Aide publique au développement - COP21 - Financement du développement au niveau local

Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie, à l’occasion de la conférence des Nations unies sur le financement du développement (Addis-Abeba, 13/07/2015)

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Maires et Représentants des autorités locales,

Chers Partenaires, Chers Collègues, Chers Amis,

Je suis heureuse d’ouvrir ce séminaire sur le rôle des collectivités locales dans le financement du développement.

Nous sommes ici pour poser, ensemble, les bases d’un monde durable, ce monde à zéro carbone et zéro pauvreté. Un monde plus équitable et respectueux de notre planète.

Nous en sommes convaincus depuis bien longtemps, en France les villes et les territoires sont des acteurs clefs de la construction de ce monde durable.

Cette conviction, elle est chez vous, je le sais, ancrée aussi dans l’action. Car si les collectivités s’investissent pour le développement durable et dans la lutte contre le dérèglement climatique, c’est avant tout parce que c’est sur les territoires que les citoyens et leurs élus démontrent leur solidarité, leur engagement, leur attachement à leur environnement et à la planète.

Les élus locaux que je rencontre, dans mes déplacements, sont souvent les meilleurs porte-parole face aux enjeux climatiques.

À Dakar ou à Saint Louis, au Sénégal, ce sont eux qui doivent faire face aux conséquences de l’érosion côtière, accentué par la montée des eaux.

Ce sont eux qui mettent en place les premières solidarités, pour garantir l’accès aux services essentiels. Parler d’accès à l’eau, à l’alimentation, à la santé, c’est parler le langage des collectivités.

Nous avons travaillé pour que le rôle des villes et territoires soient pleinement reconnus dans l’accord d’Addis-Abeba, et nous poursuivrons cet engagement dans les Objectifs de développement durable, et bien entendu à la COP21 sur le climat.

Cet évènement, nous sommes fier de l’organiser avec deux partenaires incontournables : l’organisation cités et gouvernements locaux unis (CGLU) et les réseaux de ville réunis sous le « Groupe de travail des gouvernements locaux ». CGLU, que nous soutenons activement dans son plaidoyer, est à la pointe du combat - mais ai-je besoin de le rappeler ? - pour un développement inclusif et durable.

De plus en plus de territoires s’engagent - comme ça a été le cas à Lyon lors du sommet des villes et des territoires sur le climat il y a quelques jours - dans des réductions chiffrées d’émissions de gaz à effet de serre. N’oublions pas non plus les territoires africains qui se sont engagés le mois dernier à Yamoussoukro, sous l’égide de la Côte d’Ivoire dont je salue Monsieur le Ministre Amichia ici présent avec nous, en faveur du climat. Les villes et les collectivités locales travaillent aussi à l’adaptation et au renforcement de la résilience. De New York à Dakar, chacun sait bien que la place des collectivités territoriales est centrale, aussi bien dans l’adaptation que dans l’atténuation.

Pour réussir la mise en oeuvre des objectifs de l’agenda du développement durable nous aurons besoins des territoires et de leur engagement au service du dynamisme économique, de la formation des jeunes, de la fourniture des services de bases, ou de l’aménagement du territoire.

Les territoires ont un potentiel immense de lutte contre la pauvreté et de préservation de la planète. Mais pour le mettre en oeuvre, il faudra mobiliser des moyens.

Ces moyens, ils sont d’abord locaux. La fiscalité locale est indispensable aux territoires pour leur permettre de concrétiser leurs projets. C’est un levier indispensable du développement.

Dans les pays développés, les gouvernements locaux réalisent 70% de l’investissement public. Cela nous montre bien qu’à partir de cadres nationaux de décentralisation suffisamment matures, leur contribution au développement est essentielle. C’est pourquoi la France a depuis longtemps intégré dans les priorités de sa politique de développement l’appui aux processus de décentralisation.

Elle met ainsi en oeuvre de nombreux projets dans ce domaine et met à disposition de l’expertise dans les ministères en charge de ces réformes de ces pays. Elle soutient également les collectivités territoriales de ces pays avec par exemple un appui spécifique au conseil des collectivités territoriales de l’espace UEMOA dont le président est ici avec nous. Elle porte enfin un plaidoyer important en faveur des collectivités locales dans les enceintes internationales. Notre forum aujourd’hui en est une illustration.

Mais bien sûr, d’autres ressources peuvent être mobilisées. Les collectivités territoriales du Sud bénéficient déjà de notre aide au développement. L’AFD a été la première banque de développement à faire des prêts à des collectivités territoriales dans les PMA, et elle les accompagne techniquement depuis de nombreuses. Ces efforts nous allons les amplifier, notamment dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. D’ici 2020, ce seront 100 villes qui pourront bénéficier de l’action de notre agence.

Et puis, la coopération entre les territoires du Nord et du Sud est amenée à se renforcer. La coopération décentralisée, les jumelages entre les territoires, par exemple sur le climat, ce sont des milliers de projets et des centaines de millions d’euros au service de la lutte contre la pauvreté. Avec des mécanismes comme le 1% eau, ou le 1% déchets, la France encourage ses territoires à être solidaires.

N’oublions pas aussi les mises à disposition d’expertise et d’innovation des collectivités française, et européenne, notamment sur les questions environnementales. De nombreuses villes françaises ont développées des partenariats avec des territoires du Sud, par exemple à Ouagadougou, Dakar ou Johannesburg pour coopérer sur un plan climat, une planification urbaine ou un plan de mobilité. Et soulignons la réciprocité de cette coopération. Combien de villes en France s’inspirent d’innovations nées sur des territoires africains ou sud-américain ? Le budget participatif en est le meilleur exemple.

Les collectivités locales ont un véritable potentiel pour mobiliser les ressources de leurs territoires, utiliser une partie de la valeur ajoutée qui y est produite, qu’il s’agisse de fiscalité ou de valorisation foncière, encore beaucoup trop inexploitée.

Le sujet est immense. Mais ne retenez peut-être qu’une chose : les gouvernements ne réussiront pas seuls les défis d’Addis, de New York et de Paris ; nous avons besoin de territoires déterminés, ambitieux, engagés et soucieux de se faire entendre et de faire des propositions pendant cette année 2015 si essentielles pour notre planète./.

Dernière modification : 22/09/2015

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