Climat - Amériques - Déplacement de M. Laurent Fabius au Pérou et en Bolivie (9-10 octobre 2015)

M. Laurent Fabius, qui présidera la conférence de Paris pour le climat, participera à Lima le 9 octobre avec M. Michel Sapin à une conférence sur les financements pour le climat organisée à l’occasion des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Il sera notamment accompagné par Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie.

Il s’entretiendra notamment avec le président Ollanta Humala, le ministre péruvien de l’environnement, M. Manuel Pulgar Vidal, président de la COP20, avec M. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, et avec M. Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale. Il tiendra une conférence de presse conjointe avec Michel Sapin.

Le ministre participera le 10 octobre à Cochabamba, en Bolivie, au « Sommet des peuples sur le changement climatique et la défense de la vie », au cours duquel il interviendra dans un débat sur le dérèglement climatique avec des représentants de la société civile. M. Laurent Fabius travaillera à la préparation de la conférence de Paris et au renforcement de notre relation bilatérale avec le président Evo Morales et M. David Choquehuanca, ministre bolivien des relations extérieures.

Bolivie - Conférence des Peuples sur le changement du climat et la défense de la vie - Allocution de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat (Tiquipaya, 10/10/2015)

Señor Presidente Morales, Hermanos, Queridos Amigos, voy a hablar en francés. Entiendo el español pero no lo hablo. (Monsieur le Président Morales, Frères, Chers Amis, je vais parler en français. Je comprends l’espagnol mais je ne le parle pas.)

Merci Cher Président Morales de m’accueillir ici pour échanger avec vous tous. Hier, j’étais au Pérou, à Lima, pour une réunion sur le financement du climat, organisée par les institutions financières internationales. L’ambiance était un petit peu « différente » et je veux dire combien j’apprécie l’atmosphère chaleureuse ici à Cochabamba.

Nous sommes à moins de deux mois de la conférence de Paris sur le climat, la fameuse COP21. L’ensemble des États de la planète vont être accueillis en France pendant deux semaines afin, nous l’espérons, de trouver un accord universel contre le changement climatique, pour sauver la planète. Le président Hollande accueillera les chefs d’États et de gouvernement, en particulier Evo Morales. Je présiderai cette COP21, c’est la raison de ma présence parmi vous. Je veux entendre ce que disent vraiment les peuples et je sais qu’ici c’est cette Pachamama qui vous guide dans la recherche d’un modèle de développement durable.

Les effets des changements climatiques, vous les constatez chaque jour : les pluies sont plus intenses et les sécheresses sont plus longues ; les glaciers fondent, les saisons sont bousculées ; les récoltes sont menacées par des événements climatiques extrêmes et intrusifs. Votre inquiétude est partagée par tous les peuples du monde et ce sont les peuples les plus pauvres qui sont les premiers à subir le changement climatique.

Les causes de ce changement climatique - il vaudrait mieux l’appeler le dérèglement climatique - sont bien connues : c’est la consommation d’énergies non renouvelables, c’est un mode de vie qui n’est pas durable, c’est l’exploitation excessive des ressources. Les pays industrialisés portent, évidemment, une responsabilité particulière puisque le développement de leurs économie s’est fondé sur ce modèle qui, à terme, ne peut pas être prolongé.

C’est ici, en Bolivie, qu’est née l’idée du « Buen Vivir », fondée sur une juste répartition pour tous, dans le respect de notre environnement. Je rejoins l’idée de votre rencontre. Le combat pour le climat est un combat contre la pauvreté et pour le développement.

C’est pour cela que nous avons besoin d’un accord universel à Paris, un accord - là-dessus j’ai une petite nuance par rapport aux propos que j’ai entendus - qui inclut à la fois les gouvernements et les peuples. Bien sûr, qu’il faut que les gouvernements s’engagent car, à Paris comme dans toutes les conférences internationales, il faudra que les gouvernements et les chefs des gouvernements, les ministres, apportent leurs décisions ; mais il faut, en même temps, que les peuples, c’est-à-dire vous-mêmes, s’engagent et montrent la direction qui doit être suivie par les gouvernements. C’est ainsi je crois que l’on pourra réussir à Paris.

J’étais hier à Lima où nous avons discuté de finances. Vous savez sans doute qu’en 2009, à Copenhague, les pays riches s’étaient engagés à consacrer pour le climat, dans les pays du Sud, 100 milliards de dollars en 2020. Nous sommes peu à peu sur la voie mais il reste des efforts à faire. Ce sera à Paris qu’il faudra dresser le bilan, car il est indispensable, si nous voulons un accord, que sur le plan financier et sur le plan des technologies, les pays riches prêtent la main aux pays pauvres pour leur permettre d’avancer.

