du dérèglement climatique, c’est en fin de compte la sécurité et finalement la paix. C’est ce qui rend absolument indispensable un accord ambitieux à Paris.

Pour cela je vous le disais, nous avons besoin de la mobilisation de tous. Bien sûr, celle des chefs d’État et de gouvernement que nous avons invités à donner une impulsion politique lors du premier jour de la conférence qui sera le 30 novembre. Mais nous avons bien sûr également besoin de l’implication des ministres et des négociateurs ainsi que de l’ensemble des acteurs non-étatiques, c’est-à-dire les dirigeants des villes, des régions, des entreprises, des ONG et des syndicats. Tous peuvent et doivent même être des acteurs du changement. Beaucoup le sont, beaucoup sont même en avance sans doute sur les gouvernements et peuvent les inciter à aller plus loin et plus vite. La société civile sera donc au coeur de la COP21, la conférence de Paris. D’ailleurs, un espace à proximité immédiate du centre de conférence sera mis à disposition et j’inviterai plusieurs de ses représentants à s’adresser directement aux ministres lors de la réunion préparatoire que je vais organiser entre le 8 et le 10 novembre à Paris, ce que l’on appelle une pré-COP avec 80 ou 100 ministres.

Je vous invite donc dans toute cette période, à faire entendre votre voix qui est celle de l’ambition auprès de vos gouvernements et celle de l’engagement auprès des membres des groupes que vous représentez.

Je vous souhaite une excellente conférence et pour beaucoup d’entre vous, je vous donne rendez-vous à Paris au mois de décembre pour ce que j’espère, pour ce que nous espérons tous être un grand succès de la COP21.

Merci./.

Conférence de Paris pour le climat - Colloque « La Conférence Climat tiendra-t-elle ses promesses ? » - Déclaration finale des présidents d’unions des conseils économiques et sociaux et du comité économique et social (Paris, 23/10/2015)

1. Les dérèglements climatiques représentent une menace imminente et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la biosphère. Selon les données scientifiques prouvées, le dérèglement climatique est la résultante du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle et ses importantes incidences sont déjà manifestes sur les systèmes humains et naturels, sur tous les continents et dans tous les océans.

2. Or, si la gravité des menaces provoquées par le dérèglement climatique est, aujourd’hui, reconnue, on est en droit de s’inquiéter du fait que la communauté internationale s’écarte sensiblement de la voie à suivre pour limiter le réchauffement climatique mondial à une hausse moyenne maximum de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans l’état actuel des engagements contenus dans les contributions prévues déterminées au niveau national (INDC), les émissions mondiales en tonnes équivalent CO2 demeureront, en 2030, au-dessus du niveau d’émissions permettant la réalisation de cet objectif.

3. Forts de ce constat, les représentants de la société civile du monde entier, réunis à Paris le 23 octobre 2015 dans le cadre d’un colloque des conseils et comités économiques, sociaux, environnementaux et culturels, exhortent les gouvernements à adopter, de toute urgence, des mesures concrètes de lutte contre le changement climatique et à faire en sorte que l’accord mondial qui sera conclu à Paris en 2015 permette d’atteindre cet objectif.

4. Cet accord doit faire preuve d’ambition et, au-delà de 2020, viser l’élimination des émissions mondiales de CO2 d’ici 2100. Cet objectif suppose un mécanisme efficace, transparent et périodique de vérification des efforts consentis par chacune des parties.

5. L’accord doit avoir un caractère universel, global, durable, équilibré et juridiquement contraignant. L’ensemble des gouvernements enverront ainsi un signal politique clair à la société dans son ensemble, avec comme objectif commun de la communauté internationale de mettre en place une « économie à faible intensité de carbone ».

6. S’il revient aux responsables politiques de mettre en place le cadre approprié, c’est l’ensemble de la société civile qui sera chargée de sa mise en oeuvre et de son suivi. Il est donc primordial de l’impliquer dans le processus d’élaboration et de mise en oeuvre des politiques dédiées. Ces décisions doivent par conséquent faire l’objet d’un large consensus dans la société et bénéficier du soutien des entreprises agricoles, industrielles et de services, des organisations syndicales, de tous les autres acteurs de la société civile et, plus globalement, des citoyens. Cela nécessite un dialogue structuré avec l’ensemble des acteurs concernés et de nouvelles approches d’implication de la société civile dans le mécanisme permanent de vérification des efforts découlant de l’accord de Paris. À cet égard les conseils économiques, sociaux, environnementaux et culturels doivent jouer pleinement leur rôle.

7. La transition vers une économie décarbonée se traduit par le principe de responsabilités communes mais différenciées. Il s’agit de respecter un juste équilibre entre pays dits développés et pays en développement, les coûts de cette transition devant être équitablement répartis entre eux et dans un même pays en tenant compte de la responsabilité et des moyens de chacun.

8. Les États devront promouvoir des politiques économiques permettant la création d’emplois productifs et décents dans le cadre d’une « transition juste », où le dialogue social a une place centrale. Une attention particulière doit être portée à l’agriculture, avec des politiques favorisant les agricultures les moins carbonées, notamment familiales, orientées vers la sécurité alimentaire, et dans le respect du rôle joué par les sols dans la captation du carbone.

9. Un accord sur le climat à Paris serait une opportunité nouvelle de renforcer la coopération Nord- Sud. Cette opportunité doit être saisie pour donner un nouvel élan à l’économie, dans une trajectoire de développement durable et inclusif, et mettre en place de nouvelles technologies vertes qui associent et visent le bien-être des populations. Les mesures d’atténuation et d’adaptation sont une nécessité et doivent jouer un rôle majeur dans l’accord. Une grande attention doit être portée aux pays en développement, notamment les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement, qui ont le moins contribué au dérèglement climatique et qui y sont néanmoins les plus vulnérables et les moins aptes à s’y adapter sans appui de la communauté internationale. Ils doivent être davantage soutenus dans leur lutte contre les effets de plus en plus perceptibles du changement climatique sur leurs populations et leurs territoires et dans leurs démarches vers une « économie à faible intensité de carbone ».

10. La question du financement sera la pierre angulaire dans la conclusion d’un accord à la conférence de Paris. L’efficacité et le niveau d’ambition de l’action menée par les pays en développement contre le changement climatique seront d’autant plus forts que des moyens supplémentaires conséquents et stables seront mobilisés en leur faveur. Le non-respect récurrent de l’engagement international d’alimenter les « fonds d’aide au développement » à hauteur de 0,7% du PIB des pays industrialisés constitue un précédent, amèrement ressenti par les pays les moins développés, qu’il convient de ne pas réitérer. Des dotations financières suffisantes doivent être réunies, sous la responsabilité des États, pour que le Fonds vert pour le climat des Nations unies et les autres instruments dédiés à la réduction des émissions et l’adaptation atteignent au moins 100 milliards de dollars en 2020, objectif adopté à l’unanimité lors de la Conférence de Copenhague en 2009. Il convient d’explorer à cette fin toutes les possibilités ouvertes par les financements alternatifs et les instruments de marché tels que les taxes sur le carbone et les systèmes d’échange de quotas d’émission./.

Dernière modification : 28/10/2015

Haut de page