Pendant très longtemps, les négociations climatiques ont été des négociations entre les gouvernements, mais les choses sont en train de changer et les sociétés civiles, les peuples - on va commencer par les peuples indigènes - font entendre leur voix. Avant la COP21, à Paris à l’UNESCO, nous organisons à la fin du mois de novembre une conférence sur les peuples indigènes face au changement climatique. Au sein même de la COP21, des événements particuliers seront consacrés à ce thème et je dois vous informer que le pavillon des Populations indigènes sera le plus vaste de tous les pavillons de la COP21 à Paris.

Monsieur le Président Morales, Chers Amis, la COP21 est, au sens propre, « vitale » parce que - comme cela a été très bien dit par tous mes collègues à la tribune - ce qui est en cause, c’est tout simplement la vie, la vôtre, celle de vos enfants, celle des espèces, celle de la planète.

Je suis venu ici, comme le fera demain le Secrétaire général des Nations unies, pour écouter votre message. Comme dans quelques semaines je présiderai la COP21, j’aurai ce que j’ai entendu et ce que j’ai vu ici dans mon esprit et j’essaierai de m’en faire l’écho.

Todo el mundo sabe que Francia, desde la gran revolución es el país de la libertad, igualdad y fraternidad. Juntos, unidos y determinados, debemos actuar para el futuro de nuestro planeta. Gracias ! (Tout le monde sait que la France, depuis la grande révolution est le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ensemble, unis et déterminés, nous devons agir pour le futur de notre planète. Merci !)./.

Conférence de Paris pour le climat - Bolivie - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, à l’issue de la conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la vie (Tiquipaya, 10/10/2015)

Je suis ici à l’invitation du président Morales, pour cette conférence mondiale et je veux, même si c’est très bref, passer quelques heures ici, parce que la Bolivie joue un rôle important, en particulier dans les questions de lutte pour le climat, contre les changements climatiques et parce que, comme la France va accueillir la COP21, il est très important d’entendre les peuples et les responsables des gouvernements, notamment - bien sûr - en Bolivie.

Hier, j’étais au Pérou, à Lima, où j’avais une réunion avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, avec M. Ban Ki-moon qui sera ici tout à l’heure, et nous avons discuté des financements pour le climat. Conformément aux engagements, il faut trouver 100 milliards de dollars, des pays riches vers les pays pauvres, pour le climat en 2020. Nous avons avancé dans le bon sens, mais il reste des efforts à faire.

J’ai pu discuter ici avec le président Morales, avec le ministre des affaires étrangères, avec le ministre qui sera chargé de la négociation de Paris, sur ce que nous allons faire dans les semaines qui viennent pour obtenir un succès à Paris. Il est important, à la fois, que les gouvernements s’engagent et que les peuples s’engagent. Les gouvernements, c’est normal puisque ce sont eux qui vont prendre les décisions à Paris. Il y aura 196 pays à Paris et il faut que nous trouvions un accord, un consensus entre les 196 gouvernements. Mais il faut aussi que les populations, « los pueblos », soient mobilisés puisque ce sont ces populations qui sont touchées par le changement climatique et c’est pourquoi ce qui est fait ici est très important.

Nous allons accueillir à Paris au début du mois de novembre le président Morales. Il est déjà venu à plusieurs reprises ; le président Hollande et le président Morales se sont rencontrés. Nous l’avons invité au début du mois de novembre à venir à Paris, en visite officielle, parce que les relations entre la Bolivie et la France sont des relations excellentes.

Je suis à votre disposition s’il y a des questions.

Q - Est-ce que les résolutions de Tiquipaya seront contraignantes ou obligatoires au sommet de Paris ?

R - Ce qui est fait ici, les décisions que vous prendrez, seront rapportées à Paris et les participants à la conférence de Paris seront informés des travaux faits ici. C’est pour cela qu’il est important que vous ayez des séances de travail. Maintenant ce sera la conférence de Paris elle-même qui sera maîtresse de ses décisions. Mais c’est une très bonne chose qu’il y ait des réunions comme celle-ci, parce que cela permet de réfléchir ensemble et de mobiliser les peuples. C’est l’idée du président Morales, et c’est une très bonne idée. Il ne faut pas qu’il y ait d’un côté le gouvernement et de l’autre le peuple ; il faut qu’on essaie de rassembler les uns et les autres.

Q - Comment voyez-vous la proposition qui va sortir de ce sommet des peuples en ce qui concerne la création d’un tribunal pour le climat ? Comment vont le prendre les pays riches ou capitalistes ?

R - C’est une idée très ambitieuse qui, je vais être honnête, n’est pas facile à mettre en oeuvre tout de suite car, si elle était proposée, je sais que plusieurs pays résisteraient. Mais je disais tout à l’heure, en parlant de cela avec les dirigeants boliviens, que souvent « l’utopie d’un moment c’est la réalité du lendemain ». Ce qu’il va falloir faire à Paris c’est reprendre le texte, obtenir un accord juridiquement contraignant. Mais la question est la suivante : quelle sera la sanction si l’accord n’est pas respecté ? On ne peut pas envoyer les gouvernements en prison. Pour le moment, la principale solution c’est la pression internationale.

Je prends un exemple : vous savez que l’accord de Paris doit obliger à ne pas aller au-dessus d’une hausse de température de 2 degrés ou 1,5 degré et que chaque pays doit s’engager sur ce qu’il va faire d’ici jusqu’en 2025, 2030. C’est ce qu’on appelle les contributions nationales, les engagements nationaux. Pour l’instant, 147 pays ont publié leurs contributions et ce qui représente 87% des émissions de gaz à effet de serre. C’est un bon résultat, puisque il faut rappeler que Kyoto, qui était l’accord le plus élevé, ne représentait que 15%. Donc un pays qui a publié sa contribution, s’il ne respecte pas sa contribution les années suivantes, cela va se voir. Comment cela va se voir ? Notamment par des instruments technologiques, parce que vous allez avoir des satellites qui vont tourner dans le ciel et sauront exactement combien il y a d’émissions de gaz à effet de serre au-dessus d’un pays. Si un pays ne respecte son engagement, il va y avoir une pression internationale forte et une pression des peuples. Alors on peut dire que cela n’est pas assez, qu’on veut un tribunal, mais c’est déjà un élément.

Q - Suivant la même ligne, le président Morales a signalé que le G7 veut approuver la hausse à 2 degrés sur le thème du gaz carbonique. Cela toucherait les pays d’Amérique latine. Par exemple à Sao Paolo au Brésil, les gens sont en train de migrer à cause de l’eau. Comment la France voit-elle ce thème ? Faut-il permettre la hausse à 2 degrés ou faut-il lutter pour maintenir 1 degré ?

R - D’abord, vous avez raison de dire que si on arrive à maintenir la température au-dessous d’une hausse de 2 degrés ou 1,5 degré, c’est mieux que si on va vers 3, 4 ou 5 degrés, mais il y aura quand même des dégâts. Et c’est pourquoi il faut s’occuper, pas simplement de ce qu’on appelle l’atténuation, c’est-à-dire la diminution de la hausse de la température, mais aussi de l’adaptation, c’est-à-dire comment faire pour limiter les conséquences de la hausse de la température sur les différents pays : le Brésil, la Bolivie, les autres.

Les représentants boliviens m’ont dit, et je suis d’accord avec eux, que dans les textes qui sont proposés jusqu’ici on ne fait pas assez de place à l’adaptation. Par exemple, nous avons décidé dans le Fonds vert que la moitié des financements irait à l’atténuation et l’autre moitié à l’adaptation. Pour être très précis, 2 degrés ou 1,5 degré cela évite une catastrophe absolue mais cela n’évite pas un certain nombre de dégâts. Donc, il faut prendre des mesures, si possible pour aller en-dessous, mais en tout cas pour s’adapter aux effets de cette hausse de température.

Je prends un exemple : le problème de la déforestation. Il existe, même si on reste à 2 degrés ou 1,5 degré, et c’est la raison par laquelle il faut des programmes ambitieux de reforestation. Un autre exemple : aujourd’hui il n’existe pas un système mondial pour alerter sur les catastrophes climatiques qui vont arriver. Vous avez beaucoup de territoires qui ne sont pas capables de savoir que dans six heures ils vont voir arriver un typhon. Nous allons travailler pour mettre sur pied un système d’alerte avancé qui permette, partout dans le monde, à la population de savoir plusieurs heures à l’avance ce qui va se passer. Vous voyez, il s’agit de mesures concrètes qui permettent, même si la température augmente, d’améliorer la situation des populations. Ce que j’ai apprécié de ma conversation avec les responsables boliviens, c’est cette recherche de mesures concrètes./.

Dernière modification : 15/10/2015

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